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Le Dilettante
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"...
Non, ne pleure pas... tiens, prends mon mouchoir, petite fille... mais il y a une chose que je dois te dire : les gens qui s'arrêtent de parler deviennent fous. chu ta, par exemple, je ne te l'ai pas dit tout à l'heure, mais il est devenu fou et très malheureux aussi... très, très malheureux et très, très fou. il n'a retrouvé la paix que lorsqu'il était un vieillard. tu ne vas pas attendre d'être une vieillarde, toi, n'est-ce pas ? dis-moi que non.
Tu es très douée, tu sais ? tu es la plus douée de tous les élèves que j'aie jamais eus, mais ce n'est pas une raison, camille... ce n'est pas une raison... le monde d'aujourd'hui n'est plus comme celui de chu ta et tu dois te remettre à parler. tu es obligée, tu comprends ? sinon, ils vont t'enfermer avec de vrais fous et personne ne verra jamais tous tes beaux dessins... " ce livre ne raconte rien d'autre qu'une histoire d'amour.
Une histoire d'amour entre quatre éclopés de la vie. camille, franck, philibert et paulette. des bons à rien, des cabossés, des coeurs purs. quatre allumettes placées ensemble au-dessus d'une flamme. et, pfiou... tout s'embrase.
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Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part
Anna Gavalda
- Le Dilettante
- 26 Août 1999
- 9782842630256
Douze nouvelles délectables. Anna Gavalda est douée pour croquer les gens. Elle fait parler aussi bien une Parisienne qui drague boulevard Saint-Germain, qu'un organisateur de concert rock qui, à l'aube de la quarantaine, tombe amoureux d'une photographe, qu'un jeune militaire complexé par la réussite de son frère, qu'une vétérinaire violée par des Normands éméchés, qu'un gosse qui a eu un accident avec la voiture de son père, qu'un comptable qui vit avec ses deux soeurs et a une folle envie de la responsable des ventes. À chaque fois c'est la justesse du parler et du ton qui est remarquable. Des fous rires, des pleurs avec des gens ordinaires. Gavalda a un coeur gros comme ça.
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Publie´ en 1950 par Robert Marin, La Ville incertaine est un livre maudit, e´crit sous l'Occupation par un auteur inconnu, car malgre´ quelques critiques le livre passera inaperc¸u. Andre´ Breton de´finissait pourtant La Ville incertaine comme le roman de «l'appre´hension du futur».
Le he´ros a quitte´ son pays pour e´chapper a` l'exe´cution d'une condamnation a` mort prononce´e contre lui.
Il est permis de penser qu'ils s'agit d'un assassin de l'espe`ce commune, sans grandeur et sans re´volte. La Ville ou` il a trouve´ refuge est gouverne´e de fac¸on telle que les habitants n'y sauraient e^tre assure´s de leur propre vie, d'un instant a` l'autre, par la floraison de re`glements occultes tels qu'il est impossible a` quiconque de savoir s'il ne se trouve pas a` tout moment en contravention a` eux.
Les habitants de la Ville s'accommodent du reste parfaitement de cet e´tat de choses et n'aspirent pas au changement, car, apre`s tout, nul n'a le loisir de se laisser aller a` l'ennui.
L'apparente fe´rocite´ qu'ils montrent dans leurs jeux et le de´sinte´ressement total qu'ils manifestent en leurs travaux inutiles ne doivent pas nous celer qu'ils sont simplement indiffe´rents.
Naturellement, l'auteur aimerait qu'on vi^t mille choses dans son roman, mais il n'est pas assure´ de savoir lesquelles, sauf qu'il ne s'agit point d'une satire.
J.-M.-A. Paroutaud (1950) -
Parce que sa belle-fille est malheureuse, Pierre Dippel, soixante-cinq ans, décide de l'emmener à la campagne. Parce qu'elle ne se nourrit plus, il décide de faire la cuisine. Parce qu'elle n'arrête pas de pleurer, il va chercher du bon vin à la cave. Et malgré tout ça, malgré le bordeaux et le boeuf carottes, elle continue de gémir, il décide d'aller se coucher. Et puis finalement, non. Il revient. Il s'assoit à côté d'elle et se met à parler. Pour la première fois, il parle. De lui. De sa vie. Ou plutôt de ce qu'il n'a pas vécu. Cette histoire est donc la confession d'un homme dans une cuisine. ça n'a l'air de rien et pourtant, comme toujours avec Gavalda, tout est dit. Tout est là. Nos doutes, notre ironie et notre tendresse, le tapage de nos souvenirs et « la vie comme elle va »...
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Sauver l'humanité, la sauver tout entière par la musique. C'est la mission que s'est donnée Anastasie, persuadée d'être Christ revenu sur Terre. Bien-sûr, le peu de sérieux qu'elle met à prendre son traitement contre la bipolarité n'est pas pour rien dans les visions et les crises qui la traversent et l'isolent de son ex, de sa mère et surtout de sa fille adorée. Elle préfère se soigner aux drogues moins licites qui saturent son quotidien d'artiste, fabriquer des sons pour relier les Hommes au Très-Haut, et, s'il le faut, en baptiser certains de force. D'after en teknival, des camés paumés de la Villette aux corps enflammés par la musique hardcore, la Baptiste mène sa croisade à travers un monde aux frontières plus qu'incertaines et nous entraîne dans sa dérive, loin de nos certitudes sur la folie, l'addiction et la foi.
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Neuf nouvelles dont «La Valle´e», gene`se de son grand roman, Les Saisons. Neuf mauvaises fe´es autour de votre re´veil, neuf gouttes de sueur froide dans un plein bol de fie`vre.
Nul besoin, chez Maurice Pons, de convoquer l'horrifique brocante de l'effroi, tout s'y nourrit d'attente atroce - comme cette fene^tre, la`-bas, qui ouvre sur le monde -, de de´pit violent, celui de ce marin seul a` fe^ter un amer Noe¨l dans une ville en liesse, d'espoirs morts, propres a` ces tribus migrantes, en route vers un suppose´ bonheur, de bijoux rampants, de coups d'archet vertigineux,de sonnettes fanto^mes et de rencontres nocturnes pour de labyrinthiques terreurs. Et le tout porte´ par un lyrisme exact, un verbe tenu, sans faste ni bavures, qui pique ou` se he´risse la peur, incise ou` s'engouffre l'angoisse. -
Il y a ceux qui ne feraient pas de mal à une mouche et ceux qui persécutent monsieur Mouche.
Un bataillon de nuisibles gravite autour du pavillon de banlieue de ce prof de lettres qui, depuis quarante-deux-ans, courbe l'échine.
À sa droite, Richard Comte qui violente femme, enfants et Mouche, dès lors que ce dernier se pique d'héroïsme. À sa gauche, Thomas Fabri qui s'emploie à massacrer la sérénité du quartier et le répertoire d'AC/DC. Face à lui, dans une salle de classe du lycée Albert-Camus, Rémy Pastre, qui achève sa puberté et le reste d'amour-propre de son professeur.
Faut-il éprouver de la peine lorsque le mauvais sort vient frapper ces infectes protagonistes?
Claude Alain Arnaud flatte vos pulsions vengeresses et manipule les forces karmiques pour devenir le justicier des bredouilleurs aux mains moites dans un premier roman réjouissant. -
Certains mots font un bruit inouï, émettent un coup de gong, animent l'atmosphère tels des rocs s'éboulant. Brocken participe de ce club restreint, désignant ce mont Chauve du Harz, en Allemagne du Nord, où, par la nuit de Walpurgis, les sorcières s'assemblent pour former une ronde démoniaque. Rien de plus normal que pareil vocable ait aimanté l'imagination du visionnaire Jean Villemin, peintre et écrivain, et donné ce nouveau roman qui paraît au Dilettante, entre grimoire psychique et fable mystique. Autant son premier livre, Le Pays des herbes debout, jouait l'égarement, mêlant la vacance désolée d'une métropole perdue à l'abondance malade d'une floraison toxique, autant ce deuxième texte, à l'écriture plus crépitante, rend compte d'un quête obsessionnelle, une fuite en avant vers un abîme dont on ne sait s'il est ciel ou enfer.
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Pendant presque trois ans (mille quatre-vingt-quinze jours), j'ai vécu dans la tête, et le corps, d'un homme qui s'appelle Charles.
Charles Balanda. (Parce que le matin où je me suis dit « Allez... J'y vais. Je commence aujourd'hui », nous étions en août 2006 et qu'avant de monter dans ma soupente, j'avais (pour gagner du temps !) feuilleté le journal. On y faisait part du décès d'un homme qui portait ce nom et j'aimais cette idée, de contrarier un peu les Parques... (À ce moment-là, j'ignorais tout de ce Charles (ce qui m'amuse dans l'écriture, c'est de me lire évidemment) et ne savais pas qu'il aurait une peur panique des chevaux, (j'étais loin d'imaginer qu'il en croiserait...), or il se trouve que Balanda (cela je le savais, Galoubet etc.) est un nom célèbre dans le milieu hippique. Bah...
Nobody's perfect...) (Beaucoup de parenthèses et un(e) prière d'insérer qui part déjà dans tous les sens, tant pis pour l'éditeur...)) Au début de l'histoire, ce Charles, mon Charles, 47 ans, apprend la mort de la mère d'un de ses amis d'enfance et perd complètement les péd... les étriers. Comme c'est un garçon cartésien (architecte et ingénieur), il prend sur lui et fait de grands efforts pour se remettre en selle. En vain.
Bien des chapitres plus tard, sa soeur, inquiète, lui demandera :
- Hé. Tu ne serais pas en train de nous préparer une petite crise de la cinquantaine, toi ?
La midlife crisis, comme ils disent...
- Tu crois ?
- Mais ça m'en a tout l'air...
- Quelle horreur. J'aurais aimé être plus original... Je crois que je me déçois un peu, réussit-il à plaisanter.
Non, Charles, je vous rassure. Ce n'est pas ça. Enfin, ce n'est pas ce que j'ai voulu... Je n'aurai pas le culot d'affirmer que vous êtes, que nous sommes tous les deux, « plus originaux », mais la crise de la cinquantaine n'était pas du tout mon propos.
Ce que je voulais, c'était vous choper un matin à la descente d'un avion, vous tabasser, vous rouer de coups jusqu'à ce que vous soyez à terre, et vous le serez, souvenez-vous, sur le boulevard de Port-Royal, à terre et couvert de sang, pour ensuite vous aider à vous relever en vous tendant... d'autres rênes...
Voilà qui n'est pas tellement plus original, je le concède, mais ce qui « bouge encore » à l'heure de ma prière, ce sont les deux femmes qui encadrent votre chute.
Celle qui vous a désarçonné, qui s'appelle Anouk, qui était très gaie, mais qui donne à ce texte un petit goût triste et amer.
Et l'autre, her name is Kate, qui va vous aider à virer les éperons, et qui "en nous racontant des choses affreuses, en nous prenant à la gorge le temps de sa confession" changera la lumière.
La lumière, le ton, l'écriture, et même la typographie de cette histoire.
Tout devient plus léger, plus souple, plus... incliné.
Donc vous voyez, c'est vous qui m'avez obsédée, mais ce n'est pas vous le héros.
Ce sont elles. Vous étiez là pour les servir. Et si nous les avons tant aimées, vous et moi, c'est parce qu'elles sont, chacune à leur manière, absolues, absolument généreuses.
Encore des bons sentiments, on va dire...
Oui. Pardon. À défaut de faire de la bonne littérature, les gens généreux font de beaux personnages. Je dis pardon mais n'en pense rien. À la page 478, Kate m'a déjà graciée : « ... il ne faut pas croire à la bonté des gens généreux. En réalité ce sont les plus égoïstes... » Et puis il y a les enfants aussi...
Je voulais un livre avec des enfants qui soient vivants à l'intérieur.
Et là, ce mercredi 6 février 2008, à l'heure où je m'insère comme je peux en comptant mes abattis, je me souviens qu'ils y sont, ces enfants, et, rien que pour eux, je suis bien heureuse de l'avoir écrit...
Deux femmes, un homme qui va boitillant de l'une à l'autre et plein de gamins tout autour.
Voilà pour La Consolante.
A.G.
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Rejoindre Vincent, le petit dernier, devenu guide saisonnier d'un château perdu au fin fond de la campagne tourangelle. Oubliant pour quelques heures marmaille, conjoint, divorce, soucis et mondanités, ils vont s'offrir une dernière vraie belle journée d'enfance volée à leur vie d'adultes.
Légère, tendre, drôle, L'Echappée belle, cinquième livre d'Anna Gavalda aux éditions Le Dilettante, est un hommage aux fratries heureuses, aux belles-soeurs pénibles, à Dario Moreno, aux petits vins de Loire et à la boulangerie Pidoune.
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L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
Romain Puértolas
- Le Dilettante
- 17 Août 2013
- 9782842637767
Il était une fois Ajatashatru Lavash Patel (à prononcer, selon les aptitudes linguales, « j'arrache ta charrue » ou « achète un chat roux »), un hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d'anneaux et considérablement moustachu. Profession : fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou débarque un jour à Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d'emploi : Ikea, et ce aux fins d'y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur : un lit à clous. Taxi arnaqué, porte franchie et commande passée d'un modèle deux cents pointes à visser soi-même, trouvant la succursale à son goût, il s'y installe, s'y lie aux chalands, notamment à une délicieuse Marie Rivière qui lui offre son premier choc cardiaque, et s'y fait enfermer de nuit, nidifiant dans une armoire. expédiée tout de go au Royaume-Uni en camion.
Digne véhicule qu'il partage avec une escouade de Soudanais clandestins. Appréhendés en terre d'Albion, nos héros sont mis en garde à vue. Réexpédié en Espagne comme ses compères, Ajatashatru Lavash Patel y percute, en plein aéroport de Barcelone, le taxi floué à qui il échappe à la faveur d'un troisième empaquetage en malle-cabine qui le fait soudain romain. et romancier (l'attente en soute étant longue et poussant à l'écriture). Protégé de l'actrice Sophie Morceaux, il joue une nouvelle fois la fille de l'air, empruntant une montgolfière pour se retrouver dans le golfe d'Aden puis, cargo aidant, à Tripoli. Une odyssée improbable qui s'achèvera festivement en France où Ajatashatru Lavash Patel passera la bague au doigt de Marie dans un climat d'euphorie cosmopolite.
Sur le mode rebondissant des périples verniens et des tours de passe-passe houdinesques, voici donc, pour la première fois dans votre ville, L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais.
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On me demande d'écrire quelques mots pour présenter mon nouveau livre aux libraires et aux critiques et, comme à chaque fois, ce sont ces quelques mots qui sont les plus difficiles à trouver. Je pourrais dire que c'est un recueil de nouvelles, que ce sont des histoires, qu'il y en a sept en tout et qu'elles commencent toutes à la première personne du singulier mais je ne le vois pas ainsi. Pour moi, ce ne sont pas des histoires et encore moins des personnages, ce sont des gens.
De vrais gens. Pardon, de vraies gens. C'est une faute que j'avais laissée dans mon manuscrit, "la vraie vie des vrais gens", avant que Camille Cazaubon, la fée du Dilettante, ne me corrige : l'adjectif placé immédiatement avant ce nom se met au féminin. Quelles gens ? Certaines gens. De bonnes gens. Cette règle apprise, je suis allée rechercher tous mes "gens" pour vérifier que tous s'accordaient bien et j'ai réalisé que c'était l'un des mots qui comptait le plus grand nombre d'occurrences.
Il y a beaucoup de "gens" dans ce nouveau livre qui ne parle que de solitude. Il y a Ludmila, il y a Paul, il y a Jean (!) et les autres n'ont pas de nom. Ils disent simplement "je". Presque tous parlent dans la nuit, pendant la nuit, et à un moment de leur vie où ils ne différencient plus très bien la nuit du jour justement. Ils parlent pour essayer d'y voir clair, ils se dévoilent, ils se confient, ils fendent l'armure.
Tous n'y parviennent pas mais de les regarder essayer, déjà, cela m'a émue. C'est prétentieux de parler de ses propres personnages en avouant qu'ils vous ont émue mais je vous le répète : pour moi ce sont pas des personnages, ce sont des gens, de réelles gens, de nouvelles gens et c'est eux que je vous confie aujourd'hui.
Anna Gavalda
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D'attachement il est bien question, mais si l'héroïne l'est à la promotion de ses auteurs, le héros l'est à l'attachée elle-même, ardemment et jusqu'au délire. Un homme rencontre une femme, rien de nouveau sous le soleil mais Philippe B. Grimbert s'empare des figures, capte les situations et transfigure le propos avec un style qui fait de brindilles existentielles des branches de corail et l'application d'un orfèvre des tempérances du coeur. Satire de l'inconséquence masculine, ce roman n'en demeure pas moins un hommage à la cristallisation stendhalienne et au sentiment amoureux.
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Le narrateur de L'Épris littéraire se laisse entraîner dans l'appartement où vit reclus un authentique clone de Marcel Proust. Rien ne manque : calfeutrage, tisane, paperolles éparses, physique déconfit, quintes de toux et mobilier d'époque. L'endroit se visite comme une étape touristique dont il devient un habitué. Mais c'est vers Céleste, digne copie de la bonne de la Recherche, que notre narrateur, un romancier aussi charitable qu'en panne d'inspiration, ne tarde pas à braquer ses regards.
Julien Leschiera nous sert sur un plateau un petit théâtre de la cruauté en exhibant l'asservissement psychique d'un individu consentant. Le récit étreint le lecteur avec l'inexorable patience d'un sable mouvant, l'appétit effroyable du boa qui engloutit la chèvre. -
Philologue spécialisée en littérature antique, Florence est commise au sauvetage de la bibliothèque de Tombouctou dont les trésors bibliophiliques sont menacés d'autodafé par les guerriers d'Allah surgis du désert. Elle mène sa mission à bien sous le regard à la fois curieux et inquiet de Julien, agent du renseignement. L'hélicoptère tarde à venir. Florence tue donc le temps en traduisant au débotté une liasse mystérieuse, réunion de feuillets rédigés à différentes époques, en plusieurs lieux, et signés de trois auteurs au moins_: le lettré malien Djibril Kati, Rustichello de Pise, compagnon de cellule du Vénitien Marco Polo, et Pythéas de Massalia, le premier homme à s'être risqué aux confins d'Ultima Thulé. Par quels hasards ces textes mémoires qui bouleversent les limites connues du monde littéraire se sont-ils retrouvés reliés par le même cuir ? C'est ce que tente d'élucider Florence au fur et à mesure de sa lecture ; et nous, dociles lecteurs, de la suivre dans cette chorale de récits emboîtés.
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Paul, le fils, a délesté Simon, le père, d'un épuisant boulet : sa vie, une vie de dentiste à l'ancienne, de juif laïque, de militant d'extrême gauche tous azimuts, de père amoureux et frénétique, une vie parvenue à sa toute fin, mais, comme pour ceux qui y ont mordu à plein, une vie difficile à quitter. Paul a confié à une dose d'Hypnovel le soin de libérer son père.
Dans son troisième roman, Philippe B. Grimbert empoigne une saga familiale par la racine, avec une mordante ironie et un humour détartrant, pour nous faire rire à belles dents. -
Naître ou ne pas naître, telle est l'unique question. Certains trépignent dans la coulisse, avides de couper le cordon, de bondir en scène, d'y camper un personnage, d'autres se demandent bien pourquoi, pourquoi on devrait s'arracher au farniente amniotique, encoconnés qu'ils sont dans le ventre maternel comme au coeur d'un doux hamac. Tel est notre anti-héros, le futur Charles Dubois, qui déplore plus que tout qu'il y ait une fin à la délectable somnolence foetale. Une nostalgie patente dès"son expulsion vers le monde"où il offre l'apparence non pas d'un baby démangé de vitalité, mais d'un"tas de gelée", un avorton amorphe qui, dès l'origine, fait tache dans une famille vouée au culte de l'effort et de la responsabilité. Tôt orphelin d'un général de père tué dans une accident de friteuse, pris dans l'impitoyable étau formé par une mère anxieuse et le volontarisme crispant d'une soeur musicienne, il est d'abord confié à la gutturale férule de Margrit l'Autrichienne qui échoue à viriliser ce garçonnet. Maillon mou de la chaîne sociale, il consterne comme il respire et sa scolarité s'avère un chemin de croix ponctué d'humiliations carnavalesques et de naufrages sentimentaux. Néanmoins, stratégie secrète et soupape mentale, Charles s'en sort en cultivant l'art des univers parallèles, se téléportant dans des mondes imaginaires qui assouvissent ses désirs fondamentaux : s'abstraire et se distraire. Marathonien de l'inappétence grandiose, oisif de droit divin, mais tenu d'assumer des rôles factices, on l'accompagnera néanmoins à l'université, à l'armée, d'emplois précaires en vocations passagères, seul, en famille ou soumis au parasitage inévitable d'un collègue. À tous, il n'oppose que sa flottaison molle dans un océan de lymphe. Frère des Bartleby ou des Oblomov, Charles Dubois, lecteur de Pessoa qui lui apprend"la dissidence envers la vie", incarne au mieux cette sentence d'Henri Michaux :"Ne faites pas les fiers. Respirer, c'est déjà être consentant". Le miracle est que, de cette vie monologuée avec une minutie distanciée, se dégagent un humour colossal et une mélancolie bouleversante.
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Dans un État fantôme, géré, selon un énigmatique Programme, par un lointain Directoire, le narrateur est envoyé comme Curateur à Nova Radom, cité hors carte où la gare gigantesque jouxte un observatoire inachevé et précède une enfilade de quartiers déserts. Un univers parasité par la pousse massive d'un flot inendiguable de phragmites, roseaux communs dégageant, le crépuscule venu, une odeur fétide. La vie singulière du héros au sein de la petite société locale, de sa bureaucratie perdue parmi les « herbes debout » va être celle d'un progressif égarement, occupé à des relations sans suite et des chantiers en impasse. Un cri en chambre sourde, dans un récit qui tient à la fois du Buzzati du Désert des Tartares et des univers graphiques de Schuiten et Peeters.
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C'est le récit d'un drame familial, d'un cruel apprentissage de la vie et du monde du travail. C'est aussi un thriller psychologique : la disparition d'un être cher, le quotidien entre loisir et travail à la caisse du Shopi, et puis le suspense qui enveloppe ce trou noir, ce manque, voilà les trois chemins que suit Claire, jeune fille tendre et fragile, affaiblie par l'absence de son frère. Un roman réaliste aussi étonnant qu'émouvant sur la douleur de la séparation.
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Trois questions vous tiennent à distance de votre propre fin : Où ? Quand ? Comment ? Une seule réponse suffit pour que la mort s'invite dans votre quotidien, le parasite et s'en empare.
Jacques Ferré se sait la cible d'un tireur parfaitement dissimulé qui, sans répit, braque sur lui le canon d'un fusil prêt à lui ôter la vie. Il s'en est accommodé. Il attend sa balle sans ciller et pour lui la vie n'est qu'une succession de belles journées pour mourir.
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Comment survivre dans le monde cruel du capitalisme triomphant quand on est, comme Antoine, un jeune homme lucide et moral ? Martin Page traite une qualité reconnue, lintelligence, comme un défaut. Selon LEcclésiaste, « qui accroît sa science, accroît sa douleur ». Son héros, Antoine, jeune étudiant surdoué, est persuadé que son esprit insatiable est à lorigine de son mal de vivre ; sil est intelligent, il narrive pas à vivre avec intelligence. Après quelques tentatives thérapeutiques radicales, il entreprend de se guérir de cette maladie dintelligence. Avec application, il cherchera la méthode pour soffrir une vie enfin un peu douce. Un premier roman drôlement intelligent.
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Un soir d'été, Juliette accouche, sidérée, d'un enfant qu'elle n'attendait pas. L'adolescente n'est pas une menteuse, jamais elle n'a consciemment caché quoi que ce soit aux yeux du monde. D'ailleurs, l'enfant n'apparaît pas, fruit lentement mûri, il fait irruption, s'impose dans l'instant, tapi qu'il était, insoupçonné, quelque part dans l'ombre des vertèbres, à l'affût dans un repli du ventre. Dans le clan Conti, coupable de ne pas avoir vu, l'onde de choc se propage : le père, Rafael, la mère, Agnès et la cadette, Chloé, tentent de respirer sous la vague qui les noie et les emporte. Né par césarienne, l'intrus est aussitôt rejeté par la lycéenne. L'Autre, c'est ainsi que Juliette appelle son enfant. Malgré l'amour et la présence des siens, Juliette sombre, fleurtant avec la folie. Jusqu'au jour où...
Bien loin des romans feel good suintant le sirop trop sucré des bons sentiments, le livre d'Hélène Machelon est un texte sauvage et tranchant qui explore l'intimité du corps et les violences de la maternité non désirée. -
Né pauvre dans une ferme du Missouri en 1891, le jeune William Stoner est envoyé à l'université par son père, et au prix de quels sacrifices, pour y étudier l'agronomie.
Délaissant peu à peu ses cours de traitement des sols, ce garçon solitaire découvre les auteurs, la poésie et le monde de l'esprit. Il déçoit les siens, devient professeur, se voue corps et âme à la littérature, sert ses étudiants, assiste impuissant aux ravages causés par une terrible crise économique et deux guerres mondiales, se trompe d'histoire d'amour et finit par renoncer au bonheur. Tout cela l'entame, mais rien ne le diminue : il lit.
Célébration d'une âme droite enchâssée dans un corps que la vie a très tôt voûté, voilà le récit d'une vie austère en apparence, ardente en secret. « Au cours de sa quarante-troisième année, William Stoner apprit ce que d'autres, bien plus jeunes, avaient compris avant lui : que la personne que l'on aime en premier n'est pas celle que l'on aime en dernier et que l'amour n'est pas une fin en soi, mais un cheminement grâce auquel un être humain apprend à en connaître un autre » . -
Les nouvelles aventures du fakir au pays d'Ikea
Romain Puértolas
- Le Dilettante
- 2 Mai 2018
- 9782842639464
Rappel de l'épisode précédent narré dans L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea : soit Ajatashatru Lavash Patel et un soubresautant tour du monde emboîté dans une armoire Ikea qui l'avait vu, par avion ou par cargo, transbahuté d'Angleterre en Espagne et de Paris à Tripoli. Nous avions laissé l'homme coulant les plus doux des jours avec Marie Rivière, la dame de son coeur et écoulant par palettes entières le récit de sa déménageante saga. Notre héros macère dans l'aisance avec la volupté d'un cornichon dans la saumure, notre fakir est devenu mou du clou, glabre du sabre et son tapis de braises vire à la moquette haute laine. Et notre Patel de partir à la reconquête de soi. Cap sur la Suède pour rencontrer Dieu lui-même, l'Allah de la clé Allen, le maître d'Ikea, et se fournir en Kisifrøtsipik, la Rolls du tapis à clous. Romain Puértolas, en digne fils de Jules Verne et parfait gendre d'Alexandre Dumas, réaffirme cette vérité d'évidence : le monde n'est qu'une commode Ikea, pleine de fausses portes et de doubles fonds, et que l'on n'assemblera jamais.