• Le mystère Mussolini

    Maurizio Serra

    • Perrin
    • 2 Septembre 2021

    "Ce livre n'est ni une biographie au sens strict de Mussolini ni une histoire du fascisme italien mais la première tentative - et pas seulement en France - d'essayer de dévoiler le "mystère" d'un personnage qui ne ressemble véritablement à aucun des dictateurs, de droite ou de gauche, au XXe siècle mais qui, d'une certaine mesure, les résume tous, de Lénine à Castro." (M. Serra) Homme et leader politique extrêmement complexe, pétri de contradictions, puisant ses modèles chez Napoléon puis César avant d'être fasciné par Hitler, le Duce peut donner l'image d'un comédien tragique au sens nietzschéen du terme, et d'un révolutionnaire manqué. Il a pourtant modernisé son pays et fasciné l'Europe avant de sombrer dans la déchéance et les haines d'une guerre civile prenant la relève de la guerre mondiale.
    Maurizio Serra raconte ce destin sinueux et passionnant sur la base d'une documentation impeccable, dans un style fluide qui s'inscrit dans la filiation d'Italo Svevo et a fait la réputation de ses magistrales biographies de Malaparte ou d'Annunzio. Un très grand livre appelé à faire date.

  • Malaparte

    Maurizio Serra

    Curzio Suckert, dit Malaparte (1898-1957), écrivain italien de père allemand, auteur internationalement connu de Technique du coup d'Etat, Kaputt, La peau, est une des personnalités les plus originales et les plus dérangeantes du XXe siècle. Si l'intellectuel est encore lu et admiré, l'homme a eu en général mauvaise presse et passe pour un « caméléon » opportuniste. Cette première biographie réfute ce cliché en montrant la cohérence intime et la modernité de cet interprète prophétique de la décadence de l'Europe face aux nouvelles puissances globales (URSS, Etats-Unis, Chine) et aux idéologies de masse (fascisme, communisme, tiers-mondisme).
    Envoyé spécial sur tous les fronts de guerre, capable de passer des salons aux tranchées, des bûchers aux bénitiers, de Lénine à Staline, de Mussolini à Mao, Malaparte annonce et incarne les paradoxes de l'intellectuel engagé.

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  • Un ambassadeur exilé d'un lointain pays en proie à la guerre civile revit les espoirs et les illusions d'une existence balayée par l'histoire, comme son grand amour d'antan. Un attaché culturel japonais poursuit la femme de ses rêves, de Rome à la veille de la guerre jusqu'à Tokyo vingt ans plus tard et à Denver de nos jours. Une belle femme alcoolique conduit son Alfa Romeo le long du lac de Genève, en quête de l'homme de sa vie qui vient de s'éteindre- ce qu'elle feint d'ignorer.
    Trois histoires éblouissantes et drôles, qui composent un seul roman, empreint d'une mélancolie glaçante et d'une parodie douloureuse.

  • On a du mal à concevoir aujourd'hui que Gabriele D'Annunzio (1863-1938) fut l'écrivain-personnage le plus entouré, le plus imité, le plus jalousé de son temps. Henry James, Shaw, Stefan George, Heinrich et Thomas Mann, Karl Kraus, Hofmannsthal, Kipling, Musil, Joyce, Lawrence, Pound, Hemingway, Brecht, Borges et tous les Français - de Remy de Gourmont jusqu'à Cocteau, Morand, Yourcenar - trois générations d'intellectuels l'ont lu, étudié et copié, quitte à le renier ou l'oublier par la suite.
    Une légende, noire et rose à la fois, a fleuri abusivement autour d'un homme hors norme, dont le talent protéiforme, l'exceptionnelle vitalité et le courage physique, le goût de se dépasser en tout domaine, évoquent irrésistiblement le Minotaure de Picasso. Ce livre se propose de le faire redécouvrir tel qu'il fut.
    D'Annunzio n'a pas été tour à tour poète, romancier, auteur dramatique, séducteur qui défraya la chronique de son temps, aviateur, héros de la guerre, condottiere, Comandante à Fiume, jusqu'aux dix-sept dernières années de repli volontaire dans son palais du Vittoriale sur le lac de Garde, souvent revêtu d'un froc de bure. Il fut, du début à la fin, un poète de l'action, composé de tous ces éléments divers, un barde que le mouvement soulève, que le repli paralyse et que l'inertie tue. Non pas un aventurier, mais un véritable prince de l'aventure, précurseur des Lawrence d'Arabie, Saint-Exupéry, Malraux, et Romain Gary, qui se sont inspirés de lui.

  • Ils étaient les enfants de D'Annunzio, de Barrès, de Marinetti et de T. E. Lawrence. Ils avaient le goût de l'utopie, le culte de la jeunesse et celui de la belle mort. Ils se nommaient René Crevel, Klaus Mann, W. H. Auden, ou Lauro de Bosis. Trop jeunes pour avoir connu l'épreuve des tranchées et hantés par le sentiment d'avoir manqué la grande occasion de leur vie, ils ont espéré rendre leur existence « inimitable ».
    À ces poètes guerriers dans l'âme en mal d'héroïsme, l'ère des totalitarismes montants a offert une chance inespérée de se faire entendre. La guerre d'Espagne a été leur moment. Ils ont succombé à la tentation marxiste ou fasciste, ils sont tombés les armes à la main, aux commandes d'un avion ou d'une balle dans la tempe, ils ont glissé parfois vers l'autodestruction : nulle cohérence idéologique n'unifie leur groupe, mais la rupture avec le monde des pères, la révolte des sens, la tentation de l'absolu.
    C'est tout l'esprit de cette jeunesse que fait revivre ici Maurizio Serra, et la richesse ses paradoxes.

  • Protagoniste incontournable de la modernité, lu et traduit dans le monde entier, Ettore Schmitz, en art Italo Svevo (1861-1928), demeure un inconnu. Il est vrai que l'homme pratiquait tous les paradoxes. Cosmopolite, né à Trieste, sujet de l'Empire pendant les trois quarts de son existence, "il préféra écrire mal en italien, ce qu'il aurait pu bien écrire en allemand", selon le mot perfide de son antagoniste, le poète Umberto Saba. Commerçant avisé, industriel prospère dans l'usine de vernis de sa belle-famille, il "entra à la Trappe" et s'éloigna de la littérature pendant un quart de siècle. Juif converti au catholicisme lors de son mariage, il resta agnostique et réclama vainement des obsèques "sans prêtre ni rabbin". Epoux et père irréprochable, il rêvait de couper les femmes en morceaux et de manger leurs bottines. Foncièrement apolitique, il accueillit sans enthousiasme l'embrasement de 1914. Italien de coeur et de conviction, il comprit tôt que les troubles de l'après-guerre conduiraient à l'ère des fascismes. Très méfiant à l'égard de la psychanalyse, il a écrit pourtant le premier roman psychanalytique avec La conscience de Zéno (1923). Découvert par les élites européennes, grâce à l'amitié de Joyce et de Larbaud, il eut à peine le temps de savourer cette reconnaissance tardive, et s'éteignit en laissant inachevé son dernier chef-d'oeuvre, les Confessions d'un vieillard. Bref, Svevo reste largement une énigme. Un homme qui a fait de son oeuvre le siège de sa vie, mais dont "l'anti-vie", qu'il voulait faire oublier, est encore plus révélatrice.

  • Il existe une vaste littérature, en France et dans le monde entier, sur l'oeuvre, l'action politique et l'héritage de Drieu La Rochelle, d'Aragon et de Malraux. Mais aucune étude connue, qui se propose d'analyser leurs itinéraires croisés d'un point de vue chronologique et thématique à la fois, sur fond des " guerres civiles " européennes de leur temps. C'est le pari tenté par Maurizio Serra. II a relu ce moment capital de " l'idéologie française" du vingtième siècle, où s'affrontent révolution et anarchie, communisme et fascisme, surréalisme et décadence, Résistance et Collaboration, patriotisme et " parti de l'étranger ", gaullisme et internationalisme à travers le destin extraordinaire de trois intellectuels "furieusement" engagés. Trois hommes unis et lacérés par leurs contradictions, leurs passions, leurs démons intérieurs. Paru en Italie en 2006, Les Frères séparés a été entièrement revu par l'auteur pour cette version française.

  • La guerre futuriste est une mobilisation totale contre les valeurs politiques, morales et culturelles du passé; elle permet à marinetti de rompre les ponts avec la décadence, d'être de plain-pied dans la réalité qui n'est plus la conséquence du passé mais son contraire.
    Il repère un ennemi immédiat - les empires centraux "moribonds" - et un objectif facile - l'irrédentisme ; mais surtout il identifie, dans la technique au service du mythe, l'avènement traumatique de la modernité. [. ] marinetti n'est décidément pas facile à cerner. il est de "droite" ou plutôt d'"extrême droite", lorsqu'il en appelle au droit du plus fort, au reniement de la solidarité de classe, à la loi martiale contre les pacifistes et les traîtres, à la destruction de l'ennemi et pas seulement à sa défaite.
    Il est de "gauche ", ou plutôt d'"extrême gauche" parce qu'à ses yeux la guerre doit mener à la dissolution de tout ordre préétabli, y compris celui des non-belligérants comme l'eglise - d'oú sa fronde pendant la période fasciste contre les compromis et la corruption du régime.

  • En France, on connaît peu, et mal, l'extravagant Curzio Suckert, alias Malaparte (contrairement à Bonaparte, il avait, lui, envie d'être vaincu à Austerlitz et vainqueur à Waterloo.). Qui fut un immense écrivain (« Kaputt », « La peau », etc.) mais aussi dandy, homme couvert de femmes, communiste, fasciste, mussolinien, prochinois.
    Ses innombrables métamorphoses intellectuelles et morales en font un témoin, un acteur et un symptôme assez unique dans l'histoire littéraire de l'Europe du XXème siècle. La biographie définitive que lui consacre Maurizio Serra fait le point sur ce destin hors-normes. Et raconte la vie prodigieuse d'un individu insaisissable qui courut de Moscou à Capri et de Paris à Pékin.
    Certes, il existait déjà des biographies de Malaparte (en français, la dernière fut publiée voici une vingtaine d'années), mais aucune n'avait entrepris le méticuleux travail d'enquête dont s'est acquitté Maurizio Serra. Germaniste, il est allé interroger les archives allemandes et a eu accès aux archives russes ; sans parler des malapartiens survivants qu'il fréquente depuis longtemps. A l'arrivée, on dispose d'une somme impressionnante d'informations, de détails, d'anecdotes qui ressuscitent comme jamais Curzio « l'Arcitaliano ». Six entretiens (avec des personnalités aussi diverses que Giorgio Napolitano (l'actuel Président de la République italienne) ou Sandro Veronesi (qui analyse l'impact de Malaparte sur sa génération) complètent cet ouvrage remarquable.

  • Gendre (il est marié avec sa fille chérie Edda) et favori de Mussollini, Galezzo Ciano a été son ministre des Affaires étrangères de juin 1936 à janvier 1943. A ce titre, il a joué un rôle déterminant dans le rapprochement avec l'Allemagne nazie (l'Axe Rome-Berlin) avant de s'en mordre les doigts. L'invasion de la Tchécoslovaque par le IIIe Reich au printemps 1939, en violation des accords de Munich signés quelques mois auparavant, lui ouvre les yeux sur la violence d'Hitler et le caractère unilatéral d'une alliance qui va précipiter l'Italie dans la guerre et Mussollini à sa perte.
    Dès lors, il va faire ce qu'il peut pour s'en détacher. en vain. Devenu la bête noire des nazis, il est « remercié » par Mussollini juste après Stalingrad. Cheville ouvrière du renversement du Duce en juillet 1943, Ciano est remis par les nazis à la République de Salò, qui l'exécute après une parodie de procès en janvier 1944. En dépit des supplications de sa fille, Mussollini a laissé faire. Ciano est mort mais ses notes quotidiennes, prises au jour le jour, sont sauvées miraculeuseument. Voici leur première édition intégrale en français.
    Ciano y raconte les événements et y dépeint les hommes d'une plume de maître ; non seulement Mussollini, sur lequel son témoignage est incomparable, mais aussi sur les hiérarques du fascisme - dévorés par leurs rivalités -, et ses interlocuteurs nazis à commencer par Hitler - qu'il redoute -, Ribbentropp - qu'il hait -, sans oublier Goering qu'il méprise.
    Défilent aussi Goebbels, Pétain et Laval, Franco et Horthy, le cruel Ante Pavelic. Un témoignage sincère et terrible qui évoque « les damnés » de Visconti ; une des meilleures sources sur la descente aux enfers du fascisme ; doté d'un appareil critique de premier ordre et d'une présentation substantielle de Maurizio Serra.

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