• Extrait :
    L'odeur du plancher huilé et les relents de bière
    qui m'étaient si familiers me ravissaient toujours lorsque
    le matin, très tôt, je poussais la porte du Twin.
    J'allumai les lumières du comptoir mais laissai la salle
    dans la pénombre. J'avais pour habitude de descendre
    quelques minutes dans mon bureau pendant que le
    percolateur montait en pression. La lourde porte
    grinça sur ses gonds. Je me remémorais la scène de la
    veille. Je revoyais Yasmine couchée sur le ventre, cul
    tendu, jambes ouvertes sur son sexe offert, gigotant
    de douleur pendant que je la fouettais. Dans le silence
    parfait, j'entendais les claquements du ceinturon sur
    les fesses rougies, les cris de Yasmine. J'en étais tout
    retourné. Mais je remontai dans la salle car, ce jour-là,
    elle devait prendre son service dès l'ouverture, et c'est
    bien avant neuf heures qu'elle entra dans le bar, pendant
    que je sirotais mon café.
    - 'jour, patron ! me lança-t-elle en me jetant un
    coup d'oeil furtif.
    - Bonjour, Yasmine ! Bien dormi ?
    Ma question resta sans réponse. Son casque de
    moto sous le bras, elle fila en direction des vestiaires.
    Je la regardai s'éloigner en ondulant des hanches.
    Aujourd'hui, elle portait un blue-jean qui moulait ses
    formes. Il fallait que je lui parle, mais je ne savais
    comment l'aborder. Bob fit son entrée, immédiatement
    suivi de Géraldine, qui n'avait pas l'air très en
    forme. Son artiste avait encore dû lui faire des misères.
    Je ne comprenais pas pourquoi une si jolie fille se
    laissait mener par le bout du nez de cette manière. A
    croire qu'elle aimait ça !
    Il était onze heures lorsque Yasmine s'approcha,
    l'air assuré. En posant son plateau sur le bar, elle
    poussa et renversa un verre. Le bruit de la casse me
    surprit tandis que Bob reculait pour éviter de justesse
    le liquide. Yasmine, quant à elle, les yeux plantés dans
    les miens, attendait ma réaction comme si elle venait
    de me lancer un défi.
    - Va m'attendre en bas, la porte est ouverte !
    J'arrive dans cinq minutes, lui dis-je.
    Elle fit demi-tour sans me quitter du regard, avant
    de se diriger vers l'escalier du sous-sol. Je ne voulais
    pas lui donner l'impression d'accourir, et préférai la
    laisser mijoter un moment.
    - Bob, je te confie la caisse, lançai-je avec un clin
    d'oeil. Je n'en ai pas pour très longtemps.
    - Prends tout ton temps, répondit-il, je me
    débrouillerai bien tout seul. Tu me raconteras...
    Son sourire complice m'accompagna jusqu'au fond
    de la salle.




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