• Voici le nouveau livre de Claude Royet-Journoud, depuis, La finitude des corps simples, paru chez P.O.L en 2016. Ses poèmes nous placent, lecteurs, dans « la dramaturgie de ce qui vacille », ou notre situation dans la langue face au monde. L'usage et les attributs du coeur est une exploration minutieuse des états d'émotion dans la langue et à travers l'écriture des mots. Le lyrisme du poème n'est pas dans l'ivresse du langage mais plutôt dans la dépossession, l'absence à soi-même, les jeux aléatoires de la langue. Mais la question est toujours la même : le récit possible du réel. Le récit et son énigme quand il a recours au vers, au poème. Le livre se fait enquête perpétuelle. L'auteur réunit des indices. Et à l'intérieur des failles, qui sont aussi une architecture, il esquisse une fable. Il s'agit en réalité d'un seul texte, et non simplement une suite de poèmes. D'une histoire à naître, à découvrir. Le vers est un miroir. Il se reflète et se transporte dans un autre poème sans pour autant perdre son identité. D'où cette attention aux petits mots de la langue, aux articulations, aux prépositions qui détournent le « courant » et permettent ainsi au poème de se reformer dans un espace inédit. Les mots du poète sont autant de stigmates d'une langue en quête du monde, des émotions, des « attributs du coeur ». Logique du moindre, de l'imperceptible, de l'accidentel.

  • Quatrième de couverture :
    Ouvrage composé sous forme de notes, La poésie entière est préposition réunit en substance la totalité de deux carnets, tenus par Claude Royet-Journoud en contrepoint de son travail d'écriture, depuis la publication du troisième volet de sa tétralogie, Les objets contiennent l'infini chez Gallimard en 1983, jusqu'à aujourd'hui.

    Assimilable à un art poétique, La poésie entière est préposition double l'écriture dans un jeu réglé de répétitions : énoncés digraphes communs au livre que nous publions et au texte proprement dit, et de différences : emploi de termes hétérogènes au vocabulaire de l'écrivain, dont le moindre n'est pas le mot « poésie » qui apparaît dans le titre de ce volume. De fait, si un contrepoint s'inaugure dans la digraphie de l'énoncé « un métier d'ignorance » (qui inscrit le non-savoir au coeur du savoir-faire), celui-ci s'achèvera par les notes plus récentes consacrées à la préposition (« action de mettre en avant »), lesquelles, à l'heure où paraît Théorie des prépostions chez P.O.L, pourraient en figurer la strette.

    Entre-deux, en manière d'abyme pour ce livre, une citation de Marcel Jousse : « Ma science ne peut être qu'une science de pointillés. Je n'ai ni le temps ni les moyens de tracer une ligne continue. »

  • Ce nouveau livre de Claude Royet-Journoud s'ouvre par une très belle citation d'Emile Benveniste : « C'est pourquoi la question : à quoi sert le langage ? n'a qu'une réponse : à vivre. ».
    Elle est d'autant plus belle qu'elle éclaire d'un jour différent de celui auquel on est habitué une oeuvre qui a la réputation d'être cérébrale, mais n'en est pas moins inscrite dans le plus vif de notre présence au monde. Une oeuvre qui met le poème et les mots qui le composent, leur ambigüité, leur volatilité, au centre de toute interrogation.

  • La question est ici: Est-ce q'une relation peut être renversée ou nonoe Viggo Brøndal En 1940, un an avant ma naissance, le linguiste danois Viggo Brøndal publiait un livre sous ce même titre. Presque invisible, la préposition hante la langue et plus particulièrement la langue de poésie. Elle l'aimante, la creuse, la bouleverse. Ici, je tente d'en saisir le récit et d'en retourner certains effets. Ce livre est d'abord un premier livre. Il en a, en quelque sorte, l'innocence et, oserai-je le dire, la perversité. Chacune des séquences de Théorie des prépositions est peut-être le miroir de cet enjeu. La fin fut repoussée à plusieurs reprises avant de pouvoir se reconnaître.

  • Kardia

    Claude Royet-Journoud

    Kardia est le récit d'« une lutte perdue d'avance » que seule - peut-être - la polysémie d'un mot translittéré du grec serait capable de signifier. Que peut le langage face à l'inéluctable ? précisément relater, faire récit : relation du je et du tu, du il et du elle, de la phrase et du vers ; ou encore découvrir, dans l'acte même de relater, la logique de ces relations. Ainsi l'événement inéluctable se saisit-il dans une syntaxe étagée d'énoncés distincts, selon une certaine pliure et dans « l'intrication de tous les temps présents » : « ensemble ce qui s'est écrit et ce qui va s'écrire » (Figuren).
    Kardia est une épreuve de probité poétique, comme l'a justement formulé Michèle Cohen-Halimi, où se mesurent limites et ressources du langage - au coeur.

    Le livre, composé au plomb, a été imprimé sur les presses de Harpo & à Corbières durant l'été 2009.

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