• C'est le "brusque dégoût de lui-même" qui pousse Lafala, un docker ouest-africain, à abandonner Marseille après avoir été dépouillé de tout son argent et de ses illusions par la belle Aslima. Embarqué clandestinement sur un paquebot et enfermé dans des latrines pendant la traversée de l'Atlantique, il est amputé de ses deux jambes à son arrivée aux Etats-Unis. Remettant son sort à un avocat véreux, Lafala empoche une grosse somme d'argent et retourne dans le "port des Rêves" , espace frontière entre la terre et la mer, où il retrouve l'ambiance bouillonnante de la Fosse, les déracinés de la Jetée et ses illusions perdues.

  • Octobre 1935 : après des mois de tensions, les troupes de l'Italie fasciste envahissent l'empire d'Éthiopie. L'émoi est grand dans la communauté noire américaine, pour qui l'empire de Hailé Sélassié est non seulement le dernier pays indépendant d'Afrique, mais aussi la patrie du christianisme africain originel, poncif entretenu par le succès du mouvement panafricain de Marcus Garvey. Les organisations communautaires "aframéricaines" se mobilisent pour apporter leur soutien moral et économique à l'Éthiopie. Pour stimuler cette campagne de solidarité, l'empereur envoie aux États- Unis un émissaire, le lij Tekla Alamaya.

    Dans le Harlem bouillonnant de l'entre-deux-guerres, véritable poumon culturel et politique de la modernité noire américaine, de nombreuses factions vont s'affronter pour conquérir le coeur de l'envoyé, afin d'assoir leur propre influence sur les "brebis noires de Dieu". La bataille d'emphase fait rage. On y compte : les nationalistes noirs, fanatiques de mascarade primitiviste et de chambard africologique ; les communistes, disciples hystériques de Staline aussi inquisitoriaux que manipulateurs ; la bourgeoisie aframéricaine, pathétiques apôtres de la sophistication et de l'imbécilité mondaine ; leurs amis blancs du centre-ville, rupins snobinards venus s'encanailler d'un exotisme en toc au nom du "progressisme" ; la nébuleuse interlope de Harlem, société mêlant canaille ordinaire et gens de haute pègre. Le théâtre des opérations se déploie entre les tripots et les galas de cette Babylone jazz, noyau poétique et véritable personnage central du roman. Dans ce carnaval social aussi frénétique que sardonique, Claude McKay exprime son art du paysage politique jusqu'à son point d'incandescence, pour saccager les vilenies de toutes les volontés de pouvoir et remettre à l'honneur la seule terre promise qui fut jamais la sienne et depuis laquelle il nous parle encore : la marge.

    Les brebis noires de Dieu fait aujourd'hui figure d'oeuvre pivot de cette seconde époque, parce qu'on y retrouve le style bouillonnant et le ton sarcastique de Claude McKay certes, mais aussi en raison de son thème, la «crise éthiopienne» et de son cadre, le Harlem de 1936. L'invasion de l'Abyssinie par les troupes de l'Italie mussolinienne suscita un mouvement international de soutien au royaume éthiopien et servit de catalyseur à la solidarité panafricaine, notamment en provenance de la communauté africaine-américaine dont Harlem était la capitale.
    Cette crise, premier acte de guerre des forces fascistes européennes et préfiguration de la guerre d'Espagne, mit en exergue les rivalités et les paradoxes politiques qui agitaient la société noire américaine d'alors, et fait le riche décor du rocambolesque et détonnant «dernier» roman de Claude McKay.

  • Jazz à Marseille Marseille, 1929. Lincoln Agrippa Daily, alias Banjo (comme l'instrument dont il joue dans les bars), docker occasionnel (comme son « pote » Ray), est un Noir américain en quête de plaisir et d'aventure. Il nous entraîne à sa suite dans l'exploration nocturne des bas-fonds de la ville et de leurs lieux clandestins, en compagnie des prostitué(e)s locales et de leurs maquereaux, des voyous provençaux et corses, des marins en bordée et des musiciens. Banjo, c'est un blues survolté comme le célèbre « Shake that thing » (« Secoue-moi ça ! »)composé par Papa Charlie Jackson. C'est une fresque aux couleurs criardes , une plongée dans le « fantastique social » cher à Pierre Mac Orlan, à travers une série de tableaux inoubliables où la misère côtoie le dandysme de la pègre. Un roman-opéra unique en son genre, dans lequel les cadences du jazz se mêleraient aux airs de Carmen et aux chansons de Mistinguett.
    Histoire d'un livre Publié pour la 1ère fois en France en 1930, dans une étrange traduction du député communiste Paul vaillant-Couturier (!), ce livre passe totalement inaperçu lors de sa parution , mis à part quelques fans qui en font un livre-culte. Il est réédité en 1999 par l'éditeur marseillais André Dimanche, dans une admirable traduction de Michel Fabre. Devenu introuvable, Banjo est repris dans la collection REPLAY, avec l'excellente postface d'origine signée par le traducteur.

    Claude McKay : de la Harlem Renaissance au communisme, et après : un destin hors pair Né en 1889 à la Jamaïque, ce poète et romancier américain fut l'une des principales figures de la « Harlem Renaissance » , aux côtés de Langston Hughes, mais aussi de Louis Armstrong et Duke Ellington. Militant révolutionnaire, il participe au quatrrième congrès de l'Internationale communiste à Moscou en 1922. A son retour d'Union Soviétique, il s'installe en France (où il rencontre Aimé Césaire). C'est là qu'il écrit son roman le plus fameux , Home to Harlem, qui sera traduit par Louis Guilloux en 1932. En 1934, il retourne aux U.S.A. où il finira ses jours, en 1948, laissant derrière lui 3 romans, des poèmes, et deux textes autobiographiques.

  • Bibliotheque de l'olivier - banjo Nouv.

  • Retour a harlem Nouv.

  • " ce fut un soulagement que d'aller vivre à marseille parmi des gens à la peau noire ou brune, qui venaient des etats-unis, des antilles, d'afrique du nord et d'afrique occidentale, et se trouvaient tous rassemblés pour former un groupe chaleureux.
    Des traits et un teint négroïdes n'étaient pas exotiques, suscitant curiosité ou hostilité, mais spécifiques à un groupe et naturels. l'odeur des corps noirs ayant transpiré durant une dure journée de labeur, tout comme l'odeur des chevaux à l'écurie, n'était pas désagréable, même dans un café bondé. c'était bon de sentir la force et la différence d'un groupe social, et d'avoir la certitude d'en faire partie.
    [. ] le vieux-port était toujours très animé : bagarres entre hommes ou disputes entre prostituées, marins dévalisés, coups de feu tirés par des particuliers ou par la police. un sénégalais possédait un grand café sur le quai et tous les noirs s'y retrouvaient avec leurs copains et leurs filles. ".

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