Gallimard

  • "Son heure semble arrivée. Soudain la mort surgit au loin, elle fond sur lui au galop, elle l'atteindra bientôt. C'est une charge de cavalerie qui remonte toute la rue. Manet a voulu voir les émeutes de trop près. Ne t'approche pas des troubles, lui avait pourtant dit son père, mais il a dix-neuf ans, il est un jeune chien fou, il veut toucher les choses du doigt, sentir la colère populaire contre le coup d'État, les manifestations, les cris, les pillages, les barricades en flammes."

    Révélation : Édouard Manet (1832-1883) ne serait pas seulement le peintre inventeur de la modernité, il aurait aussi créé dans ses tableaux des centaines d'hommes et de femmes parfaitement vivants et dépositaires d'un grand secret sur eux-mêmes.

  • Partout sur la terre de Fukushima, à deux pas des habitations, parfois cachés par un simple rideau d'arbres, de grands sacs noirs s'entassent, remplis de déchets radioactifs - branches, herbes, fleurs, poussière... -, montrant au voyageur stupéfait une image tangible de ce qu'on pourrait appeler la poubellification du monde, ou l'avenir programmé de notre planète. Plus loin, des milliers de réservoirs bleus, de réservoirs blancs, de réservoirs gris : aujourd'hui, et pour des dizaines d'années encore, on refroidit en permanence la centrale en l'aspergeant d'eau. Au contact des réacteurs, l'eau utilisée devient immédiatement radioactive : des centaines de cuves stockent plus d'un million de tonnes d'eau contaminée. Chaque année, le paysage s'obstrue davantage et l'espace de stockage arrivera à saturation en 2022.
    /> Pour résoudre le problème, ou plutôt l'évacuer, des experts commissionnés par le gouvernement recommandent purement et simplement de les vider dans la mer.

    Notre ami l'atome est la transposition de trois films écrits par Michaël Ferrier et réalisés par Kenichi Watanabe : Le Monde après Fukushima, 2013, Terres nucléaires, une histoire du plutonium, 2015, Notre ami l'atome, 2020.

  • La vraie vie de Cécile G. Nouv.

    Denis, le narrateur, rencontre Cécile G. à Paris dans les années 1960. L'adolescent n'ose rien entreprendre et le regrette. Il devait la retrouver en vacances à Plymouth mais la jeune fille ne vient pas. Depuis, il y pense toujours.
    La vie de Denis se fera avec et sans elle. Il connaît d'autres femmes, se marie, a un enfant, mais il n'oublie jamais Cécile G., il suit de loin ce qu'elle devient et enquête sur sa vie.
    Un jour, dans un parc, il l'aperçoit jouant avec un enfant qui s'appelle Denis, comme lui. L'enquête rebondit, la vie secrète reprend, dans les fantasmes, dans les plis, dans la littérature. Jusqu'au dénouement imprévu.

  • "La mort n'a jamais tenu une grande place dans ma vie consciente. Je n'y pense guère et m'en préoccupe encore moins. Mourir au dernier moment, comme disait Céline, avec le courage et la dignité que j'ai vus aux bêtes, avec leur simplicité, voilà ce que je souhaite.
    À l'adolescence, alors que je ne m'en souciais pas davantage, il m'arrivait toutefois de me réveiller en sursaut la nuit avec la pensée qu'il allait falloir mourir un jour. Puis ces réveils disparurent.
    Plus tard, je m'intéressai aux philosophies antiques qui tiennent la mort pour rien, auxquelles faisait écho ce vers de Mallarmé : "Un peu profond ruisseau calomnié la mort."
    J'ai récemment failli mourir du coronavirus."
    C. M.

  • "Une femme dit tout de sa vie : l'amour et les désirs, la douleur, la mort.
    J'ai écrit ce texte pour le compositeur Yann Robin, mais il se lit aussi sans musique, comme un petit roman intérieur."
    Yannick Haenel

  • " Il ne s'agit pas de la Chine dans ce livre. Il s'agit d'un fantasme qui porte le nom de "Chine", et qui change de forme, selon les époques et les individus. La mienne est un Autre très proche, le centre vide au coeur du moi auquel j'aspire à "retourner" comme disent les taoïstes, elle est ce qui fait dire à Franz Kafka : "Je suis chinois et je rentre chez moi." Elle ne se confond pas avec la Chine géographique, historique, politique, ni même artistique ou littéraire car" il n'est de pays que l'enfance" (Roland Barthes). "

  • Chacune de ces petites histoires entend conduire le lecteur à un moment de perception (ou de sentiment) de l'infini. Pour cette raison, elles sont plutôt courtes, car l'infini doit apparaître par surprise. Peut-être même abruptement. Le lecteur doit y être poussé comme au bord d'un précipice qu'il n'aurait pas vu venir, et qu'il ne découvre qu'en y tombant.
    A. F.

  • Philippe Sollers, Légende ;
    Philippe Sollers, Entretien avec Luigi Ballerini pour La Repubblica ;
    Philippe Sollers, Réponses à La Règle du jeu sur le complot ;
    Philippe Sollers, Bataille, seul ;
    Michaël Ferrier, Kenichi Watanabe, Notre ami l'atome ;
    Yannick Haenel, Le Trésorier-payeur ;
    Marc Pautrel, Le peuple de Manet ;
    Georges Bataille, Trois lettres à Isabelle Waldberg ;
    Jean Narboni, La grande illusion de Céline ;
    Valentin Retz, Une sorcellerie ;
    Marcelin Pleynet, Le Déplacement. Journal des années 1982-1983

  • 'On peut très bien vivre dans des zones contaminées : c'est ce que nous assurent les partisans du nucléaire. Pas tout à fait comme avant, certes. Mais quand même. La demi-vie. Une certaine fraction des élites dirigeantes - avec la complicité ou l'indifférence des autres - est en train d'imposer, de manière si évidente qu'elle en devient aveuglante, une entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité.'
    Michaël Ferrier.

  • "Il fut un temps où j'avais le sentiment d'avoir saisi l'être de Lacan de l'intérieur. D'avoir comme une aperception de son rapport au monde, un accès mystérieux au lieu intime d'où émanait sa relation aux êtres et aux choses, à lui-même aussi. C'était comme si je m'étais glissée en lui.
    Ce sentiment de le saisir de l'intérieur allait de pair avec l'impression d'être comprise au sens d'être toute entière incluse dans une sienne compréhension, dont l'étendue me dépassait. Son esprit - sa largeur, sa profondeur -, son univers mental englobait le mien comme une sphère en contiendrait une plus petite. J'ai découvert une idée semblable dans la lettre où Madame Teste parle de son mari. Comme elle, je me sentais transparente pour Lacan, convaincue qu'il avait de moi un savoir absolu. N'avoir rien à dissimuler, nul mystère à préserver, me donnait avec lui une totale liberté, mais pas seulement. Une part essentielle de mon être lui était remise, il en avait la garde, j'en étais déchargée. J'ai vécu à ses côtés pendant des années dans cette légèreté."
    Catherine Millot.

  • "J'avais vu juste, elle n'a personne dans sa vie actuellement. De son côté, elle sait que je suis séparé. Elle a été mariée, a divorcé, n'a pas d'enfants. Elle sort peu, mais elle aime aller au restaurant. Parler sans fin en mangeant est également un de mes grands plaisirs."

  • Une voix blanche, surgie au milieu de la nuit, annonce à Michaël Ferrier la mort de son ami François et de sa fille Bahia.
    Dans la dévastation, la parole reprend et les souvenirs reviennent : comment deux solitudes, jeunes, se rencontrent, s'écoutent et se répondent ; les années d'études, d'internat ; la passion du cinéma, de la radio : la mémoire se déploie et compose peu à peu une chronique de l'amitié, un tombeau à l'ami perdu.
    Entre France et Japon, Michaël Ferrier redonne vie aux fantômes, aux absents, aux disparus. Il confère aux choses et aux êtres une sombre beauté, celle de la passion de l'amitié.

  • "Avec Plaisirs, j'entrais dans le monde de Dominique Rolin, éblouie par son rire, son courage, ses obsessions et ses dons. Messages secrets est d'une toute autre nature. Elle m'embarque avec elle dans un voyage d'où l'on ne revient pas. Elle le sait, elle m'entraîne et elle sait ce qu'elle fait. Elle sait que je peux l'entendre. Sans hystérie et sans pathos. J'entre dans son rêve. J'en suis la dépositaire. Je dois en transmettre les messages secrets. Je me fais traductrice d'une métaphysique concrète. Je redessine à l'infini l'espace de sa liberté. Et ensemble, nous nous approchons du miroir, le plus près possible de cet inconnu impensable où elle me précède."
    Patricia Boyer de Latour.

  • Cet ouvrage propose la première étude critique et systématique des Cahiers noirs de Martin Heidegger.
    Lire sérieusement et rigoureusement ses Cahiers noirs ou "carnets" sans idée préconçue et sans précipitation, loin de toute l'instrumentalisation politique et médiatique dont ils ont été le prétexte sans même avoir été lus ni abordés, tenter de dégager patiemment l'économie de leur propos, en pointant leur critique constante de la "barbarie" du national-socialisme, quitte à devoir rappeler qu'il n'y a pas trace en eux d'antisémitisme (que Heidegger lui-même qualifie d'"insensé et blâmable"), telle est l'ambition de ce travail appelé à faire date dans les études heideggériennes.

  • "En 1958, Martin Heidegger déclare à Aix-en-Provence : "J'ai trouvé ici le chemin de Paul Cézanne auquel, de son début jusqu'à sa fin, mon propre chemin de pensée correspond d'une certaine manière." Quel est le sens d'une telle déclaration où se rencontrent la philosophie et la peinture, mises sur le même plan ? Tel est le point de départ de ce livre, qui est aussi une réflexion sur la correspondance entre deux révolutions de pensée presque contemporaines : celle de l'art moderne puis celle de la phénoménologie. Mais dans la perspective de cette correspondance, il ne s'agit pas moins de mettre la peinture en dialogue avec la pensée philosophique que de nourrir la philosophie à partir d'une expérience incarnée de la pensée et du regard cézanniens. Dans l'un et l'autre sens sont en jeu, à travers la couleur et la parole, l'aventure humaine d'exister et la signification, inhérente à l'existence, de la responsabilité envers le monde - notre monde - aujourd'hui."
    Hadrien France-Lanord.

  • "Chardin sait que la révolution se prépare, à Paris et dans le reste du pays, tout va basculer, c'est inévitable, les encyclopédistes vont triompher, le futur est en marche, la guerre du Vrai contre le Faux ne fait que commencer. Ses piètres collègues nouvellement acclamés, les peintres historiques, exposent partout dans les salons leurs grandes toiles néoclassiques, didactiques et poussives? Soit : il leur oppose ses études de têtes au pastel, le portrait de jeunes enfants, un par un, heureux et très sûrs d'eux, pas du tout inquiets, ou également, maintenant, son propre portrait, l'étude de tête de Monsieur Jean-Siméon Chardin réalisée par lui-même."

  • Parti sur les traces de son grand-père, acrobate dans un cirque itinérant de l'océan Indien, Michaël Ferrier découvre et revisite une partie méconnue de l'Histoire de France : sur fond de colonisation, le "Projet Madagascar", par lequel les nazis, "rêvant d'étoiles jaunes sur l'île Rouge", visaient à se débarrasser physiquement des Juifs d'Europe.

    Roman d'une plongée dans la mémoire et dans l'oubli, qui passe par Hitchcock et par Montaigne, par Paris et par Mahajanga, par Chateaubriand et par le jazz, Mémoires d'outre-mer ouvre à une réflexion sur l'identité française abordée par ses marges et rongée par ses silences.

  • "Il regarde la grande roue tourner et donner un sens à l'eau, il a la bizarre sensation qu'il est lui-même devenu à la fois la roue et l'eau, comme le fruit d'une inéluctable union, il est en même temps l'artisan et l'outil. Parce que ses questions sont immenses et que toujours il voudra découvrir le lieu où vont se cacher les morts, ses découvertes elles aussi sont devenues immenses."

  • Barcelone brûle

    David Mathieu

    "D'après toi, pourquoi Barcelone est une ville libertaire? " me demande Edgar. Cette ville a une énergie folle, dis-je, un feu anime ses rues baignées de soleil. Elle a l'expérience des rébellions. Les femmes sont à l'aise. Le climat est favorable. La jeunesse s'y réjouit... Barcelone, grande enchanteresse!
    Port ouvert sur la Méditerranée, elle a brûlé plusieurs fois au cours de ses deux mille ans, elle brûlera encore...

  • Phallus

    Philippe Limon

    Le jour de Noël, au petit matin, le narrateur, qui achève un essai consacré aux métamorphoses chez Franz Kafka et Philip Roth, se réveille dans son lit d'enfant transformé en phallus géant. Sa mère, rendue hystérique par cette découverte, s'effondre ; sa famille, alertée, se rassemble à son chevet et s'interroge sur la marche à suivre. Tous s'accordent à dire que le narrateur a tout fait pour, encore une fois, gâcher la fête de Noël. Le roman devient alors un huis clos agité, une circonvolution axée sur la question du familialisme à l'époque moderne.

  • Le 29 juillet 2010, à Zurich, Michèle Causse, théoricienne féministe et traductrice, a choisi de dénaître en mourant par suicide assisté le jour de son anniversaire. Se pourrait-il qu'existe un lien entre sa mort et celle du personnage du livre Bartleby le scribe qu'elle avait traduit en français ? Telle est la question qui travaille le narrateur, un étudiant en théologie qui commence à bien connaître les Évangiles, où il a lu cette phrase : Cherchez et vous trouverez.

  • "Herman Melville aurait aujourd'hui deux cents ans. Il a survécu et continuera de vivre, mais quelle histoire, que de risques encourus ! On pense parfois que l'on peut dessiner une ligne de vie, en suivre la courbe. En fait, on doit y revenir sans cesse, par de multiples touches, sous des angles variés, des "éclairages". Même sentiment pour ce qui concerne l'avenir de Melville, l'à-venir de son oeuvre. Dès avant le décès d'Herman (en 1891), il était oublié, sorti de la scène littéraire. On en reparlera dans cent ans."
    Claude Minière.

  • Philippe Sollers, Le Sacré et l'histoire - L'événement différentiel
    Philippe Sollers - Sandrine Gaillard, La société est mensonge (entretien)
    Philippe Sollers - Mehdi Belhaj Kacem, La mort des avant-gardes (entretien)
    Frans De Haes, Philippe Sollers, Lettres à Dominique Rolin, 1981-2008
    Patrick Besson, Silhouettes du scandale
    François Meyronnis, La mort de Staline
    Emmanuel Loi, Artaud
    Philippe Limon, Phallus

  • "Éden, Éden, Éden. L'enseigne en néons clignote. Comme la palpitation d'un coeur. Comme une respiration. L'image du Jardin originel s'impose à Sacha. Non pas comme on le dépeint dans les Écritures, mais tel qu'il a dû être : une forêt vierge, la matrice du monde. Un cycle perpétuel de fécondations, d'éclosions, de pourrissement. Un fouillis de lianes pleines de sève, de feuilles grasses, d'écorces humides ; un air chaud et fiévreux, saturé d'odeurs ; des eaux stagnantes, croupissantes. Et au milieu de tout ça, l'image d'une fille pâle. Une fille pâle qui danse."

    2011. Un jeune Russe arrive à Paris. Il est à la recherche de sa soeur. Son errance le mène à Pigalle dans un club de strip-tease, où il rencontre une danseuse, Nina. Tandis qu'elle tourne autour d'une barre d'acier chromé, lui, raconte son histoire.

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