Bord De L'eau

  • La découverte inespérée des registres du collège Gambetta, grâce à l'acharnement de Claude Smadja, l'un des initiateurs du Comité Tlemcen, a permis que le nom de ma soeur Bella soit gravé avec ceux de ses camarades d'école assassinés comme elle

  • Son originalité est d'avoir réuni deux histoires personnelles en une. La première est celle d'un jeune couple de Juifs polonais qui, fuyant la progression de l'armée hitlérienne en septembre 1939, part à l'Est, revient en 1941 à Varsovie dans le ghetto, arrive à survivre aux rafl es, aux déportations, aux camps, et en 1945, en négligeant les démons profondément enracinés dans la société polonaise, décide de revenir et vivre à Varsovie parce qu'il croit à la promesse d'un avenir meilleur... La deuxième histoire est celle de l'auteure à qui, enfant, on n'a rien dit, les uns pour la protéger, les autres pour façonner l'Histoire au service de l'auto-justifi cation d'un régime totalitaire.

  • Pourquoi écrire des lettres post mortem à trois exilés décédés en 2008 et 2015 ?
    Un jeune juriste autrichien de 27 ans condamné comme juif en 1939, pour échapper à la mort, à un exil sans retour en Bolivie.
    Un enfant de Vienne se découvrant juif en 1938, déporté seul à 13 ans de 1938 à 1945, véritable « héros », qui choisit un nouvel exil en Amérique latine en 1947.
    Une jeune communiste juive de 22 ans originaire de Prague, seule de sa famille à avoir échappé à la Shoah en 1939 grâce à des exils multiples en France puis au Mexique, mais exilée aussi dans son propre pays à son retour du fait des purges staliniennes en 1952.
    /> Ces exilés frappent par les épreuves endurées, mais aussi par leurs forces de vie, qui leur ont permis de rebondir, de métaboliser leurs souffrances et de s'engager tout au long de leur vie, sur le plan culturel, politique ou tout simplement humain.

  • Pour expliquer la non-déportation de 75% des Juifs de France durant l'Occupation, c'est souvent la figure des Justes des Nations qui est mise en avant. Depuis plusieurs années une dérive tend à réduire ce chiffre au seul sauvetage.
    En s'appuyant sur une centaine de dossiers de demande refusée d'attribution de ce titre, les auteurs s'interrogent sur l'attitude des français moyens à l'égard des Juifs. Surtout, ils soulignent l'importance de la chronologie et du contexte local et dégagent quels autres facteurs ont contribué à la survie des ¾ des Juifs de France.
    Pour réaliser cette enquête obéissant aux critères de la recherche historique, les auteurs ont utilisé des sources non consultées jusqu'à présent. D'une part les Archives départementales en France, d'autre part des témoignages conservés par les Archives du Mémorial Yad Vashem à Jérusalem, de juifs ayant survécu à l'Occupation en France.
    Les auteurs ont réalisé un portrait de Monsieur ou Madame « Tout-le-monde ». Autrement dit, un portrait de ces Français/es qui n'ont été ni des héros (Justes), ni des salauds (collabos). Ces derniers constituent des catégories quantitativement négligeables de la population française.
    Le livre règle définitivement leur compte aux historiens, ou plutôt pseudo-historiens ayant créé et diffusé le mythe d'une population française toute entière collabo, ou bien le mythe d'une France résistante dans sa totalité.
    La conclusion de ce travail établit que les Français/es dits M/ me Tout-le-monde, soit le gros de la population, ont contribué par leur comportement envers les juifs, de même que les troupes alliées, les Justes et la résistance juive en France, à la non-déportation de nombre de juifs. Ces Français ont illustré les bienfaits engendrés par l'éducation que dispensent les familles et l'école de la République.

  • « Nous n'irons pas à l'abattoir comme des moutons. Nous combattrons et aurons trois lignes dans les livres d'Histoire. » Ainsi s'exprima Aharon Liebeskind, l'un des chefs du réseau de Résistance de jeunes Juifs du ghetto de Cracovie.
    Le Testament de Justyna est le récit de leur lutte.
    Après l'arrestation, en janvier 1943, de son mari, Gusta Draenger, alias Justyna, a décidé de se rendre à la Gestapo pour partager son sort.
    Là, en prison, elle a écrit ce témoignage unique dans le but de ressusciter la vie, la pensée et les idéaux de jeunes hommes et femmes acculés, malgré leurs principes, à recourir à la violence pour lutter contre la barbarie.
    Le récit de Gusta Draenger, chant de désespoir et d'amour, relate ce combat pour la dignité. Un combat incarné par la jeunesse.

  • On peut mourir en France parce qu'on est juif.
    Après les prémices de l'assassinat d'Ilan Halimi, le massacre de l'école Ozar Hatorah à Toulouse marque le début d'une longue période d'inquiétude dans laquelle est projetée la jeunesse juive française. À tel point qu'une large partie de celle-ci est amenée à choisir l'exil volontaire.
    Que des juifs aient à quitter leur pays natal n'est pas une nouveauté au regard des siècles d'Histoire. Ils furent le plus souvent chassés pour un ailleurs improbable. Cette fois, cette hémorragie d'une partie des forces vives de la nation ne se fait pas sous la contrainte de l'autorité en place, mais en réaction à de nouvelles formes d'antisémitisme : les négationnistes 2.0 ont pour idoles Robert Faurisson, Alain Soral ou Dieudonné, les porteurs de kippa sont menacés d'une attaque à la machette, les élèves des écoles juives saluent chaque matin les militaires lourdement armés qui doivent assurer leur protection, et le vendredi, les traditionnels courses de Shabbat se font dans la crainte diffuse de vivre un nouvel Hyper-Cacher. Ce sentiment d'insécurité est si puissant chez certains jeunes qu'il leur est devenu impossible d'envisager un avenir ici.
    Les craintes de cette jeunesse ne sont toujours apaisées et les départs se font chaque année par milliers.
    Un intense dialogue épistolaire entre un père et sa fille.
    Leurs lettres de doute et de colère se font l'écho de témoignages recueillis et d'interrogations angoissées que l'on retrouve dans de nombreuses familles juives françaises.

  • Profession du père : fusillé, écrivait à chaque rentrée scolaire le lycéen venu de sa banlieue à la demande des professeurs. Père inconnu, que certains appelaient Maurice, d'autres Jean. Parce que Moszche Chaïm faisait trop connoté ? Père jamais vu consciemment, père invisible derrière l'image conventionnelle d'un héros, presqu'anonyme parmi les anonymes des débuts de ce qui ne s'appelait pas encore la Résistance au milieu du peuple des corons de la Zone Interdite, gens ordinaires sans lesquels rien n'eut été possible.
    Cette présence d'une absence, expérience de l'histoire, a été le ressort d'un triple voyage à l'écart de réductions manichéistes ou de récits héroïques convenus.
    Voyage dans des archives dont l'existence n'était même pas soupçonnée et qui furent en France si longues à s'ouvrir.
    Voyage vers les lieux d'exode ou d'actions marquées de rencontres improbables.
    Voyage enfin vers le fort de Wambrechies (Nord) lieu des exécutions du 15 décembre 42.

  • Le chemin de l'exil dans l'Europe en lambeaux des années 1920, débute pour Maurice Gros (le père de l'auteur) dans les collines de Transylvanie pendant la Première Guerre mondiale et traverse un empire austro-hongrois démembré après la défaite.
    L'émigration est la seule réponse possible au chambardement politique et social, empreint d'antisémitisme. Notre émigré sort parfois des diffi cultés des études et de la vie quotidienne pour s'approcher du Paris étincelant de l'aprèsguerre, où il fréquente les expatriés de Hongrie mais aussi de très nombreux artistes, de Picasso à Brassaï, de Vishniac à Joseph Roth.
    Maurice Gros observe, en réalité, les événements politiques majeurs depuis la fenêtre de l'hôpital public. Pour lui, l'émigration c'est la solitude, la précarité, le travail sans répit, les diffi cultés de la langue étrangère. Mais aussi l'expérience de la xénophobie et de l'antisémitisme, les changements de noms et l'intégration progressive qui fait de l'étudiant solitaire le chef de famille à l'identité changeante. Il va tenter un regroupement familial et devoir bientôt protéger les siens pendant la Deuxième Guerre mondiale et l'occupation.
    Au prix de compromis successifs, seuls possibles pour une survie, aléatoire et terriblement modeste.

  • Romancier et essayiste d'envergure internationale, écrivain juif de langue roumaine né en 1936, Norman Manea recueille dans ce livre diff érents documents, entretiens et essais centrés sur ses rapports hautement complexes à sa judaïté.
    Enfant rescapé des camps de Transnistrie, contraint à l'exil en 1986, Manea aura vu toute son existence bouleversée par une identité juive qu'il n'a pourtant jamais mise en avant par ailleurs ; il ne tait pas son désespoir ni son embarras devant la question de sa judaïté, en laquelle il trouve surtout des point de comparaison avec la condition de l'écrivain, sinon avec toute la condition humaine.
    « Littérature de tiroir » d'un exilé, intense document datant des années de « brutale dégradation » de la situation en Roumanie, et d'un temps où Manea, écrivain déjà reconnu, venait d'être attaqué ou trahi par de nombreux intellectuels pour avoir critiqué le nationalisme ambiant, ce livre a paru en 2008 en Roumanie, dans un contexte guère moins hostile, et constitue une somme d'une grande richesse, une plongée intime et érudite dans le XXe siècle roumain comme dans l'oeuvre d'un de ses plus grands romanciers.
    En vue de son édition en langue française, la totalité de l'ouvrage a été revue par l'auteur, condensée, adaptée, et enrichie d'un long appendice inédit, consacré aux rapports entre antisémitisme et communisme.

  • Un fi ls raconte son père Albert Bennaim, né à Oran en 1915 dans une famille juive, nombreuse et modeste. Obligé de travailler très jeune, dès l'âge de 11 ans, pour tenir la petite boucherie familiale. Il raconte l'Oran juif des années 20 et 30. Pour quitter cet enfer qui avait ruiné sa jeunesse, il décide à 19 ans de s'engager pour faire son service militaire. Trop malingre, il est réformé deux années de suite, puis ne se présentant pas volontairement, il est incorporé d'offi ce. À partir de février 1937, il fait son service militaire en France, et là commence son Journal du Soldat Juif. Juif, parce que lui que la religion n'intéressait pas, voyait ses origines sans cesse lui être rappelées... Il raconte chaque moment de son long service militaire.
    Il raconte aussi chaque moment de sa guerre et de sa captivité à partir de Juin 1940 en Allemagne, d'où il décide de s'enfuir : une première évasion qui échoue de peu, et une autre réussie de manière géniale en arrivant à se faire passer pour aveugle.
    En octobre 1942, il revient en France, puis en Algérie où il attrape le typhus. Quand il guérit, les Américains débarquent et Giraud interne les jeunes Juifs dans des camps. Albert Bennaim raconte le camp de Bedeau d'où il s'échappera en 1943 pour rejoindre les Forces Françaises du Général Juin qui embarquées sur les navires de guerre Américains se dirigeront vers l'Italie.
    Dix-huit mois de campagne d'Italie : il est basé à Naples et aff ecté à l'approvisionnement des troupes. Il les raconte avec humour, avec une grande passion pour ces incroyables Napolitains qu'il observe dans leurs combines, dans leur religion et jusque dans leurs proverbes. Puis la France en 1945 jusqu'à la Libération...

  • « Le pire c'est que nous savions. » Comme si cette destruction nous était intime, connue. Charlie abandonné, puis criminalisé et enfi n ciblé était devenu juif. 15 ans déjà que ça dure.
    Ma génération avait connu un privilège presque unique dans l'histoire, nous avions pensé qu'après la Catastrophe, la source du venin était tarie, nous avons cru en un monde pluriel où nous avions enfi n notre place.
    Mais les amants du chaos se sont réveillés. Depuis des années déjà, ils abreuvent les jeunes générations de leur fi el et de leur ressentiment. Aux mots ont succédé les meurtres ; celui d'Ilan Halimi, celui des enfants juifs de Toulouse, des clients d'un magasin cacher et le mitraillage de toute la rédaction de Charlie. Et aux meurtres ont succédé les mots, tous les maux.
    Pendant des décennies, l'idéal révolutionnaire s'était combiné avec le désir d'émancipation, la soif de fraternité.
    Qu'aujourd'hui la révolte soit si profondément contaminée par la haine, alors même que l'on se pensait vaccinés des idéologies totalitaires constitue une grande tristesse. Pour moi et pour tous les miens.
    Que sont mes amis devenus ? Ceux avec qui j'ai longtemps milité ?

  • Cet ouvrage est le récit d'une survivante polonaise de la Shoah : Zofia Rubinsztejn (épouse Kubar, 1915-1991), jeune universitaire qui réussit à échapper de manière inespérée à la colonne de captifs que l'on emmenait à leur mort lors de la Grande Déportation des Juifs du Ghetto de Varsovie en 1943 et qui parvint ensuite à s'évader du ghetto et à se réfugier dans le secteur « aryen » de Varsovie.
    Mais comment y survivre sans argent, sans papiers, sans emploi et sans logement ? Comment échapper aux rafles, aux dénonciateurs et aux maîtres-chanteurs en dépit du sang-froid, du flair et de la lucidité dont elle sut faire preuve ?
    Si la plupart des appels au secours qu'elle adressa à ses amis et connaissances non-juives d'avant-guerre se heurtèrent au silence, elle put compter cependant sur l'assistance de la principale du lycée où elle avait fait ses études secondaires, nouer des liens d'amitié avec diverses personnes ayant su résister à l'antisémitisme ambiant - qui continuait à imprégner en profondeur la population de la capitale au moment du soulèvement nationale du mois d'août 1944 - ainsi qu'avec des ecclésiastiques rencontrés dans le cadre de ses activités pédagogiques clandestines.
    Quarante ans plus tard - alors qu'entre-temps l'infâme campagne antisémite déclenchée par Gomulka en 1967 l'avait contrainte à se réfugier aux États-Unis - elle a décidé de consigner ses souvenirs par écrit. Sobrement, sans emphase ni hyperboles, dans un souci évident de restituer le déroulement véritable des faits, au point de porter un regard critique sur certaines dissimulations auxquelles la clandestinité l'avait contrainte de se livrer à l'époque.

  • Deux pères juifs est un récit autobiographique qui évoque l'enfance de l'auteure, confrontée à l'absence de son père, disparu dans la Shoah quelques semaines avant sa naissance.
    Doté de remarquables qualités littéraires, le texte mêle habilement, en un va-et-vient permanent, le récit personnel et l'histoire collective. Élevée par une mère réfugiée dans le silence et un beau-père, rescapé d'Auschwitz, qui aspire à aller de l'avant, l'enfant ne trouve aucune réponse à ses interrogations sur le drame vécu par les siens. Bien des années plus tard, les écrits des historiens et des témoins du génocide viennent emplir ce vide. Ils alimentent un besoin de savoir inassouvi dont la violence sous-tend l'écriture de ce livre, composant une chronique du martyre bouleversante qui s'agrippe au lecteur de toutes parts pour ne plus le lâcher.
    Profondément originale tant par la position de l'auteure « entre deux pères » que par sa quête des traces de son histoire intime à la lumière des faits et événements relevant de la grande Histoire, la démarche de Catherine Francblin interpelle chacun avec vigueur. Son rappel détaillé, martelé, de la barbarie nazie a valeur de mise en garde dans un monde au sein duquel le travail de civilisation s'avère sans fi n.

  • Comme le héros du Procès de Kafka, Catherine Pederzoli-Ventura a certainement commis quelque chose de grave puisqu'elle a été dénoncée, harcelée et suspendue pendant quatre mois de ses fonctions de professeure d'histoire d'un lycée de Nancy.
    Elle a aff ronté un véritable procès en sorcellerie, instruit au coeur de l'école laïque.
    Elle organisait, préparait et encadrait chaque année un voyage de la mémoire de la Shoah, au cours duquel les élèves étudiaient cet événement majeur de l'histoire contemporaine sur le site d'Auschwitz-Birkenau.
    Refusant les visites au pas de course, Catherine Pederzoli-Ventura a toujours intégré les voyages à l'enseignement de l'histoire, situant la Shoah dans son contexte, le nazisme, la Seconde Guerre mondiale, et menant ses élèves sur les lieux de la vie juive, en Pologne et en République tchèque.
    Manifestement, cette démarche gênait. L'administration de l'Éducation nationale a usé de tous les moyens pour écarter Catherine Pederzoli-Ventura de ces voyages, et même de l'enseignement de l'histoire. Cette professeure expérimentée, légitimement fi ère des résultats de ses élèves au bac dans sa discipline, s'est vue accuser de manipuler de jeunes esprits et d'avoir masqué des incidents de voyages, lesquels se sont avérés imaginaires.
    Catherine Pederzoli-Ventura a fait l'objet d'une inspection menée comme une instruction judiciaire à charge, sur la base de témoignages anonymes qui, tous, ont disparu lorsqu'elle a pu enfi n se défendre, devant le conseil de discipline de l'académie de Nancy. Toutes les accusations se sont alors évanouies, y compris celles de l'Inspection générale d'histoire qui contestait jusqu'à l'emploi du mot « Shoah ».

  • Depuis les années 2000, les Juifs en France sont soumis à un double défi existentiel : d'ordre physique, d'une part, comme cible désignée d'un terrorisme « islamique » de plus en plus meurtrier ; d'ordre moral, d'autre part, avec un sentiment de solitude dans l'épreuve par rapport à l'ensemble du monde social de ce pays.
    Interroger les deux grandes traditions politiques juives est devenu nécessaire...
    La modernité juive a généré deux grandes traditions politiques sur les rapports entre diasporas juives et États-nation de résidence : la première, sous l'impulsion de Moses Mendelssohn au XVIIIe siècle, se développe autour de l'idée de séparation de l'espace religieux et de l'espace civique ; la seconde, popularisée à la fin du XIXe siècle en Europe orientale par l'historien et penseur politique Simon Doubnov, milite en faveur d'une émancipation des Juifs sur deux plans solidairement, de l'égalité socio-politique et de l'égalité culturelle.
    Simon Wuhl met au jour l'influence de chacune de ces traditions, comme références pour les principales diasporas juives occidentales dans leur rapport à l'intégration au sein des États-nation : en France, les thèses de Moses Mendelssohn et des Lumières juives étaient connues dans les années précédant la Révolution de 1789 ; aux États-Unis, des penseurs juifs ont prolongé l'esprit de l'autre version de la modernité juive exprimée par Simon Doubnov et les intellectuels d'Europe de l'Est à l'orée du XXe siècle, en formalisant les idées d'une organisation de la société ouverte à la différence culturelle.

  • Chassés d'Espagne par Isabelle la Catholique en 1492, les Juifs séfarades ont emporté avec eux un trésor : leurs deux langues, variétés de l'espagnol d'alors, qui engendreront le judéo-espagnol vernaculaire et le ladino ou judéo-espagnol calque, dans lequel était traduite la Bible hébraïque. Comme le yiddish des Juifs ashkénazes, elles ont failli disparaître dans la Shoah. Dans le combat pour les ressusciter, Haïm Vidal Sephiha fut un pionnier. C'est la mort de sa mère qui le pousse, cinq ans après son retour d'Auschwitz, à changer de vie : le chimiste va devenir linguiste pour faire revivre le parler et la culture de son enfance bruxelloise. Se consacrant totalement à ses nouvelles études, il soutiendra deux thèses successives avant d'obtenir la première chaire universitaire de judéo-espagnol. Entre-temps, il assure la renaissance du cette langue en animant un atelier au Centre Rachi, puis au Centre communautaire de Paris et en créant les association Vidas Largas ainsi que « Judéo-espagnol à Auschwitz » et en obtenant l'apposition d'une dalle en judéo-espagnol à Birkenau. Toute une vie à la recherche de « la langue de sa mère », qu'il raconte ici Son existence défile dans un dialogue affectueux avec son fils qui nous fait redécouvrir son histoire familiale, sa déportation et ses engagements en faveur du judéo espagnol

  • Ce récit raconte l'histoire de l'auteur et de sa famille en France avec un chapitre en Afrique, où l'auteur a vécu. Car c'est en Afrique qu'il sera convoqué comme Juif, devant un tribunal pénal par son propre patron, dans l'unique but de le faire condamner et emprisonner pour échapper à ses responsabilités d'employeur. Il quitte l'Afrique avec l'aide de l'ambassade et du consulat de France et parvient à retourner en France pour se défendre.
    A son retour en France, alors qu'il se remet de cet épisode, il acquiert une vieille maison en centre-ville à Orléans, jusqu'à ce qu'un acte antisémite bouleversant soit commis une nuit à son domicile et que l'histoire de la famille ne le rattrape. Il est comme happé par l'inscription laissée sur sa porte qui le renvoie aux images les plus sombres de l'histoire...

  • Ce livre raconte une controverse au sujet d'une pièce de théâtre jouée à La Rochelle. Elle était construite sur un ensemble de stéréotypes antisémites anciens et nouveaux. On y voit le Juif dominateur, le profiteur, le censeur qui cherche à masquer ses turpitudes, le manipulateur qui met en esclavage notre jeunesse, le Juif qui s'enrichit grâce à la Shoah, et dont la religion n'est qu'un paravent, etc.
    Cette pièce est d'un conformisme désolant. Elle serait totalement tombée dans l'oubli aujourd'hui si de nombreux responsables n'avaient pris fait et cause pour défendre la troupe et ses animateurs des ateliers d'écriture et de mise en scène. Des enseignants et des responsables de l'Université de La Rochelle ainsi que des sections locales d'associations telles que la Ligue des Droits de l'Homme, la Libre Pensée, le syndicat Snesup et le Centre Intermondes se sont lancés dans un combat pour la défense de cette pièce. Certains collègues n'ont pas hésité à m'injurier, à me diffamer sur le Forum de mon université, ou à cautionner ces attaques. On a inventé toutes sortes de manoeuvres de diversion qui permettaient de masquer le problème de l'antisémitisme de la pièce. Ainsi, les institutions qui étaient en charge de la pédagogie à l'université et de la défense des valeurs de la république ont donc failli dans cette affaire. Elles ont laissé se développer un climat délétère à l'université.
    Bref, ce livre parle d'une dérive dangereuse de la pensée, dans laquelle la violence verbale et le discours haineux s'expriment avec une totale désinvolture à l'université.

  • Juif, combattant, poète et sioniste de gauche, Abba Kovner a 21 ans quand il se retrouve enfermé dans le ghetto de Wilno. Après avoir tenté d'organiser l'insurrection, il s'enfuit par les égouts dans la forêt, où ce « leader né » prend la tête d'une unité de très jeunes partisans, devenue légendaire par ses exploits au combat jusqu'en 1945.
    Le charismatique « commandant-poète » Kovner fut un des tout premiers Juifs d'Europe à comprendre, dès 1941, la véritable étendue du plan nazi et à prôner l'autodéfense et la lutte armée, au mépris de l'avis général. Après la guerre, Kovner s'attarde en Europe pour contribuer à l'émigration clandestine des survivants. Et pour mettre au point une vengeance implacable : empoisonner les réserves d'eau potable de plusieurs villes allemandes... Fort heureusement, ce plan échouera et, après maintes péripéties, on retrouvera Kovner en Israël. Considéré comme une autorité morale, il y devient offi cier de renseignement au sein de la fameuse brigade Givati qu'il contribue à fonder ; il rejoint le Mapam, devient l'âme de son kibboutz Hein Haboreh et crée, entre autres, le Musée de la Diaspora.
    Cette vivante biographie repose sur de nombreuses sources inédites et combine rigueur universitaire et accessibilité : la vie littéraire juive à Wilno dans les années 30, la Shoah, la résistance, la tentative de se réapproprier la violence, la création de l'État d'Israël, l'épopée de l'Alyah Beth et des kibboutznikim, en passant par le procès Eichmann, dont il fut un des grands témoins.

  • Simon Wuhl a été pris avec ses parents dans les filets de la rafle du Vel. D'hiv. Il n'avait pas deux ans : il a ainsi pu en réchapper avec sa mère. Son père sera déporté et assassiné à Auschwitz.
    C'est progressivement qu'il prendra conscience, derrière l'ampleur de la tragédie, de la vie particulièrement intense de ce père, ouvrier du bâtiment, engagé dans les combats pour l'émancipation sous toutes ses formes.
    Au-delà de son rayonnement personnel, le père de l'auteur est une figure du judaïsme d'Europe orientale, portée par un mouvement de sécularisation, associant émancipation culturelle et émancipation socio-politique.

  • Elle rêvait d'un ailleurs.
    À vingt-deux ans, Tauba, ma mère, quitte la Bessarabie pour fuir les pogroms et la pauvreté. Refusant l'univers trop étriqué de son pays natal, elle nourrit l'espoir d'accéder à une vie de dignité par-delà les frontières.
    Elle séjournera à Berlin en 1929, à Liège en 1930, et percevra avec angoisse les menaces qui pèsent sur l'Europe.
    Sa rencontre avec les militants de l'émigration juive communiste sera déterminante, de même que son expulsion de Belgique pour activités politiques.
    Paris l'émerveille, elle y pose son maigre bagage et se laisse entraîner dans la mouvance communiste aux côtés de Moysze, un Juif polonais rencontré en Belgique et avec qui elle fondera un foyer.
    La guerre en fait une clandestine et une résistante active dans les rangs de la Main d'OEuvre Immigrée ( M.O.I.).
    Je suis entrée dans sa vie une fois passées les années de tumulte et d'horreur.
    Une fois passées, pour Tauba, les années de peur et de courage.
    Mais l'ai-je vraiment connue ? Quand je me remémore ma mère, il ne me reste que le fatras de ses souvenirs livrés pudiquement, au compte-goutte. Et mon imaginaire.
    Ai-je réinventé ma mère ?

  • Les idées fausses ne meurent jamais  : le negationnisme, histoire d'un réseau international Nouv.

    « Salut, je m'appelle Anon, je pense que l'Holocauste n'a jamais eu lieu ». Tels sont les mots qu'a prononcés Stephan Balliet juste avant de commettre l'attentat de Halle contre une synagogue, le 9 oct. 2019. C'était un jour de kippour. Cette « pensée », tout droit issue du négationnisme, terme qui désigne la négation de la réalité du génocide des Juifs durant la Seconde guerre mondiale, octroie ainsi un permis de tuer : les Juifs sont le mal par essence. Affabulateurs, ils n'ont pas été tués en masse par les Nazis et perdent leur statut de victimes. Sous couvert d'une pseudo-démarche rationnelle, les négationnistes prétendent le démontrer et réhabilitent le nazisme en le disculpant de ses crimes. Partant de ce constat, cet ouvrage remonte le cours de l'histoire et observe le négationnisme dans sa dimension internationale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à nos jours. Exhumant des archives de France, d'Angleterre, d'Allemagne, des États-Unis et du Canada, l'historienne Stéphanie Share a enquêté sur l'émergence d'un mouvement, sa pénétration dans la sphère publique des démocraties occidentales, et analysé les scandales négationnistes qui ont défrayé la chronique de ces différents pays. Ce livre alerte sur l'urgence du combat à mener : les idées fausses ne meurent jamais et peuvent tuer.

  • A l'âge de 22 ans, elle avait, G., avec ses parents, Georges et Eva, sauvé la vie de la famille Friedmann. Mais dès la Libération, Marthe, la mère juive, avait ordonné l'interdiction de revoir G., la « mauvaise femme » . Pendant 60 ans, l'ordre a été respecté. Et puis Jacques, le fi ls, a retrouvé la trace de G. Il lui a fait donner la Médaille des Justes. Pourquoi était-il resté, pendant si longtemps, aussi lâche ? Etait-ce parce qu'il avait « oublié d'être juif » ? « Je suis, dit-il, un Juif sans judéité. Juif pour moi, pas pour les autres. Être, c'est se souvenir. Je ne suis que ma mémoire. » Et dans la crypte du Mémorial de la Shoah, il éprouve enfi n « la sensation étrange, confuse, légère, de devenir juif ».

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