Littérature générale

  • Dans le cadre de l'Ecole pratique des hautes études, devenue par la suite Ecole des hautes études en sciences sociales : "Publié il y a un demi-siècle, ce mémoire d'étude pourrait être qualifié, sans prétention aucune, d' "objet historique" . C'est en effet sous cette forme artisanale qu'il a été soumis d'abord à la lecture de Barthes, de Kristeva, de Lacan, et puis des sinologues français et étrangers.
    Le republier aujourd'hui en fac-similé est une manière de lui restituer la fraîcheur d'un élan irrépressible, à l'aube des recherches sémiotiques initiées alors en France". Et il poursuit : "Le titre originel du texte est Analyse formelle de l'oeuvre poétique d'un auteur des Tang : Zhang Ruo-xu. De ce poète du VIIe siècle, on ne connaît, en réalité, qu'un seul poème, le célèbre "Nuit de lune et de fleurs sur le fleuve printanier", comportant trente-six vers".
    Pour cette réédition en fac-similé où les calligraphies de Hsiung Ping-ming ont été aussi conservées, François Cheng a choisi de donner à l'ouvrage le titre même du poème. La nouvelle collection "Empreintes chinoises" dirigée par Catherine Despeux Dans l'art, la littérature, la philosophie, les sciences ou les savoir-faire, avec un regard attentif aussi bien sur le passé que sur le présent, des facettes de la culture chinoise sont offertes au lecteur, dans le désir qu'elles laissent une empreinte sur lui ou lui révèlent quelque chose de lui-même.
    La collection est dirigée par la sinologue Catherine Despeux.

  • La première partie de ce court roman se passe dans un vieux quartier de Shanghai où la maison du jeune Zhang Yingxiong est, comme les autres, promise à démolition ; mais son père refuse toutes les propositions de dédommagement alors que les voisins déménagent un à un, il se met à boire et meurt d'une crise cardiaque. Après son décès, sa veuve signe l'offre de compensation et la maison est rasée. Zhang Yingxiong se met alors en tête de venger son père. Il se fait embaucher comme serveur dans un restaurant dont une fenêtre à l'arrière donne sur l'appartement de l'homme chargé des expulsions dans le quartier, qu'il juge responsable du décès de son père. Ruminant son désir de vengeance, il observe par la fenêtre la fille de cet homme, sur le balcon en face, et la suit dans la rue quand elle sort, pensant en faire l'instrument de sa vengeance. Mais il s'aperçoit peu à peu que les choses ne sont pas si simples... Le récit se poursuit en déroulant une histoire très subtile, avec une tension dont le suspense n'est levé qu'à la toute fin, dans une conclusion ouverte, volontairement non dramatique, qui laisse soudain place à l'émotion.

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  • Kyoto, dans les années soixante-dix.
    Le récit est rédigé à la première personne : un jeune Français s'initie à la cérémonie du thé chez madame Yamamoto, la sensei (celle qui transmet son savoir et son expérience). On attend l'arrivée d'une des participantes, Shimizu-san. Son prénom, Ichie (à prononcer Itchié), évoque à la fois la « rencontre » (ichie) des deux jeunes gens autour du thé et le terme bouddhique ichigo ichie, littéralement "une fois, une rencontre", qui fait partie de la Voie du thé.
    Le sentiment entre les deux élèves de Yamamoto sensei prenant doucement naissance, Ichie dévoile au jeune homme le secret tragique de sa famille à l'occasion d'une cérémonie du thé inhabituelle.
    Dans cette histoire sans pesanteur, aussi légère que les gestes du thé et presque sans intrigue, tout est dans l'atmosphère, dans un sentiment d'étrangeté et de fascination qui emporte le lecteur, et dans la conduite d'une histoire savamment agencée. On pense au film sorti en 2020 de Tatsushi Ômori, Dans un jardin qu'on dirait éternel, et à Nuée d'oiseaux blancs, de Kawabata Yasunari. L'expérience de la diversité donne ici aux voix de l'intime les moyens de se livrer dans une narration sensible, récit de l'autre et révélateur de soi.

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  • La croisière jaune

    Le Fevre Georges

    Réédition du texte de l'historiographe de la mission relatant la fameuse aventure à travers l'Asie. Palmyre 1931. Pékin 1932. Un texte important du grand érudit Paul Pelliot présente à grands traits l'histoire de la Haute Asie. Écrit à l'origine pour la présentation de l'exposition organisée au retour de l'expédition, il ajoute au très vif intérêt de cet ouvrage.

  • L'epouse d'Amman

    Fadi Zaghmout

    « Dans ce livre se mélangent humour et tristesse en un cocktail détonnant qui entraîne le lecteur dans une réflexion sur la condition des femmes et des homosexuels dans le monde arabe. Quatre jeunes femmes et un jeune homme s'expriment tour à tour dans le récit, leurs voix alternant pour dire les drames traversés. À travers les différents épisodes de leurs vies relatés de manière directe et vive, avec de nombreux dialogues, sont mises en relief les épreuves auxquelles sont soumis les jeunes dans une société traditionnelle où des règles sclérosées de bonne conduite et la peur du qu'en dira-t-on régissent les relations amoureuses. Pour les femmes, c'est le mariage obligé, aussi vite que possible, des fiançailles réussies comptant beaucoup plus qu'un succès aux examens. C'est aussi la soumission à la puissance paternelle, avec les risques d'abus de toute nature que cela comporte. Et c'est, bien sûr, la valeur de la virginité, jalousement conservée car c'est l'une des conditions de l'ordre social tel qu'il est conçu et observé dans une famille qui veut conserver son rang. Pour les hommes, c'est l'obligation de se comporter de façon virile, avec tout ce que cela représente d'hypocrisie pour ceux que leur orientation sexuelle écarte du mode de vie socialement requis. Le résultat de tout cela : beaucoup de souffrances, l'exil parfois quand on a contrevenu gravement aux impératifs familiaux, et même la mort quand la situation paraît sans issue. »

  • Le phénomène des micronouvelles tel qu'il se présente en Chine avec l'extraordinaire développement du genre depuis une quarantaine d'années est unique au monde. En plus des conditions politiques, économiques, sociales et culturelles favorables, l'apparition d'Internet, des réseaux sociaux et des logiciels de lecture sur téléphone portable a largement stimulé la transmission et la lecture de textes concis. Non seulement ces outils sont particulièrement adaptés à la diffusion de cette littérature, mais ils rendent également les auteurs de ces textes autonomes, indépendants et libérés des contraintes d'une publication traditionnelle par les éditeurs ou libraires.
    Treize micronouvelles d'auteurs contemporains de Chine continentale, d'environ 1400 caractères chacune, ont été sélectionnées pour ce recueil. Leurs auteurs jouissent d'une reconnaissance nationale et ont souvent été récompensés par des prix dans ce domaine. Ces textes ont été choisis tout d'abord pour leur intérêt littéraire intrinsèque. On remarque l'art de croquer le ou les personnages d'un trait dans un espace limité. L'histoire est courte mais souvent avec des rebondissements inattendus voire surprenants. L'humour et l'ironie sont aussi souvent au rendez-vous. Certains textes nous enchantent par leur finesse et leur subtilité. À travers ces saynètes, les lecteurs peuvent faire connaissance avec différentes facettes de la vie quotidienne en Chine contemporaine. Les treize tableaux proposés reflètent la diversité de la société chinoise : ville et campagne, tradition et modernité, migration, pouvoir politique et bureaucratie, mais aussi relations sociales, intergénérationnelles, familiales, amoureuses, etc.
    Le ton et le style des textes proposés sont également variés, de l'humour à la nostalgie.
    Ce recueil est idéal pour les lecteurs qui veulent découvrir la Chine à travers un nouveau genre littéraire. Il l'est aussi pour les enseignants de chinois qui pourront l'exploiter comme matériel pédagogique, ainsi que pour les étudiants dont le niveau de chinois n'est pas encore assez aisé pour lire de longs textes sans être rapidement découragés. Le format bilingue est particulièrement adapté à un exercice à la fois de progression linguistique et de plaisir littéraire.

  • Formosana

    Collectif

    À l'heure d'une crise mondialisée où la voix singulière de Taiwan commence à se faire entendre, le recueil de nouvelles Formosana permet aux lecteurs francophones de comprendre les trajectoires historiques et sociales de cette île dont la situation détonne dans le concert des États-nations. La littérature apparaît ainsi comme un média privilégié pour découvrir ce que l'expérience taïwanaise peut offrir au monde. Quand la prise de parole est souvent réduite à son strict minimum (une phrase, un tweet, un post), la parole littéraire, en donnant à voir la complexité d'une société et d'une culture, est plus que jamais essentielle.

    Dans cette anthologie sont proposés neuf textes d'auteurs différents et représentatifs de la scène littéraire taïwanaise actuelle. Ils abordent chacun par le biais de récits originaux d'inspiration et de style variés une multitude de facettes de l'histoire de leur pays : son histoire politique (la colonisation japonaise, les événements du 28 février 1947, la terreur blanche, la levée de la loi martiale, le processus de démocratisation du pays...) et son histoire sociale (mouvements aborigènes, ouvriers, féministes, LGBT, étudiants, écologistes...).

  • Perles

    Chi Ta-Wei

    Les perles d'un des auteurs phares de la scène SF du monde chinois Après Membrane, roman de science-fiction puissant et poétique sur les mutations du corps et de la mémoire, L'Asiathèque publié un nouveau livre de l'écrivain taïwanais Chi Ta-wei, avec un recueil de nouvelles où l'auteur interroge les dérives de nos sociétés techniciennes et la normativité de nos identités. On y retrouve l'inspiration originale de l'auteur déjà à l'oeuvre dans le roman Membrane (toile de fond "queer", mondes parallèles, virtuosité dans l'exploitation de la science et de ses virtualités plus ou moins pernicieuses).

    Avec son écriture expérimentale mais toujours sensible, Chi Ta-wei invente des mondes à venir qui ressemblent étrangement au nôtre, révèle les maladies qui les rongent et s'efforce d'en trouver les antidotes. Sirènes, faunes, androïdes, mangeurs d'insectes, enquêteurs intergalactiques... Une foule d'êtres insolites rôdent dans les pages de ces six nouvelles écrites à différentes périodes, depuis les années de Chi Ta-wei à l'université dans les années 90 jusqu'à maintenant, puisque figure parmi elles le récit inédit « Perles », écrit spécialement par Chi Ta-wei pour ce recueil et qui donne son nom à l'ouvrage.

    Empruntant aux codes de la science-fiction, du fantastique ou encore des contes de fée, Chi Ta-wei est l'une des voix singulières de la littérature mondiale de l'imaginaire.

    Avec le recueil Perles, Chi Ta-wei montre encore une fois aux lecteurs francophones qu'en Asie aussi la science-fiction ne doit pas être uniquement considérée comme une littérature populaire et formatée, mais comme une littérature qui peut s'emparer de thématiques sociales.

  • Funérailles molles

    Fang Fang

    Le roman Funérailles molles aborde le sujet sensible de la réforme agraire en Chine du début des années 1950, un des épisodes les plus meurtriers de l'histoire récente du pays, très peu traité dans la littérature chinoise en raison des tabous qui lui sont attachés et des traumatismes laissés dans la population. Inspiré d'une histoire vraie, le récit part d'allusions voilées aux faits douloureux qu'une vieille femme a choisi d'enterrer dans l'oubli pour ne plus en subir le traumatisme répété, et se déroule au gré des tentatives de son fils pour les reconstituer, le tout conté par un narrateur extérieur qui tente lui-même de comprendre.

    Publié en août 2016 aux très officielles éditions Littérature du peuple, le roman a été bien reçu et n'a pas suscité de critique majeure jusqu'à ce qu'il soit couronné du prix Lu Yao, en avril 2017. Il a alors fait l'objet de vives attaques de la part d'une frange ultra-conservatrice du Parti.

    Interdit mais continuant de circuler, il a suscité un vif intérêt et des commentaires très positifs de nombreux lecteurs et internautes chinois qui ont spontanément apporté leurs propres témoignages et observations personnelles.

    Ce roman apparaît comme un document littéraire aussi intéressant par le fond que par la forme. Il dépasse le cadre de la réforme agraire chinoise pour livrer une réflexion toujours actuelle qui nous concerne tous sur la tentation de l'oubli et le devoir de mémoire dans un contexte où la vérité historique s'avère insaisissable.

  • Recueil de cinq nouvelles publié en 1941 et abordant des thèmes qui s'articulent entre elles autour de la difficile coexistence entre profession et vie privée.

  • Encore plus loin que Pluton narre l'histoire de deux hommes aux vies incertaines et aux souvenirs entremêlés et des personnages qui gravitent autour d'eux : une mère en phase terminale, des jumeaux imaginaires, une mystérieuse fi lle de Neruda ou un improbable empereur d'Amérique. Ce professeur d'histoire et ce jeune intellectuel urbains encoquillés dans une existence tranquille et insipide, rongés de solitude, malgré la présence, réelle ou fantasmée, de ceux qui les entourent, tentent de trouver une sortie en pianotant sur leur clavier. Ils ignorent pourtant qu'ils sont en train d'imaginer la vie de l'autre.
    Qui est le personnage et qui est l'écrivain ? Ou bien s'agit-il du même être qui s'invente une double vie pour briser l'atonie de son quotidien ? Comme Pluton, expulsée en 2006 de la liste des neuf planètes du système solaire, l'identité, l'histoire, la mémoire est sans cesse réécrite, repoussée, suspendue à un fi l.
    Dans ce premier roman audacieux où les souvenirs et les histoires se confondent, Huang Chung-kai fait coexister plusieurs niveaux de réalité, s'inscrivant dans les pas d'un Paul Auster pour explorer l'âme du romancier et son rapport à la fi ction. À travers une architecture narrative complexe, faite de détours et d'écarts, il nous entraîne dans une promenade poétique, où ce qui compte n'est pas tant l'histoire ni le romancier qui la raconte, mais le chemin que parcourt celui-ci.
    Acclamé par la critique à sa sortie à Taïwan en 2012, ce roman a donné lieu version en chinois simplifi é en Chine en 2013.

  • Salaam

    Omprakash Valmiki

    Le recueil de nouvelles Salaam (« Allégeance »), paru en Inde en 2000, traduit du hindi, propose 14 nouvelles qui traitent toutes des diffi cultés auxquelles sont confrontées en permanence les personnes issues des communautés dalites.
    Certaines nouvelles sont situées dans un cadre urbain avec l'émergence d'une «élite» dalite qui doit cacher sa caste pour pouvoir trouver un logement et frayer avec les voisins, où la déconsidération, la brusque haine, le dégoût soudain dont certains font immédiatement l'objet lorsque leur statut d'intouchables est découvert, de même que les humiliations, les intimidations, le harcèlement au travail de nombre de dalits qui ont un emploi de bureau.
    D'autres nouvelles ont pour cadre le village, paradis selon les idéaux gandhiens, mais également fabrique du système hindou, lieu où s'exerce un pouvoir tyrannique et arbitraire, où règne l'injustice sociale, fi ef du brahmanisme, du féodalisme et du capitalisme et véritable enfer terrestre pour les intouchables.
    L'auteur s'exprime dans ses nouvelles à la troisième personne et recourt souvent au dialogue. Les descriptions sont à la fois concise et méticuleusement détaillées. Les faits parlent d'eux-mêmes et éveillent les lecteurs à la dure réalité des dalits, les sensibilisant à leurs souffrances et les amenant in fi ne à un état de conscience rendant possible un changement social susceptible de redonner leur dignité à ceux qui en ont été privés depuis des siècles.

  • Il y a un art de bien vivre et de bien vieillir propre au Japon. Et c'est à Ogura, petit village niché au creux d'un vallon aux pieds de montagnes des environs de Kyoto, que l'auteur nous invite à le découvrir.
    Des années durant, Hubert Delahaye s'est régulièrement plongé dans ce monde en miniature où, malgré le passage des saisons et un monde en pleine mutation, le temps paraît suspendu. Empruntant le regard et la voix d'une de ses habitantes, une vieille dame à la bienveillance et la sagesse confondantes, il en a rapporté ces lettres, peintures impressionnistes d'un Japon intime.
    La contemplation d'une nature débordante de vie où hommes et bêtes vivent dans une délicate harmonie est subtilement égrainée de réflexions sur les rapports entre générations, le respect des traditions religieuses, l'entraide sociale, l'abandon des campagnes, mais aussi la mémoire d'un passé douloureux, le chamboulement climatique ou les fissures dans les liens familiaux, autant d'enjeux pour toute la société japonaise contemporaine.
    La vieille dame semble nous dire « Je suis née, donc je suis là » et qu'importe le fracas du monde, il fait bon vivre, vieillir et même mourir à Ogura.
    C'est le troisième titre de la collection Liminaires qui a pour vocation de témoigner d'un ailleurs géographique et culturel aux travers de textes littéraires.
    Après Taiwan avec Une tablette aux ancêtres de Stéphane Corcuff en 2015 et la Corée avec Halaboeji de Martine Prost en 2016, c'est au tour du Japon de nous dévoiler l'un de ses visages les plus touchants.

  • Dans la pièce de théâtre «Cambodge, me voici», quatre femmes de différentes générations se croisent le temps d'une démarche administrative au consulat du Cambodge à Paris. Elles s'opposent, se déchirent, mais aussi s'amusent de leurs expériences d'intégration, de la relation à leur terre d'origine et à leur pays d'adoption.
    Il y a Sophea, franco-cambodgienne de deuxième génération, en quête des racines dont sa mère l'a coupée, Sovandara, fraîchement débarquée en France pour se marier avec un homme qu'elle a connu au Cambodge, Mom, rescapée du régime génocidaire, déterminée à adopter une fille dans son pays d'origine et lui offrir l'enfance qu'elle n'a pas eu et Metha, exilée avant la chute de Phnom Penh, maintenant contrainte à retourner dans sa terre natale faire ses adieux à sa mère mourante.
    Au-delà des conséquences tragiques du régime khmer rouge, ce sont les questions universelles de l'identité, de la quête de soi, du rapport à ses racines et de la transmission qui sont posées.
    «Cambodge, me voici» a été créée dans sa version française en avril 2011 à Paris avec une mise en scène de Jean-Baptiste Phou. Elle a ensuite été accueillie en résidence à l'Institut français du Cambodge et recréée en langue khmère en septembre 2012 à Phnom Penh, également mise en scène par son auteur.
    Le présent bilingue Cambodge, me voici, qui présente les deux versions en vis-à-vis, intéressera les apprenants du khmer mais aussi les amoureux du Cambodge et plus généralement les lecteurs à la recherche d'écritures contemporaines restituant ce sentiment universel d'écartèlement entre deux cultures.

  • Corée du Sud, 16 avril 2014, le Sewol sombre au large de la côte sud-ouest. 304 personnes trouvent la mort dans ce naufrage, pour la plupart des adolescents en excursion scolaire.
    Énorme scandale qui met en lumière des carences multiples aussi bien dans la gestion de la compagnie privée qui gère le navire que dans l'organisation des secours. Park Geun-hye, alors présidente, est violemment critiquée. Ce drame et ses suites compteront parmi les causes de sa destitution.
    Le narrateur est un plongeur professionnel qui a accepté d'aller rechercher les corps des victimes piégées dans leurs cabines. Le récit prend la forme d'une supplique adressée à un juge dans le but de disculper un de ses collègues, accusé d'homicide involontaire. Il évoque la difficile remontée des cadavres, les graves traumatismes dont souffrent les plongeurs et dénonce l'incurie avec laquelle ont été lancées et menées les opérations, ainsi que les injustices et les incompréhensions qui frappent ceux qui se sont dévoués corps et âme pour que les familles récupèrent les corps de leurs disparus. Avec le récit du plongeur, en plusieurs épisodes, alternent une vingtaine d'interviews ou de témoignages de parents en deuil, de rescapés ou de journalistes. L'auteur ne donne aucune indication sur le nom du bateau, ni sur le lieu exact du naufrage, ni sur les véritables noms des protagonistes, voulant donner à son récit une portée universelle.
    En postface, l'auteur indique que le plongeur qui lui a servi de modèle est décédé. L'enquête qui a suivi le décès a conclu à un suicide.

  • " Mort à l'étrangleur ! ", criait la foule enragée, et les coups lourds des gaffes de pêche ébranlèrent les planches du portail. Les chiens déchaînés se mirent à aboyer avec acharnement. La foule s'agitait, le portail craquait et, enfin, céda. Armés de gaffes et de harpons, les pêcheurs firent irruption dans le jardin, massacrèrent les chiens et assiégèrent la maison.
    " Ouvre la porte ! criaient les pêcheurs. De toute façon tu ne sortiras pas d'ici vivant. "

  • Un chercheur en poste à Taiwan est confronté à la découverte d'une tablette funéraire dans une maison abandonnée. Sa vie et sa conscience en sont bouleversées : les esprits et fantômes de Taiwan et de la Chine le visitent, l'entourent et témoignent de leur histoire.

  • Une nuit, mû par une force mystérieuse, je me rends sur la falaise. Le moteur coupé, j'entends alors la respiration de Krabi. Ce ne sont en fait que le cliquetis des vaguelettes caressant les récifs, les légers craquements d'un vieil hévéa, le chuchotement des pétales de frangipanier tombant sur le sol, les murmures de la flore et de la faune endormies. Et pourtant ces bruits épars se fondent et s'harmonisent en un tout, le souffle vital de Krabi.

  • Halabeoji

    Martine Prost

    Le récit des circonstances qui ont accompagné l'entrée d'une jeune française par mariage dans une famille coréenne. Halabeoji, signifie « Grand-père », et c'est bien le personnage central du récit, puisque c'est de son accord que dépend la possibilité du mariage. On assistera notamment à la comparution des deux jeunes gens, selon toutes les règles de la politesse coréenne, devant le grand-père, vieil érudit spécialiste des plantes. L'attente du verdict sera longue et le résultat inattendu et inespéré.
    Halabeoji fait partie de la série de livres qui seront publiés par l'Asiathèque à l'occasion de l'Année France-Corée, qui débute en septembre 2015, et du Salon du livre de Paris 2016, où la Corée est invitée d'honneur.
    C'est le second titre de la collection « Liminaires », une collection de textes littéraires témoignant d'un ailleurs géographique et culturel. Le premier titre, Une Tablette aux ancêtres de Stéphane Corcuff (2015), narre la découverte par un jeune universitaire français d'une tablette aux ancêtres dans une maison abandonnée.

  • Joothan

    Omprakash Valmiki

    Joothan est l'autobiographie d'Omprakash Valmiki, écrivain indien d'origine intouchable. La traduction en français depuis le hindi en rassemble les deux parties, parues respectivement en 1997 et en 2015. La première partie de Joothan (littéralement « Les restes de nourriture »), publiée en 1997, eut un énorme retentissement et est actuellement inscrite sur la liste des ouvrages au programme d'universités indiennes.
    La seconde partie, rédigée alors que Valmiki venait de prendre sa retraite et consacrait tout son temps à l'étude, est parue en 2015 après la mort de l'auteur, qui intervint en novembre 2013.
    Le livre relate la vie de l'auteur depuis son enfance diffi cile jusqu'à la maladie qui entraîna sa mort ; il permet de suivre son cheminement intellectuel et son engagement militant. Par la description détaillée du quotidien, il montre au lecteur comment fonctionne la société indienne, comment les discriminations sur la base de la caste ont survécu à leur interdiction dans la constitution, comment elles lèsent économiquement et blessent non seulement physiquement mais surtout moralement toute une partie de la société. Il montre aussi comment les populations qui en sont victimes tentent d'y échapper par la lutte (assumer sa caste, lutter contre le système des castes) ou par l'esquive (dissimuler sa caste) et les tensions qui en résultent jusqu'au sein même des familles.
    Le texte refl ète cependant la sérénité d'un homme de conviction qui ne souhaitait qu'une chose, que tous les hommes se voient reconnaître la même dignité, quelle que soit leur origine.

  • En adoptant le point de vue d'un chapeau melon, « oeil innocent » et impartial, l'auteur fait ressortir l'absurdité du régime totalitaire et réussit le tour de force d'en évoquer, de manière concise, quasiment tous les effets néfastes sur l'individu : mise en place du Tribunal populaire en 1944 qui jugea sommairement et fit exécuter les opposants ou ceux que l'on taxait de bourgeois ou de monarchistes, exil intérieur de certains, résistance passive, adhésion au nouveau régime par peur ou par opportunisme. Le Chapeau melon mêle habilement les registres (lyrique, burlesque, critique ironique) et il est surprenant qu'une critique si manifeste et si limpide du communisme ait pu être tolérée par le régime.

  • 160 micro-fictions de moins d'une page dans lesquelles humour et poésie, réel et imaginaire s'entremêlent. L'écrivain taïwanais offre une succession de récits et de drames tirés de ses lectures, de ses expériences intimes, de son observation des choses et des gens mais aussi de la tradition chinoise liée notamment aux arts martiaux.

  • Les deux pièces de K.B. Vaid ici présentées renvoient au spectateur, dans un langage très vif, quotidien voire populaire, les problèmes contemporains du sous-continent indien, et à travers eux les nôtres en cette période critique où le devenir de la Terre est en question.
    La première, Famille en bataille, est étrange mais peut-être plus immédiatement universelle que la seconde dans la mesure où elle ne met en scène aucune figure allégorique de l'Inde - à l'exception peut-être du Vide, personnage muet et n'agissant que par son aura et son souffle.
    Les personnages n'y ont pas d'autre nom que celui de leur position dans la configuration familiale, le Mari, la Femme, les Enfants, et les Autres, deux rôles en un acteur, représentant l'amant et la maîtresse.
    La seconde, Notre vieille dame (2000), met explicitement en jeu l'allégorie de Mother India pour en déconstruire tous les traits, mais elle en appelle plus largement au sentiment de déshérence qui caractérise la jeunesse du 21ème siècle en Inde. Refusant cette mère (leurs traditions nationales, leur passé, leurs liens) en même temps qu'ils ne parviennent pas à s'en détacher et finissent par rêver d'en exploiter le potentiel symbolique pour faire de l'argent, les cinq comparses (3 hommes, 2 femmes, pas autrement nommés que par leur ordre et leur sexe) s'interrogent sur leur lien avec la vieille femme anonyme abandonnée, sur leur propre lâcheté, leur concupiscence, la colonisation et ses restes, et pour finir sur la nature humaine et la politique de l'histoire.
    Les deux pièces ont une rythmique analogue : Dans Famille en bataille, après la montée fiévreuse des accusations des uns et des autres, la dernière séquence reprend terme à terme la première, imprimant un mouvement cyclique à la temporalité qui évoque le thème philosophique de l'éternel retour. Dans Notre vieille dame, après la montée des spéculations et des récriminations, le retour à la question initiale débouche sur un final lyrique évoquant la fin du monde comme dans le final du Mahabharata.

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