Fred Deux

  • La gana

    Fred Deux

    L'auteur nous a subjugués, envoûtés, et, au vrai, je le dis sans goût pour les paradoxes faciles, c'est peu de huit cents pages pour parvenir à un tel résultat. D'autres n'y seraient pas parvenus en trois mille, et beaucoup par leur oeuvre entier. Jean Douassot a découvert une planète que nous pensions connaître : le monde du sexe et de l'organique, ou le monde réduit à ses soubassements sexuels et organiques, alors que nous en ignorions la mystérieuse topographie.
    Pour dresser celle-ci il fallait sans doute un géographe, il fallait surtout un poète pour conduire le géographe. L'auteur s'est laissé mener par l'enfant qu'il a sans doute été et c'est pourquoi La Gana baigne tout entière dans cette poésie cruelle et violente qui est celle de l'enfance aux prises avec des mystères trop grands pour elle. Cette poésie transforme le sordide en objet d'art. Elle permet de substituer au dégoût ou à l'apitoiement facile la révolte. Elle entraîne un ouvrage qui aurait pu n'être que remarquable, et en marge, dans les grandes eaux d'une littérature qui aide à vivre.
    Maurice Nadeau.

  • Fred Deux

    Fred Deux

    Fred Deux est né en 1924 à Boulogne-Billancourt et décédé en 2015 à La Châtre, après un très singulier parcours où dessins et textes furent très étroitement liés.
    À la fin des années 40, Fred Deux découvre la littérature (Bataille, Cendrars, Miller, Sade...) et l'oeuvre de Paul Klee. Véritable révélation, celle-ci va être le déclencheur d'une oeuvre graphique introspective peuplée de cellules proliférantes, d'êtres fantasmagoriques et d'inquiétantes figures du double. Cette pratique quasi magique du dessin, comme abouché au monde des limbes, se double dès la fin des années 50 d'une oeuvre littéraire elle aussi d'une intense originalité.

    « Quand je dessine, j'ai une sorte de somnolence. Elle ne m'empêche pas de travailler, mais elle facilite, à l'intérieur du dessin, le labourage. Il y a à retourner quelque chose.
    En souffrant beaucoup d'être si peu présent, mais si j'étais présent je ne ferais pas un grand dessin. Ce corps si présent est, en même temps, un corps extrêmement absent. » Fred Deux

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  • L'auteur de La Gana renoue ici avec son personnage au point où il l'avait laissé à la fin de son premier roman. Il sort de l'enfance, on l'envoie à l'usine, il nous raconte sa fuite effarante devant les Allemands, ces «coupeurs de paluches», sur les routes de juin 40. Nous retrouvons dans La perruque la cave des gardiens d'immeuble misérables et sa plaque d'égout, les rats, l'escalier malodorant, le terrain vague voisin, le quartier sordide avec ses putes, ses cloches, ses gamins fiévreux, ses ivrognes.
    Et toujours la même constellation familiale autour de l'enfant qui monte en graine, maigre, tendre et méchant, fou du besoin d'autre chose, et le cherchant avec acharnement dans le sexe, dans le vin et le vol, dans l'ordure et l'imprécation, dans d'impossibles rêves de fuite... Comme tous les «hommes de la famille», dont il se sent secrètement solidaire, l'adolescent se trouve coincé jusqu'à l'asphyxie dans l'univers des pauvres.
    Dans cet effrayant récit d'un apprentissage au coeur d'un univers clos sans espoir, l'auteur avance avec sa musique à lui, boiteuse, sauvage, aride. Il va au-devant de l'horreur comme pour l'exorciser par son excès même, comme si écrire restait encore le seul moyen peut-être de «changer la vie».

  • Le for intérieur

    Fred Deux

    L'écrivain et dessinateur français Fred Deux traverse l'histoire et l'art du xxe siècle. Autodidacte, il découvre la peinture avec l'oeuvre de Paul Klee. À partir des années 1960, sa figuration lui permet d'affirmer la veine fantastique de son imaginaire. Fred Deux dessine et écrit, les deux activités se mêlent parfois de manière étroite. Il est auteur d'un roman culte, La Gana, publié en 1958. Ce volume des Cahiers dessinés inscrit l'oeuvre graphique de Fred Deux dans une lignée de dessinateurs. Son iconographie est constituée du fonds Fred Deux conservé au Musée Jenisch Vevey qui le présente en ses lieux dans le cadre d'une exposition (du 20 février au 24 mai 2015).

  • fred deux est un écrivain "culte" mais discret, auteur de quelques grands livres autobiographiques dont la gana (1958, sous le pseudonyme de jean douassot ).
    il est également un dessinateur dont l'oeuvre très personnelle s'est accomplie dans une constante fidélité à soi-même. parvenu dans son grand âge, marqué par une " souffrance qui ne s'explique pas" mais qu'il aime, il a trouvé la force de remonter aux sources essentielles de son existence : l'enfance, la maladie, l'amour, le travail. il en tire un memorandum - qui ne pose pas seulement les questions de l'art et de l'écriture -, très éloigné de la vanité du journal intime.
    les pensées quotidiennes y passent sans transition du passé au présent, du dedans au dehors, d'une observation à un souvenir, d'une réflexion à un rêve, sans ordre apparent, mais non pas sans rigueur. de ce " buisson d'épines" où pousse "le fruit défendu de la confidence" il fait un véritable manuel de vie (ou de survie), avec une audacieuse sincérité, mais sans aucune impudeur car, dit-il, " c'est en homme pudique que j'ai parlé grossièrement ".

  • On peut dire que tout ce qu'aura écrit cet auteur est autobiographique.
    Fred deux fait remonter sa vie, il la tire, il la porte, en s'aidant d'outils dont les artistes savent faire usage : il dessine, tout en prenant des notes, bouts flottants, dérivants.
    Terre mère est le noeud solidement serré autour du paquet de vie qu'il nous donne à lire. c'est l'homme qui parle, qui dit que sa détresse est, au fond, tendre avec lui. elle l'accompagne tout au long de ce ruban déroulé.

  • " Mystique sans religion ", Fred Deux est " entré en dessin " voici " une cinquantaine d'années ", disait Pierre Wat. Complexe, déroutante, son oeuvre s'offre pour mieux se dérober, en particulier à toute tentative de description, trop réductrice. Mieux vaut se laisser happer, se perdre dans ses circonvolutions, ses proliférations de cellules, de tissus, de membranes et d'organes, dans les cerveaux hypertrophiés, comme trépanés, de ses personnages aux allures foetales, aux membres étirés. Des taches réalisées au moyen de peinture pour bicyclettes à ses débuts, il a peu à peu évolué vers un dessin d'une infinie précision, d'une infinie lenteur, entrelacs tissés à la mine de plomb sur papier Japon aux fonds délicatement aquarellés. Depuis le milieu des années 1980, le format des dessins s'est agrandi, offrant au regard de grandes compositions figurées. Comme si Fred Deux, poursuivant sa démarche autobiographique et sa quête de la vérité, avait plongé au plus profond de l'Homme et de lui-même, de ses organes, pour remonter progressivement à la surface en une introspection toujours plus poussée, mais comme libérée. Fred Deux cherche, guidé par sa main. Ses derniers dessins témoignent d'un grand respect de la vie, d'une attention profonde et méditative au monde qui l'entoure, d'une écoute silencieuse de son propre corps - sa " matière " - et de son inconscient, rejoignant par là les archétypes de l'humanité, des thèmes et religions universels.

  • Cette suite de disques a été mise en forme par Madeleine Sola et Alain Trutat à partir d'enregistrements effectués personnellement par Fred Deux entre 1963 et 1964.

  • " J'ai rencontré l'oeuvre de Godeg dans la galerie d'Alain Margaron dont les choix sortent des sentiers battus. L'oeuvre de Godeg m'a tout d'abord étonné. Elle m'a très rapidement impressionnée. Qui était Godeg ? Je n'en avais jamais entendu parler."

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