Louison

  • Anton tchekhov, une vie

    Rayfield Donald

    • Louison
    • 28 Février 2019

    Anton Tchekhov. Une vie est la biographie faisant autorité sur cet auteur russe si populaire, mais assez peu documenté hors de Russie. Résultat d'un long travail de recherches menées durant les années 1980 et 1990, ce livre a pour source des archives personnelles de la famille Tchekhov jusqu'alors inconnues, ainsi que des correspondances inédites. Si ces documents étaient jusqu'alors ignorés, c'est parce qu'ils avaient été interdits sous l'URSS, ou bien oubliés des universitaires. Michael Frayn, traducteur d'oeuvres d'Anton Tchekhov et de Léon Tolstoï, dit à propos de cet ouvrage qu'il est « l'ultime biographie sur Tchekhov, et elle le restera probablement longtemps.
    Donald Rayfield commence avec l'énorme avantage d'utiliser des toutes nouvelles sources interdites par pudibonderie sous le régime soviétique, ou habilement ignorées des universitaires. Mais sa maîtrise de toutes les sources, qu'elles soient anciennes ou nouvelles - représentant une énorme archive - est magistrale, sa connaissance globale de la période historique impressionnante ; sa connaissance du russe sensible à chaque nuance d'une langue russe quotidienne voire familière, et son style assuré. Il réussit à capturer un portrait du réputé allusif Tchekhov qui commence enfin à prendre figure humaine - mais se révèle surtout extraordinaire. » Le travail de recherche minutieux de Donald Rayfield se ressent dans cette épaisse biographie au style fluide et agréable bien que fourmillante de détails, alors même qu'elle recouvre une vie longue de seulement quarante-quatre ans. Courte existence que l'on suit chronologiquement depuis l'enfance, à travers la maladie, les histoires de coeur et, bien évidemment, l'écriture, d'abord de nouvelles pour les journaux, puis du célèbre L'île de Sakhaline. Notes de voyage, et des non moins fameuses pièces aux débuts chaotiques. Cette biographie s'attarde sur chaque détail, des noms des animaux de compagnie de l'auteur, à ses relations compliquées avec ses frères et soeurs. L'on suit l'évolution de sa carrière littéraire, les difficultés financières qui l'accompagnent, ainsi que les premiers succès. Anton Tchekhov se révèle tout aussi grand voyageur que séducteur, pilier d'une famille modeste aux caisses souvent vides, et médecin philantrope finançant des écoles autour de Taganrog et Melikhovo, là où se trouvent respectivement sa maison de famille, et sa datcha.

    Une biographie qui permet donc non seulement de mieux connaître les dessous de l'écriture des oeuvres de l'auteur, mais aussi sa vie familiale, amoureuse et amicale, et les incidences de celle-ci dans les intrigues et personnages de ses nouvelles, romans et pièces de théâtre.

  • Le moi noir

    Mikkel Orsted Sauzet

    • Louison
    • 2 Janvier 2020

    Il s'agit d'une adaptation en roman graphique d'une nouvelle de Tchekhov intitulée Le Moine noir. Dans ce récit, le personnage d'Andreï Kovrine, un intellectuel russe éminemment brillant, surmené et à bout de nerfs, décide de passer l'été à la campagne, chez des amis de longue date : un homme, qui a beaucoup d'affection pour lui et le considère comme son fils, et sa fille. Ils ont une très haute estime de Kovrine et l'admirent énormément.
    Dans le jardin de la propriété, il commence à voir apparaître régulièrement la figure fantomatique d'un moine noir qui commence à hanter ses jours et ses nuits jusqu'à le faire sombrer dans la folie. Pour Anton Tchekhov, il s'agit là de représenter la "manie des grandeurs", comme il l'explique lui-même, et d'ouvrir la reflexion sur l'intelligence et le bonheur, sur la condition des personnes considérées comme des génies.
    Le moine noir symboliserait ainsi la tentation de l'orgeuil, entrainant la perte de Kovrine qui y cède et semant le malheur dans son entourage. Mikkel Ørsted Sauzet a choisi de replacer cette histoire au sein d'une société moderne hyper connectée au sein de laquelle le moine noir se matérialise comme un assistant virtuel, "la première intelligence artificielle qui te connait mieux que toi-même". Une application de téléphone mobile qui semble avoir le pouvoir de redonner la vue à des personnages privés de visage.
    Cela confère à cette nouvelle un inquiétant réalisme, elle perd presque son aspect fantastique qui la tenait à distance, ce qui la rend plus angoissante. Dans ce monde, qui n'est pas si éloigné du notre, où la technologie règne en maître et où l'humain semble avoir perdu du terrain, la réflexion initiée par Tchekhov autour de l'intelligence, de la folie et de l'ego semble avoir une place toute trouvée.
    L'atmosphère étouffante et sombre d'une période de canicule en l'an 2048 est renforcée par les dessins de Mikkel Ørsted Sauzet, qui (comme pour son album Fétiche) travaille exclusivement au stylo bic, une technique originale donnant une force incroyable à son oeuvre. Cette nouvelle étant moins connue que les oeuvres théâtrales de Tchekhov, le texte original sera inclus dans cette édition. Tchekhov mettra tout l'été de 1893 pour écrire cette nouvelle.
    Atteint de tuberculose depuis un moment, Tchekhov affuble aussi cette maladie, à l'époque incurable, à son protagoniste. La maladie est évoquée et assumée par Kovrine, mais négligée, comme s'il s'agissait d'une chose sans importance. Au début de l'été 2018 le dessin et l'écriture pour la présente adaptation commencent durant la chaleur torride qui s'abat sur l'Europe... Mais qu'il s'agisse de la tuberculose ou du réchauffement global, on l'évoque et on l'assume, comme une chose sans importance.
    Cette nouvelle étant moins connue que les oeuvres théâtrales de Tchekhov, le texte original sera inclus dans cette édition.

  • Sofia Koupriachina avait 20 ans au moment de la Perestroïka.Sophia fait partie du Moscou underground. Elle est la « François Villon » des clochards. Elle est une sans abris aux dures racines intellectuelles. Un immense talent littéraire et la langue « déglinguée » des banlieues cohabitent en elle. Ce cocktail vous enivre et vous fait rire autant qu'il vous plonge dans le noir. Elle est maître du genre dans le registre du récit. Une nouvelle en littérature, c'est un sonnet dans la poésie. Elle écrit pour des avertis. Il faut la lire par petits bouts et la relire. Il faut être de bonne humeur et avoir l'Age du cynisme sain.

  • L'esprit du loup

    Varlamov Alexei

    • Louison
    • 1 Février 2018

    Oulia est une jeune fille de quinze ans téméraire et éprise de liberté, qui aime par-dessus tout courir dans la forêt de Vysokie Gorbounki, où elle passe ses étés avec son père, l'ingénieur Vassili Komissarov. Dans ce petit village, l'atmosphère est sombre, inquiétante, fantomatique, obscurcie tour à tour par la fumée, le brouillard, la brume et les nuées d'insectes dans lesquels les limites, les frontières s'estompent. Les êtres humains se fondent peu à peu avec la nature, prennent des traits animaliers, tandis que les rêves, les hallucinations, le délire et la réalité deviennent indémêlables dans ce « monde ensorcelé ». Les paysages surréalistes exercent sur les personnages une attraction magique, morbide. La sécheresse et la chaleur sont irrespirables, les ténèbres s'étendent sur la terre. Tous les signes semblent annoncer une proche Apocalypse et dans cet univers en suspension, dans l'attente d'une catastrophe, rode l'esprit du loup. Il se propage comme une épidémie, se répand dans l'air, prolifère dans le sol et l'eau, s'insinue dans les esprits, dans les âmes, et les dévore jusqu'à ce qu'il ne subsiste que des enveloppe vides. Il est à l'origine des malheurs qui s'abattent sur la Russie, « l'esprit du loup se cramponna à la Russie et entreprit de la mettre en lambeaux. » Il finit par rattraper tous les personnages, sous forme de ce brouillard porteur de malheur, il est tantôt un nuage de gaz toxique, tantôt des « brumes de l'alcool », mais une chose est sûre, ce loup métaphorique finira par engloutir le monde entier.

    Sur fond de chute du tsarisme, du début de la Révolution et de la Première Guerre mondiale L'Esprit du loup est un roman historique à plusieurs niveaux de lecture qui questionne les raisons et circonstances de la révolution russe. L'auteur lui-même explique : « quels étaient les amours, les espoirs, les peurs des hommes de ce temps, contre quoi ils luttaient, pourquoi et contre qui ils ont perdu - voilà à peu près de quoi parle mon livre qui s'achève sur ce suicide que fut la guerre. » En bon historien, Alexeï Varlamov entrelace étroitement et habilement faits historiques et fictions, et même les événements de son invention ont souvent une base réelle. Les personnages historiques de l'époque tels que Raspoutine ou Vassili Rozanov ont une importance clef dans la narration et leurs portraits, en particulier celui de Raspoutine, sont tracés avec une précision et une vraisemblance incroyables.

    Le roman est également bercé par les débats philosophiques sur le présent et l'avenir de la société russe entre Vassili, qui fait de l'espionnage industriel, pour les révolutionnaires et croit en la supériorité de la technique et des machines, et Pavel, son camarade de chasse, écrivain et journaliste, qui glorifie la nature. Ce sont des discours incisifs, très construits et argumentés qui aident à comprendre l'état d'esprit des acteurs de l'époque.

    L'atmosphère de l'oeuvre est par ailleurs baignée de spiritualité et de mysticisme. Elle présente la situation religieuse de ce début de XXe siècle, au sein d'un peuple plein de superstitions, imprégné de paganisme, décrit les destins de charlatans devenus chefs de sectes influents, mais expose également les guerres d'influence, querelles et manigances au sein de l'Église dont ce seront les dernières années de grandeur et de puissance avant qu'elle ne soit traînée dans la boue par le communisme.

    L'Esprit du loup est donc une oeuvre surprenante à bien des égards, et unique. Hybride mélange des genre romanesques, elle ne se laisse pas décrire et cataloguer si facilement et plonge le lecteur dans un état de dissonance cognitive qui le bouleverse et l'ensorcèle, l'empêchant de refermer le livre avant le dénouement, qui s'annonce spectaculaire.

  • Le livre rassemble trois titres majeurs de l'oeuvre de Viktor Nekrassov. Tout d'abord Dans les tranchées de Stalingrad, son premier roman, pour l'écriture duquel il s'est très largement inspiré de sa propre expérience de guerre, est la chronique de la vie quotidienne des soldats et d'un bataillon durant la Seconde Guerre mondiale. Cette oeuvre est récompensée par le prix Stalineen 1946, malgré le fait que le récit ne correspond pas à la description de l'héroïsme de guerre, de rigueur à cette époque. En effet, le thème principal du livre est l'exécution d'un ordre absurde qui coûte la vie à la moitié d'un régiment et met surtout l'accent sur l'amitié entre les combattants. Mais l'approbation de Staline lui-même met fin à la polémique qu'avait suscité la parution de l'oeuvre, jugée « pacifiste ». Ce texte n'est pas seulement un récit de guerre, l'engagement de l'auteur ainsi que son style sobre et élégant, en font une oeuvre universelle qui rencontre immédiatement un grand succès. Un film intitulé Les Soldats et réalisé par Alexandre Ivanov en 1956 en est tiré.

    Avec son deuxième roman paru en 1954, La Ville natale, Viktor Nekrassov s'éloigne du réalisme soviétique. Il relate l'histoire d'un soldat qui s'oppose à une campagne injuste contre un professeur de l'institut où il étudie. Le livre déclenche lui aussi une véritable polémique, notamment car la plupart des figures de dirigeants sont des personnages négatifs. Mais il est tout de suite apprécié pour la vérité des situations et des caractères.

    Carnets d'un badaud, enfin, est un récit autobiographique et de mémoire couvrant un demi-siècle - des années 1930 à 1980. L'écrivain revendique désormais être un « badaud », « c'est-à-dire un homme qui pour rien au monde ne renoncerait à un spectacle intéressant ». Les « spectacles intéressants » qu'il observe, au cours de son périple, de Kiev à Paris en passant par la Suisse ou le Japon, sont autant d'occasions de se remémorer des souvenirs, de laisser libre cours à ses réflexions et d'imaginer des associations, parfois étonnantes, comme si n'existaient ni les années écoulées, ni les distances géographiques. La force de Nekrassov, son charme, c'est d'associer, d'une phrase à l'autre des entités a priori absolument opposées. Dans un monde divisé, il réunit, il associe. Ce monologue empreint de nostalgie a été écrit au cours de sa période d'émigration forcée, il y décrit parfois avec désapprobation et regret, parfois avec moquerie, mais sans malice, sa réalité quotidienne, car l'émigration est au coeur de sa vie, mais aussi de son oeuvre. L'écrivain s'interroge sur le sens et les raisons d'un phénomène qui est d'abord, pour lui, une donnée historique, avant de devenir une expérience personnelle. Nekrassov estime même que « le plus grand crime », commis en URSS en soixante-sept ans, a peut-être été « le projet, conçu et concrétisé de façon diabolique, qui consistait à séparer les gens ».

  • Premier volet de la trilogie du même nom, Les Enfants de l'Arbat est aussi le premier roman russe contemporain à prendre à bras-le-corps la tragédie stalinienne, en mettant en scène le dictateur lui-même. Il raconte le destin de jeunes Moscovites du quartier de l'Arbat (dans lequel l'auteur était né et avait grandi) dans les années 1930. Sacha est un jeune étudiant brillant, bon communiste, suspecté d'être un ennemi du peuple, il finit par être exilé en Sibérie pour trois ans. Tandis que son destin bascule on suit l'itinéraire de Varia, de Nina, de Charok, qui intègre le NKVD, de l'oncle de Sacha, haut dignitaire du régime incapable de sauver son neveu, et d'autres encore... Rybakov dresse ainsi le portrait de toute la société soviétique, en ces années charnières où Staline consolide son pouvoir.
    Mais le sujet principal du roman, c'est Staline lui-même. Après avoir suivi les aventures des jeunes gens, on le retrouve régulièrement, et le lecteur pénètre dans sa pensée. Et de sa pensée naissent les drames qui ont influencé les héros du roman, à commencer par les purges au sein de l'appareil communiste ; inévitables, pense-t-il, puisqu'on y conspire contre lui.
    Ce qu'il y a de remarquable dans ce roman fleuve, c'est la possibilité donnée au lecteur de penser comme le dictateur, avec le dictateur. On finit par croire qu'il a raison, que l'État est menacé, qu'il faut agir, sévir, exterminer. Mais, lorsqu'on revient aux jeunes héros de l'histoire, on retrouve sa raison : on voit Sacha, de retour de déportation, condamné à errer de ville en ville, ne pouvant rejoindre Varia, la jeune femme qu'il aime, et qu'il ne retrouvera qu'à la fin dans du troisième tome, pendant la guerre. On voit aussi les malheureux emprisonnés, torturés, les méthodes du NKVD, etc.

    Les Enfants de l'Arbat est le premier volet de la trilogie du même nom ; La Peur évoque les purges des années 1935-1938 ; Cendre et Poussière, enfin est consacré à la Seconde Guerre mondiale.

  • Alexeï Tolstoï entreprend en 1919 la rédaction de son roman Le Chemin des tourments qui sera publié à Paris en 1920 et 1921 dans des revues littéraires (La Russie à venir et Notes contemporaines), puis intégralement à Berlin, en 1922.
    Rentré en Union soviétique, il reprend son projet et lui donne un nouveau titre, Deux Soeurs, qui deviendra ainsi le premier volet de sa future trilogie romanesque. Dans son projet, chaque roman devait correspondre à une année de la guerre civile, et la fresque devait s'achever par un roman de clôture, mais cela n'a pas pu aboutir. Seule l'année 1918 est décrite dans L'An dix-huit, le deuxième volet de la trilogie, qui s'achève par Sombre Matin qui décrit les événements des années 1919 et 1921.
    En réalité, dans l'esprit de l'auteur, cette grande fresque devait rendre compte de l'écroulement du monde ancien dans lequel il avait été lui-même si insouciant.

    Premier volet de la trilogie, Deux Soeurs relate l'histoire des personnages avant et pendant la Première Guerre mondiale : vie préservée, artificielle et futile, dans les salons de Saint-Pétersbourg où l'on parle d'art nouveau (décadent), de poésie, de rêves disloqués de la dernière poétesse à la mode ; Tolstoï parle de « ferment de pourriture » qu'il trouve chez les libéraux comme chez les anarchistes, jusqu'aux traits de quelques auteurs que l'on peut deviner derrière certains personnages. Les héros sont issus de l'intelligentsia russe : les soeurs Dacha et Katia sont filles d'un médecin de Samara, le mari de Katia est avocat, Téléguine qui épousera Dacha est ingénieur, Rochtchine est officier, etc. La ville de Moscou est montrée presque comme une opérette, tous ces personnages jouent au vaudeville, sauf que l'histoire répond par des massacres et des famines. Aucun protagoniste, quel que soit son origine sociale ou son milieu, ne se rend compte des risques imminents d'une guerre. Et lorsque celle-ci survient, elle devient le châtiment de l'inconscience de cette jeunesse, comme un contrepoids à cette vie dévergondée.

    En 1928 paraît le second volet de la trilogie, L'An dix-huit, qui commence après la révolution d'Octobre par le retour massif des soldats russes et le début de la guerre civile sur le territoire de l'ancien empire tsariste.
    En réalité, le lecteur assiste à l'agonie de l'ancienne Russie. Le récit est construit autour de la représentation du chaos qui détruit la Russie à la fin de la Première Guerre mondiale : bataille de rues, complots contre les bolcheviks, manifestations d'usines. L'une des soeurs du premier volet prend part au complot des anarchistes mais tous les héros se retrouvent profondément anéantis. Ainsi, l'histoire et la guerre civile emportent dans leur tourbillon toutes les couches de la population aussi bien les personnages historiques que fictives.
    Dans Sombre Matin, le troisième volet, paru en 1940, Tolstoï aborde la fin de la guerre dont il paraît inéluctable qu'elle se termine en révolution, sur les bases de laquelle la nouvelle Russie reste à construire. Le roman est empreint par une esthétique nouvelle, qui relève d'un certain réalisme socialiste. Les fils des destinées des personnages se dénouent et les petits destins se fondent dans le grand destin d'un pays en marche vers les lendemains qui chantent.

  • Aristonomia

    Boris Akounine

    • Louison
    • 21 Septembre 2017

    Aristonomia est le premier volet de la trilogie Album de famille, sorte de récit du XXe siècle russe au travers du prisme du destin d'une famille. Le premier volume est consacré aux années 1910, à la révolution et la guerre civile. Le second, aux années 1920 et le dernier aux années 1930.
    Mais Boris Akounine revendique également avec Aristonomia une entreprise littéraire expérimentale visant la synergie des deux vocations de l'écrivain : le dramaturge et l'érudit. Non pas un « projet commercial », mais, dit-il, son « oeuvre la plus personnelle », en gestation depuis son adolescence.
    D'affinité stendhalienne, cette oeuvre l'est d'autant plus qu'elle met en récit un Julien Sorel de la Russie du début du XXe siècle. Anton Kloboukov, personnage central écartelé entre les deux moitiés contradictoires de la nation : la rouge et la blanche, comme en écho à d'autres romans russes majeurs tels que Le Don paisible de Mikhaïl Cholokhov ou Le Docteur Jivago de Boris Pasternak.
    Avec, en filigrane, la quête philosophique d'un principe sublimatoire de la personnalité que le romancier-philosophe désigne par le terme d'aristonomie.

    Le roman s'ouvre à Petrograd, peu avant la chute de Nicolas II, pendant la révolution de février 1917. Le destin d'Anton Kloboukov, jeune étudiant en droit, fils d'un grand professeur, sera influencé par la rencontre avec deux anciens étudiants de son père : Pankrat Rogachov, bolchevique engagé, idéaliste, qui occupera des fonctions importantes dans la Tcheka, la police secrète de Dzerjinsky, et Piotr Berdichev, partisan de la cause blanche, fidèle au baron Wrangel, le dernier espoir des anticommunistes.
    Après la mort de ses parents, Anon vit une brève aventure avec Pacha, l'ancienne servante familiale. Mais leur relation passionnée s'achève lorsque, rentré après plusieurs semaines en prison, Anton est invité par elle à vivre dans un ménage à trois avec un de ses camarades bolcheviques. Il quitte la maison, cherche un emploi de gardien de nuit dans une maison aisée, mais il est soupçonné d'être un agent bolchevique.
    Avec l'aide de Berdyshev, vieil ami de la famille, Anton s'échappe en Finlande, passe par l'Allemagne et finit en Suisse. Il trouve du travail dans un hôpital à Zurich et gagne la confiance d'un chirurgien particulièrement talentueux qui le persuade de suivre une formation d'anesthésiste.
    Il tombe amoureux de Victoria, la compagne d'un jeune homme riche gravement malade, Laurence. Mais cette dernière l'éconduit. Il décide alors de rentrer, rongé par un sentiment de culpabilité. Il arrive à Sébastopol, au moment où l'Armée blanche est en retraite en Crimée et il y retrouve ses anciens amis. À leur contact, les convictions d'Anton vacillent et il finit par admettre que la force est parfois nécessaire et que les blancs auraient du mal à tenir tête aux rouges.
    Prisonnier des Polonais, il aidera un Cosaque rouge, grâce aux connaissances médicales acquises à Zurich. « C'est le moment le plus important dans ma vie », pense Anton. La scène, très émouvante, n'est pas sans rappeler Platon Karataev et Pierre Bezoukhov dans Guerre et Paix, de Tolstoï.
    Peu de temps après, il assiste impuissant à un pogrome.
    Le roman s'achève sur une note de désespoir : Anton envisage une vie solitaire afin de se consacrer à rendre compte de ces événements tragiques.
    La construction du roman est particulièrement intéressante. Chaque partie « romanesque » (le roman d'Anton) est suivie d'une sorte de didascalie comprenant le point de vue de l'aristonome, sorte de pensée de l'« homme parfait » ; et le lecteur peut aisément faire lien avec Anton, le personnage central. C'est le moment où auteur et personnage ne font plus qu'un.
    Original, inattendu, risqué, le syncrétisme littéraire porté par l'auteur mérite à nos yeux de connaître un prolongement en version française.

  • L'Autre Voie est le deuxième volet de la trilogie Album de famille, un récit du XXe siècle russe vu à travers le prisme du destin de plusieurs personnages. Le premier volume, Aristonomia, est consacré aux années 1910, à la révolution et la guerre civile. Le second, aux années 1920 et le dernier aux années 1930.
    Mais Boris Akounine revendique également avec Album de famille une entreprise littéraire expérimentale visant la synergie des deux vocations de l'écrivain : le dramaturge et l'érudit. Non pas un « projet commercial », mais, dit-il, son « oeuvre la plus personnelle », en gestation depuis son adolescence.

    Dans ce deuxième tome, nous retrouvons le personnage central Anton Kloboukov, en 1925, alors qu'il exerce en tant qu'anesthésiste à Moscou. La Première Guerre mondiale et la guerre civiles sont terminées, les rouges sont vainqueurs, mais c'est maintenant le Parti bolchevique et l'opposition, sous la direction respective de Staline et Trotski, qui se déchirent dans le sang. Ce roman nous offre un portrait poignant de la jeunesse soviétique de l'Entre-deux guerre, à la fois pétrie d'optimisme révolutionnaire et inquiète de l'avenir, dans le complexe contexte politique des années 20 en URSS, au sein d'une société qui dessoûle lentement et douloureusement de l'ivresse de la Révolution.

    En filigrane, la quête philosophique et humaniste du narrateur dans son cahier à petits carreaux se penche cette fois sur une voie alternative à l'Aristonomie dans la recherche d'accomplissement de soi. Cette alternative serait le Véritable Amour.

    À Moscou, à la fin de 1925, Mirra est une jeune étudiante en médecine optimiste et une communiste convaincue qui méprise profondément l'intelligentsia. Elle rencontre Anton Kloboukov, qui la pousse à prendre du recul sur les événements, à réfléchir et à cesser de voir le monde « en rouge et en blanc ». Ils tombent amoureux et tous deux, pour préserver cette relation, vont se retrouver face à des choix éthiques difficiles et des dilemmes moraux. Le passé d'Anton va le rattraper en la personne de Sokolnikov aux côtés de qui il a combattu dans l'Armée blanche avant de basculer du côté des rouges. La colocataire de Mirra, un personnage tchekhovien de femme délicate tourmentée par la vie, qui ne parvient pas à se faire à la dure existence prolétarienne sous le communisme, finit par mettre fin à ses jours à la suite de sa meilleure amie, une ancienne princesse tombée dans la misère, la drogue et la prostitution.

    En parallèle, Rogatchov, un vieil ami des parents d'Anton qui lui avait permis de sortir de prison et donc d'échapper à une exécution certaine, toujours assisté de Filip Bliakhine, servent avec ferveur le camarade Staline, alors secrétaire général du Parti communiste des bolcheviques. Contrairement à Anton et Mirra, ils choisissent aussi bien l'un que l'autre de se sacrifier entièrement pour la cause.

    La construction de L'Autre voie, comme celle du précédent tome Aristonomia est particulièrement intéressante. Chaque partie « romanesque » est accompagnée d'une sorte de didascalie qui théorise de façon philosophique les événements qui se produisent. Comme si Anton revenait à postériori sur sa vie et, avec le recul, tirait des enseignements dont il souhaitait faire profiter le lecteur pour sa quête de bonheur et d'épanouissement. C'est le moment où auteur et personnage ne font plus qu'un.

  • Fin 2015,Pavlenski a mis le feu aux portes de la "Loubianka", le siège historique du KGB, qui abrite désormais son successeur, le FSB, à Moscou. L'activiste s'est filmé devant le bâtiment en flammes, une capuche noire rabattue sur la tête, silencieux, avant de se faire arrêter.
    Comme l'analyse Jonathan Jones, le critique Arts du Guardian, en s'attaquant à ce bâtiment historique, Pavlenski dénonce "un symbole vivant de tout ce qui est allé de travers en Russie depuis les années 90." En définitive, si le FSB contient aujourd'ui un musée du KGB, il accueille surtout les services secrets russes, ce qu'il qualifie de "grotesque et honteux" pour un bâtiment ayant "supervisé la souffrance et la mort de millions de personnes sous l'ère soviétique." Conclusion : Pavlenski a bien choisi sa cible. En mettant le feu aux portes de ce palace sinistre, il épingle une continuité historique sinistre."  

  • Le roman d'Alexeï Makouchinski est une biographie imaginaire de l'architecte Alexandre Vosco, né à Riga en Lettonie avec le siècle et établi à Paris après la défaite des armées blanches (militaires ayant combattu le pouvoir bolchévique en Russie de 1918 à 1922). Le livre se présente comme une enquête sur la vie de cet architecte que le narrateur rencontre à la fin des années 1980, lorsque le rideau de fer séparant l'URSS de l'Occident se fissure.
    Effectuée au gré de découvertes et de rencontres, sur une toile de fond contemporaine qui renvoie à l'expérience de la « quatrième vague d'émigration », celle qui quitte la Russie dans les années 1990-2000, cette enquête constitue aussi une réflexion sur la création littéraire.
    /> Cette tentative d'investigation quasi archéologique s'accompagne d'une appropriation progressive du passé par un ex-soviétique en quête d'une mémoire historique effacée dans son pays. En effet, Alexandre Vosco a traversé les deux guerres mondiales, il est également dépositaire de l'expérience de l'exil, expérience mise en abyme par son long séjour en Argentine. Si, ayant émigré, il n'a pas vécu la terreur stalinienne en Union soviétique, cette page de l'histoire sera en revanche visitée à travers l'histoire de son meilleur ami, Vladimir Grave, retrouvé par hasard sur le vapeur qui voguait vers l'Argentine en 1950.
    Vladimir Grave, lui, a vécu le cauchemar des années trente en URSS. Il a également été témoin des exactions commises par les Soviétiques comme par les nazis. Sa fille est morte de faim pendant le blocus de Leningrad.
    Un des héros de ce livre est, sans conteste, l'architecture contemporaine, qui, par le biais de superbes métaphores, permet de mieux comprendre le monde.

    Nourri de réflexions sur l'histoire et la mémoire (Walter Benjamin, Hannah Arendt), et de l'héritage littéraire européen, ce roman original et envoûtant répond à la carence de mémoire dont souffre la culture russe contemporaine.
    Il est aussi, pour le lecteur français, un plongeon dans l'atmosphère parfois oubliée de la France de la fin des années 80 et des années 90, décrite avec humour et dans un style irréprochable.

  • Heureuse Russie

    Boris Akunin

    • Louison
    • 31 Octobre 2018

    Heureuse Russie est le troisième volet de la trilogie Album de famille, un récit du xxe siècle russe vu à travers le prisme du destin de plusieurs personnages. Le premier volume, Aristonomia, est consacré aux années 1910, à la révolution et la guerre civile. Le second, aux années 1920 et le dernier aux années 1930.
    Mais Boris Akounine revendique également avec Album de famille une entreprise littéraire expérimentale visant la synergie des deux vocations de l'écrivain : le dramaturge et l'érudit. Non pas un « projet commercial », mais, dit-il, son « oeuvre la plus personnelle », en gestation depuis son adolescence.

    Le titre du roman Heureuse Russie intrigue en soi. L'action se déroulant en 1937, cela ne fait qu'ajouter aux attentes. Ce nouveau roman écrit dans la veine des romans policiers soviétiques et adoptant volontairement le style d'écriture de l'époque, transporte le lecteur à la fois dans un passé pas si lointain et dans un futur imaginaire, de sorte qu'il interroge à la fois hier et demain à partir d'aujourd'hui. Hier, c'est l'URSS de la fin des années 1930 où le personnage de Filip Bliakhine essaye de s'adapter aux réalités de la Grande Terreur pour sauver sa peau, ainsi que celle de ses proches. Il participe à l'enquête sur le cas « Heureuse Russie », une organisation contre-révolutionnaire dont les membres ont mené des conversations et publié des articles antisoviétiques. Il travaille sur le corpus de preuves pour trouver qui sont les principaux organisateurs de la cellule d'opposition au régime. Demain, c'est le projet de société consigné dans les notes de ces opposants sur lesquelles travaille Bliakhine, en faveur d'un futur utopique, celui d'une URSS revitalisée, narré comme une histoire de science-fiction à la façon de Georges Orwell. Dans celle-ci, l'agent imaginaire du FSB, Karl Veter, tente de résoudre le mystère qui entoure le meurtre d'un haut fonctionnaire ayant pris sa retraite. Il y fait face aux terribles conséquences du plein pouvoir du « régulateur » - le dirigeant qui n'est pas élu par le peuple, mais par le « Systema ». La Russie y apparaît nécessairement malheureuse et arriérée, quelles que soient les conditions politiques. Puisque toute tentative de changer ce status quo ne conduit qu'au malheur toujours plus grand du peuple, le pays ne peut être sauvé que par une ingérence de l'extérieur, celle d'extraterrestres. Mais le sauvetage de l'URSS tombe à l'eau...
    Ce roman dans le roman n'est pas livré au lecteur par hasard : Akounine ne cherche pas à en dire plus sur la répression stalinienne que le lecteur en sait déjà ; il réfléchit plutôt au comportement de l'individu dans un climat politique hostile, les deux personnages - celui de Bliakhine et celui de Veter - étant en miroir. Veter est le même tchékiste que Bliakhine, seulement plus responsable et exécutif : mais jusqu'où accompliront-ils leur tâche, quand ce à quoi ils croient depuis toujours se retourne soudainement contre eux ? Y aura-t-il une suite à ce tome ? La question reste en suspens.

  • Dans ce roman l'auteur s'identifie à un spectre (venu du communisme !) et narre sur un ton ironique, parfois mesquin, mais souvent empreint de douleur, le drame de sa propre émigration en Occident. Il s'interroge sur l'insoluble question : comment s'intégrer dans un continent, l'Europe, dans un pays (l'Allemagne) qu'on vénère, dont on connaît la culture sur le bout des doigts, mais où l'on ne trouve pas sa place et qu'on ne veut, ne peut pas retourner en arrière ?

  • "Ce livre se lit la gorge nouée. Je n'ai jamais rien lu de pareil sur la guerre et cette peine indicible qu'elle procure à ceux qui ne l'ont pas vécue. C'est une hallucination venue des entrailles, une sensation de feu qui vous prend aux tripes, à l'estomac, et remonte. Un récit originel sur un des plus anciens peuples du monde où il est question de certitude de l'amour maternel, d'incertitudes provoquées par la guerre, du soufisme comme quintessence de la force tchétchène, du poids d'être né, mais aussi des hirondelles annonciatrices de l'été, de leur vibrant chahut dans les cieux printaniers, de cette ronde énergique et prophétique, qui aide à vivre. C'est un conte sur nos efforts, inconscients mais constants, pour chercher un refuge, le nid protecteur que l'on quitte et que l'on crée, pour soi, pour sa descendance".

    Anne Nivat. Grand reporter indépendante, reporter de guerre, écrivain.
    Spécialiste de l'ex-URSS, l'Afghanistan et l'Irak.

  • 1993

    Sergueï Chargounov

    • Louison
    • 22 Juin 2017

    Comme le titre l'indique, ce roman revient sur les événements d'octobre 1993 en Russie. Des tanks de l'armée russe avaient tiré sur le siège du parlement alors qu'à divers endroits de la capitale, des manifestants avaient été mitraillés par des unités d'élite. Officiellement, il y avait eu 150 victimes. En Occident, ces événements avaient été présentés comme la victoire de la démocratie. Dans ce livre, Chargounov met en parallèle les manifestations d'alors et celles, plus récentes de 2012, lors de la réélection controversée de Vladimir Poutine, établissant un lien de filiation entre les deux.
    « 1993 » s'ouvre sur le récit d'un jeune garçon au moment de l'investiture de Vladimir Poutine. À cette occasion, il côtoie des personnes ayant participé aux affrontements de 1993 dans des camps opposés mais manifestant à présent ensemble il se rappelle alors son grand-père mort d'une crise cardiaque pendant les événements.
    Malgré son titre et sa référence à des faits précis bien réels, le livre de Chargounov n'est ni une fresque historique, ni un livre politique. Il s'agit avant tout d'un roman dans lequel la petite histoire rejoint la grande Histoire. La petite histoire, c'est celle du grand-père du jeune garçon, Victor Briantsev, de sa femme Léna et de leur fille Tania, une adolescente de quinze ans.
    L'auteur, comme il le dit lui-même, brosse le portrait d'une famille soviétique moyenne.

  • « C'est à la cime du particulier qu'éclot l'universel » Marcel Proust.

    Si ce court roman de Youri Maletski raconte le destin extraordinaire d'une femme, Galia Atlivannikova, dans la Russie du XXème siècle, il est avant tout une profonde réflexion sur la mort et le vieillissement.
    L'action se déroule durant les derniers jours de la longue vie de cette femme qui, à l'orée de ses 90 ans, jette un regard rétrospectif sur son existence heureuse, jusqu'au dernier tiers de sa vie, mais où la mort quasi successive de sa mère, de sa fille et de son mari rompt définitivement les fils qui la reliaient au Monde.
    Après ces drames, et l'âge aidant, Galia perdra peu à peu la vue, puis l'ouïe et se repliera sur elle même, dans son petit appartement, empreinte à la solitude et à la vulnérabilité, aux souvenirs surtout, attendant que la mort vienne frapper à sa porte.
    L'originalité du roman de Youri Maletski tient du point de vue qu'il choisit au fil de son récit : rédigé à la première personne, il nous donne à voir de l'intérieur comment l'individu appréhende les différentes étapes de la vieillesse.
    Il devient ainsi un guide plein d'espoir pour tous ceux d'entre nous qui sont, ont été ou seront confrontés au vieillissement d'un proche.
    Car au-delà d'une apparente perte de contact avec ses proches, avec le réel et le quotidien, Youri Maletski, nous ouvre une fenêtre sur l'extrême richesse de la vie intérieure et de la relation au monde de l'homme au crépuscule de sa vie.
    La pointe de l'aiguille, enfin, entremêle petite et grande histoire. Ainsi va le lecteur de la guerre civile russe aux années 1937-1938, période de la grande terreur, de la seconde guerre mondiale à l'ère brejnevienne, entrainé par des ressorts narratifs ou l'histoire le dispute à l'intime.

  • Les Mémoires d'Alexandre Vertinski retracent la vie mouvementée d'un artiste unique et complet. Figure majeure et inimitable de l'art russe, poète, compositeur, chanteur, acteur, il a connu un succès retentissant en Russie comme à l'étranger et est devenu, après sa disparition, une référence pour les bardes et chansonniers russes et soviétiques.
    Né à Kiev en 1889, Vertinski débute sa carrière en 1916 dans le costume de « Pierrot noir », une version expressionniste du personnage de la Comedia del Arte exprimant la mélancolie de l'âme russe. Il est devenu célèbre pendant la période de la Russie tsariste en chantant des chansons d'amour qui transportaient le public dans un monde de rêve exotique à l'eau de rose. Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, suivie de peu par la révolution d'Octobre, la clientèle de Vertinski, essentiellement les élites tsaristes, a émigré dans d'autres pays européen, suivie par le chanteur en 1918. Commence alors une vie d'errance, bohème, un exil de vingt ans dans des « villes étrangères » : Constantinople, Bucarest, Varsovie, Berlin, Paris, New York, San Francisco, Beyrouth, Jérusalem, Harbin, Shanghai.
    Il s'installe finalement à Paris en 1923, où il chante dans les nombreux cabarets de Montmartre, pour le plus grand bonheur des émigrés russes nombreux dans le Paris des années 1920.
    La scène artistique française subit alors l'influence des peintres tels que Soutine, Kandinsky ou Chagall et des compositeurs tels que Chaliapine. Rien de surprenant donc, à ce que Vertinski reste neuf ans dans la capitale française, assuré d'une audience dans le groupe des Russes nostalgiques de leur pays. En 1926, il réalise l'un des premiers enregistrements.
    En 1932, il décide de partir à New York, où il fréquente Marlène Dietrich et Rachmaninoff. Cependant, la grande dépression des années 1930 coupe court à son rêve et à sa carrière américaine. Il part en 1935 pour Shanghai où il rejoint l'importante communauté russe venue de Vladivostok après la victoire des bolcheviks.
    Pendant le Seconde Guerre mondiale, Vertinski a le mal du pays (peut-être sous l'influence de ses propres chansons) et il finit par écrire une lettre à Staline lui-même pour lui demander la permission de rentrer, en échange de sa contribution à la Russie soviétique. De manière surprenante, sa demande est acceptée et Vertinski est pris au mot. Quand il revient en Russie en 1943, il devra se produire dans tout le pays sans relâche, chantant dans les kolkhozes et les usines de Kaliningrad jusqu'à Sakhaline. Vertinski donnera un total de deux mille représentations dans ces années-là, n'épargnant aucun effort pour racheter son ancien comportement « bourgeois ». Le personnage de Vertinski sera même utilisé dans les films de propagande soviétique pour incarner les méchants, pour lequels il recevra le prix Staline en 1951. Il meurt six ans plus tard à l'hotel Astor de Leningrad.

  • L'espace est devenu depuis le symbole d'une exemplaire alliance internationale. De la première poignée de main sur orbite entre trois Américains et deux Soviétiques, en juillet 1975, à la mission Proxima de Thomas Pesquet, de Baïkonour à Cape Canaveral, une petite civilisation spatiale s'est construite, pas à pas. C'est un retournement de l'histoire, et ceux qui s'entraînaient jadis à se faire la guerre donnent une belle leçon d'entente dans l'espace, loin des frontières et d'un climat géopolitique complexe...

    Le 12 avril 1961, un pilote soviétique de vingt-sept ans réalisait un rêve millénaire ?: quitter la Terre et tourner autour en évoluant dans le vide de l'espace. Sa révolution n'a duré que cent huit minutes mais elle a suffi à le faire entrer dans l'histoire.
    L'espace a été pendant longtemps le théâtre de la compétition entre deux grandes puissances mondiales. Depuis quelques décennies, il est devenu le symbole d'une exemplaire alliance internationale. De la première poignée de main sur orbite entre trois Américains et deux Soviétiques, en juillet 1975, à la mission Proxima de Thomas Pesquet, de la Cité des étoiles à Houston, et de Baïkonour à Cape Canaveral, une petite civilisation spatiale s'est construite, pas à pas. Elle a pris aujourd'hui la forme de la Station spatiale internationale, conçue, fabriquée par des ingénieurs et techniciens à travers le monde, et assemblée par des équipages multinationaux.
    C'est un retournement de l'histoire, et ceux qui s'entraînaient jadis à se faire la guerre donnent une belle leçon d'entente dans l'espace, loin des frontières et d'un climat géopolitique complexe...

  • Ce roman de Marina Akhmedova est traversé par des préoccupations morales sociales et idéologiques. Ce voyage initiatique au coeur du terrorisme est raconté dans un style vif et lyrique. Les descriptions de l'enfance de la narratrice dans les montagnes reculées du Caucase du Nord sont vives et détaillées, et nous permettent de comprendre au fil des pages que les modes de vie et de pensées traditionnels sont voués à disparaître sous la pression de la civilisation mondiale.

  • Sept romans en un, où se croisent une petite fille morte, un assassin devenu apôtre, un chaman samoyède, un Lénine aphasique, une croisade d'orphelins, une folle en Christ, un prêtre collectionneur de comptines, un peintre passionné du Grand Nord et un narrateur épileptique.
    Soyez comme les enfants est un roman initiatique, singulier autant que monumental, qui se lit comme un roman policier - un roman policier de Dostoïevski par exemple. Singulier par sa densité, son mépris des conventions littéraires, sa puissance narrative, alliée à une surprenante fantaisie. Monumental par son étrangeté même, non pas statue érigée par quelque autorité officielle, mais bric-à-brac gigantesque, amoncellement d'histoires entassées l'une sur l'autre dans l'espoir peut-être d'atteindre le ciel, monstrueux échafaudage menaçant semble-t-il à chaque instant de s'écrouler ou de s'embraser, et prenant forme pourtant, et pesant de tout son poids sur la conscience du lecteur.

  • Feu Rouge est une fresque philosophique. Nous sommes aussi dans une saga européenne où s'entrecroisent et évoluent trois générations de familles différentes qui nous font voyager des fronts de la guerre civile russe de 1917-1922 à ceux de l'actuel Donbass (2015) sur lequel « le roi blanc » Poutine à « la figure aussi inféconde et stérile que l'argile et le sable de Russie », admirateur invétéré du penseur russe fascisant Ivan Iline, fait impérialement main basse. Ainsi va le lecteur de dulag hitlérien en goulag stalinien, de Moscou à Munich, des bas-fonds aux palais de l'Europe, de la pègre aux salons oligarchiques, entraîné par des ressorts narratifs où l'épopée le dispute au policier dans un étourdissant roman cosmopolite et humaniste qui tremble de voir flirter, avec des accents stendhaliens, le rouge et le. brun. On pense à L.Tolstoï, V.Grossman, J.Littell.

  • Le Tao du saxophoniste

    Andreï Batov

    • Louison
    • 14 Avril 2016

    Le Tao du saxophoniste relate l'histoire d'un jeune écrivain russe qui raconte la musique, l'amour, le destin et la force de l'âme. Un saxophoniste de talent part en Chine en quête de sens et de sensations fortes.
    Ce roman plonge le lecteur au coeur de l'exotisme en l'entrainant dans les cabarets de Saint-Pétersbourg, les montagnes du Tian Chan, et dans la ville d'Urumchi, au milieu du pays Ouigour.

  • MASIAfucker est un voyage où le héros achète un billet de train comme on achète un pistolet pour jouer à la roulette russe, on a une chance de mourir.
    Jeune, insolent, naïf, désopilant, désabusé par Berlin, et par l'Asie, il comprend finalement que le seul endroit est celui « où on l'aime, où on l'attend » . À Saint-Petersbourg.

    Ce court récit est une évocation de la Russie de Gorbatchov et de celle de Yeltsin ou la jeunesse croyait à l'occident.

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