Louis-Paul Astraud

  • Pour échapper à une vie de mendiant, de voleur et de prostitué, Jean Genet s'engage à 20 ans comme caporal de l'armée de terre, en Syrie. Il fugue sans cesse et déserte à 25 ans. Après une jeunesse en forme. de longue dérive, il n'est plus de retour possible : il ira à l'encontre de toutes les règles pour accomplir son destin librement, écrire.

  • Les deux grands paradoxes de Céline D'où vient le style halluciné de Céline, si neuf, si dérangeant, dont on peine à trouver les influences, lui que rien n'avait préparé à ça ? Comment comprendre la coexistence en lui de ce que l'on trouve de meilleur et de pire chez l'homme: une immense compassion pour son prochain et un rejet féroce de l'autre?
    Pour mieux comprendre Céline l'écrivain, cette biographie propose de faire la connaissance de Louis Destouches l'homme, au carrefour des choix décisifs de sa jeunesse. Sans prétendre clore le débat sur le génie et la déchéance, « Céline à 20 ans » remonte aux origines de sa personnalité. Le livre apporte un éclairage inédit sur les raisons qui ont poussé Céline à se diriger à la fois vers la médecine et l'écriture, permettant la genèse de son style incomparable, ainsi que le déploiement maladif de son antisémitisme, et ce dès sa jeunesse, bien avant les grands pamphlets des années 1930.
    Cette biographie de Céline permet aussi de replonger dans le drame de la guerre de 1914, vu à travers l'expérience d'un jeune homme de 20 ans (lui allait devenir l'écrivain le plus marquant de son époque face à l'horreur de cette guerre.
    20 ans en 1914 Louis Destouches fête ses vingt ans en 1914. Après de petits emplois sans prétention et la morne vie de caserne, il y voit enfin l'occasion de s'illustrer. Son immense orgueil, c'est ses parents qui l'ont placé en lui, leur fùs unique, avec tous leurs espoirs. Ils ont misé sur sa formation: il a été envoyé en Allemagne puis en Angleterre pour apprendre les langues étrangères, on lui a trouvé de bonnes places chez des commerçants connus.
    A lui de faire ses preuves maintenant. Ses parents veillent et surveillent.
    Et, en effet, il va en revenir, de la guerre. Moralement surtout. Définitivement désabusé.
    Il aura vu trop de tueries en seulement trois mois, avant d'être grièvement blessé. Sa blessure lui vaut une médaille et surtout un pacifisme forcené qui, vingt-cinq ans plus tard, l'entraînera aux pires positions. En attendant, il veut partir loin, tenter d'oublier: à Londres d'abord, où il fréquente le milieu interlope; puis en Afrique où il tient un comptoir de brousse. C'est déjà Voyage au bout de la Nuit. Il pense à la médecine, à laquelle il s'essaie sur les indigènes. A son retour, encore quelques petits boulots, puis il s'inscrit comme étudiant en médecine. Sa thèse est l'occasion de révéler au grand jour son talent d'écriture: en faisant le récit de la vie du Dr Semmelweiss, un médecin incompris et rejeté par les autres, c'est de lui-même qu'il parle. Tout est en place pour que le désir de l'écriture s'empare de lui et ne le quitte jamais.

  • Gustave Flaubert à 20 ans ne ressemble pas du tout à l'image que l'on se fait de lui aujourd'hui. Loin d'être un jeune homme isolé qui écrit avec peine, il est un fougueux adolescent qui veut vivre des aventures et écrit avec une facilité déconcertante. Presque trop.

    A l'âge du baccalauréat, Gustave Flaubert vit ce que l'on pourrait appeler une sérieuse crise d'adolescence. Sous l'influence de son meilleur ami de cinq ans son aîné, le gentil collégien s'est mué en un lycéen qui boit, fume et à évoque à tout bout de champ ses virées au bordel. Son père, le médecin le plus en vue de Rouen, pourrait lui pardonner ces incartades si Gustave ne trouvait pas le moyen de se faire renvoyer du lycée pour indiscipline six mois à peine avant le bachot. Il lui promet de réussir l'examen en candidat libre. Pari tenu ! Son père le récompense par un voyage en Corse. Sur le chemin du retour, il se laisse séduire par une femme qui a quinze de plus que lui. Son initiation lui laisse un goût amer, elle vient rabaisser la belle image qu'il se faisait de l'amour, en particulier de celui qu'il ressent pour la belle Elsa Schlesinger. C'est que, durant toute sa jeunesse et malgré ses fanfaronnades, Flaubert est un romantique qui vit passionnément. La vie n'est jamais à la hauteur de ses aspirations. Il se réfugie dans l'écriture qui est alors un exutoire pour ses angoisses existentielles. Obligé par son père de suivre des études de Droit, il en est libéré par une mystérieuse maladie nerveuse. A la mort de son père, alors qu'il est âgé de 24 ans, plus rien ne s'oppose à ce qu'il se consacre à sa vocation littéraire et réconcilie en elle son goût pour l'extravagance et son profond désespoir.

    La rencontre avec Marie Arnoux (l'héroïne de L'Education sentimentale), la description des plaisirs amoureux de Madame Bovary de même que son suicide, l'attrait pour l'Orient de Salammbô, ou encore la fascination pour la tentation de Saint Antoine, en un mot l'ensemble de l'oeuvre littéraire de Flaubert, tout cela était déjà en germe dès sa jeunesse. Il fallut seulement du temps, une quinzaine d'années de travail quotidien, pour qu'il parvienne à domestiquer son écriture et donner naissance à ses chefs d'oeuvre. Il fit ainsi mentir tardivement sa réputation, notamment dans sa famille, d'habitué à l'échec par paresse et à laquelle lui-même avait fini par croire par pessimisme. Il fit preuve pour cela d'une volonté qui confine à l'obstination.
    Lire Gustave Flaubert à 20 ans, c'est découvrir la genèse des grandes oeuvres de l'auteur mais c'est surtout découvrir que réconcilier les deux Flaubert qui cohabitaient en lui, l'amuseur plein de joie de vivre et l'angoissé pessimiste convaincu de l'inanité de l'existence, fut le grand défi de sa jeunesse. De ce premier succès dépendait tous les autres.

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