Emmanuel Hocquard

  • Né à Cannes en 1940, Emmanuel Hocquard a créé la maison d'édition Orange Export, avec Raquel en 1973. Cette structure disparaît en 1986. Il a également dirigé le département de littérature contemporaine à l'A.R.C. (Musée d'Art Moderne de la ville de Paris) de 1977 à 1991, puis fondé en 1989 «Un bureau sur l'Atlantique», une association destinée à favoriser une meilleure connaissance de la poésie américaine contemporaine.
    Emmanuel Hocquard est en France le tenant le plus représentatif de ce que l'on peut définir comme la «modernité négative». Se réclamant des objectivistes américains (Charles Reznikoff ou George Oppen), il s'attache en effet à rompre avec le lyrisme pour privilégier des formes minimalistes et descriptives. Le poète selon Emmanuel Hocquard est un «guetteur involontaire de notre quotidien, et qui en retient ce qu'il veut en retenir. Il s'agit alors de parvenir à une sorte d'écriture tabulaire, de l'ordre de la photographie, d'où serait exclu tout attirail métaphorique, c'est-à-dire toute pseudo-profondeur, et qui néanmoins s'imposerait au regard, à l'oreille et à la sensibilité même comme "poétique", à cause de son agencement, sa grammaire et sa focale.» Les sept élégies rassemblées dans ce volume de Poésie/Gallimard ont été écrites de 1969 à 1989. Durant ces vingt années, elles ont accompagné et ponctué le travail d'écriture d'Emmanuel Hocquard, en prose comme en vers. Les élégies n'ont évidemment pas pour fonction d'éclairer le lecteur sur un passé individuel mais, au contraire, de le faire assister à un arrachement du biographique, c'est-à-dire du culturel, et de ce qui nourrit, au départ, tout écriture lyrique : le narcissisme, les états d'âme, la douleur, l'amour, les souvenirs, les soupirs et les regrets.

  • Un privé à Tanger est bien une enquête, à laquelle se mêlent par fragments la vie d'Emmanuel Hocquard, ses lectures, ses amours, son enfance, le port franc de Tanger et la lumière du Maroc. Une accumulation de souvenirs, d'hommages et d'observations dans la veine anti-lyrique teintée d'humour propre à Emmanuel Hocquard.
    Comme le dit l'auteur lui-même : « Tâchez de bien vous enfoncer dans le crâne qu'une enquête ça n'a jamais été autre chose qu'un processus logique d'élucidations. »

  • De 1993 à 2005, Emmanuel Hocquard enseigne régulièrement à l'école des Beaux-Arts de Bordeaux. Il y donne des « leçons de grammaire » dans le cadre d'un atelier de recherche et de création intitulé Langage & Écriture, qui devient Procédure, Image,Son, Écriture (P. I.S.E.) en 1999.
    À partir de 1998, un ou plusieurs documents reliés vont réunir chaque année - à côté des travaux et des correspondances des étudiants, des extraits de livres et d'articles de journaux, des reproductions iconographiques... - tous les textes élaborés ou agencés en vue de ces cours.
    Leurs natures sont diverses : progressions écrites servant de support aux interventions orales et aux ateliers, lettres aux étudiants (individuelles et partagées, ou collectives), textes de création...
    Ils mêlent questions théoriques et approches pragmatiques de l'écriture, points de grammaire, cita- tions, anecdotes, récits personnels, poésie...
    On retrouve dans Le Cours de Pise tous les concepts et notions qui traversent l'oeuvre d'Em- manuel Hocquard. Notions et concepts nombreux, abordés ici frontalement, rassemblés de façon très dense, traités sous des angles variés, articulés entre eux de façon changeante. Ils dessinent une forme en mouvement entre théorie, témoignage, souci de transmission, qui relève à la fois d'une poétique et d'une éthique.

  • L'élégie n'est pas dans les mots de la plainte. Elle est dans la répétition des mots de la langue. Elle est cette répétition. Ma langue tout entière est cette élégie. On ne parle jamais de soi. Il n'y a jamais de sujet d'énonciation, il n'y a de sujet que grammatical. Il n'y a pas de commencement, il n'y a pas de formulation première, il n'y a que recueillir dans une coupe de verre (cf. : « Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour »).
    En parlant ou en écrivant, en lisant, en traduisant, on cherche la sortie, à s'en sortir. Écrire est cette ouverture.

  • Petit, j'étais désordonné, mais désordonné comme il n'est pas possible de l'être.
    J'étais champion toutes catégories de désordre. Ma mère disait que le désordre dans ma chambre était à l'image du désordre dans ma tête. Et elle avait raison. J'en ai beaucoup souffert. Toutes mes tentatives de rangement se sont toujours soldées par des échecs épuisants, physiquement et moralement. En dépit de mes efforts pour mettre de l'ordre dans ma tête via ma chambre, je ne suis jamais arrivé à rien parce que je ne parvenais pas à concevoir un principe d'ordre satisfaisant.
    Et j'abandonnai. Je regarde maintenant mon désordre comme un penchant. Ou un besoin. " Chez moi ", les choses sont aujourd'hui à peu près en ordre. Mais ce n'est qu'une ruse. En fait, mon désordre s'est déplacé. II est aujourd'hui caché au coeur de mon ordinateur. Quand j'allume mon ordinateur, il y a quelques grands dossiers : mes Cours à l'Ecole, mon Courrier, ma Banque, mon Grand Frère, ma Vie, mon ouvre, mon Éditeur, etc.
    Un de ces grands dossiers s'intitule ma Haie. C'est là. Là que gisent, pêle-mêle, une quantité de documents inclassables, sans liens entre eux, sorte de rhizome incontrôlé (amorces de textes, bouts de journal, notes, blaireaux, Dernières nouvelles de la cabane, lettres privées...) dans lequel j'ai puisé une bonne part des éléments qui constituent ce " livre ".

  • Ce livre est tout à la fois un recueil de poèmes, des sonnets, une déclaration d'amour, un livre de grammaire et un essai philosophique. Pour Emmanuel Hocquard la poésie ne saurait se contenter d'être belle, agréable et sensible. D'autres choses s'y jouent autrement plus cruciales comme le devenir de la langue et de la pensée, notre perception. Et tout est matière à nourrir cette réflexion active, cette réflexion dont les avancées coïncident parfaitement avec le texte qui les énonce.

  • Le récit tend à expliquer et cristalliser (le quatrième état de l'eau) une situation qui n'a pas encore été tirée au clair.
    Sous couvert d'organisation logique de la mémoire, ce jeu de facettes est une fiction car le sens n'y prend corps que dans l'enchaînement des énoncés, le phrasé grammatical, en gommant ombres et angles morts. en revanche, comme le verre qui est un liquide, le poème est amorphe. il ruisselle en tous sens mais ne reflète rien. quel est le sens de bleu ? personne n'a besoin de s'interroger sur le concept de bleu pour comprendre ce que veut dire bleu.

  • Dans le tableau de Hopper intitulé Office in a Small Town, un homme vu aux trois quarts de dos est assis à son bureau, face à une baie vitrée qui donne sur le ciel. Qu'est-il? Un journaliste, un avocat, un détective privé? Quel âge a-t-il? Que regarde-t-il? D'où vient la lumière qui éclaire la scène? Autant de questions qui restent sans réponse. En croisant les noms, les voix, les citations, le narrateur de ce récit ironique évoque, en dix-huit brefs chapitres, des situations éphémères et des personnages incertains, semblables à ces voyageurs que le hasard a réunis un jour au carrefour des grandes routes maritimes. Livre de rupture, Le Cap de Bonne-Espérance est une satire des procédés d'écriture que met en jeu toute narration.

  • Adam, le narrateur, voyage de l'Amérique du Nord à la Turquie, passant par la Grèce ou encore par une petite île «située à environ soixante-dix milles marins au large du Sahara». Mais il chemine aussi à travers les mots, miroirs dans ce livre de la mémoire et de la perte. Se détache de tous ces parcours la figure d'Aerea (ou Artemis, «petite soeur de Minerve»), fermée à l'amour, qui disparaît au début du livre, conduisant Adam à l'errance, qui ne le délivrera pas de sa solitude. Si Adam ne cesse d'oublier Aerea, il ne cesse aussi de la retrouver au long de son parcours aux prises au filet de la mémoire : «La mémoire n'est peut-être pas autre chose qu'une petite surface qui s'obscurcit: on sait encore ce qu'on ne verra plus.»

  • A Trieste, au fond de l'Adriatique, une boutique de livres anciens donne sur une rue discrète.
    Pyr scruta d'abord la carte postale. " Querida, nous sommes arrivées. " Signature illisible. Date illisible sur le cachet de la poste. Seuls des détails étaient visibles. Les épaules dénudées, ici la courbe de la hanche. Il reconnut tout de suite le deux-pièces rose. Une étroite languette de papier blanc, recourbée en marque-page, dépassait du livre. Nous devons apprendre à supporter l'inquiétude quand nous lisons.

  • Une grammaire de tanger Nouv.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Un recueil d'impressions-lettres poétiques publié en 1981 par Emmanuel Hocquard, co-fondateur de l'École de Symi, directeur de la section poésie / littérature de l'ARC entre 1977 et 1990.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Théorie des Tables est un (un seul) poème, qui comporte 51 séquences (Emmanuel Hocquard venait d'avoir 51 ans quand il a fini d'écrire ce livre). Ce poème autobiographique est aussi un poème grammatical qui fait jouer simultanément l'interrogation (les questions n'appelant pas nécessairement de réponse) et la négation (qui inclut toujours l'affirmation). Saisis par ce double objectif (la photographie est omniprésente), les petits morceaux très signifiants d'un quotidien ordinaire se trouvent connectés autrement que par la grammaire normative. Ces connections jettent un jour différent sur un certain nombre d'énigmes, ou de secrets en rapport avec les problèmes de la représentation, de l'identité et de la fiction.

  • Réunit les textes publiés par E. Hocquard et Raquel dans leur maison d'édition Orange Export Ltd. Un panorama de l'écriture poétique de ces quinze dernières années.

  • Cet ouvrage est l'un des tomes d'une anthologie de poésie dont les autres volumes ont été par ailleurs rassemblés par Bernard Chambaz, Marc Étienne, Jacques Roubaud. Tout d'abord, à travers quelques définitions choisies, procédant comme un dictionnaire, Emmanuel Hocquard énonce sa conception de la poésie simplement, tout en se référant à des auteurs réputés difficiles tels Gertrude Stein ou Ludwig Wittgenstein. Dans un deuxième temps il propose un choix résolument moderne de poètes peu connus du grand public (Pierre Alferi, Anne-Marie Albiach, Olivier Cadiot, Danielle Collobert, Jean Daive, Roger Giroux, Benjamin Hollander, Pascale Monnier, Michael Palmer, Georges Perec, Claude Royer-Journoud, Keith Waldrop). À côté de ceux qui continuent à célébrer «le plus haut chant de l'homme» et «la musique de l'âme» de la Poésie éternelle, de ceux qui «expriment leurs impressions» heureuses ou malheureuses, on trouve donc ici ceux qui ont choisi de mettre plus particulièrement l'accent sur le langage lui-même, son fonctionnement et ses fonctions, non pas en linguistes ou en philosophes mais en grammairiens, en grammairiens qui feraient de la grammaire autre chose qu'un simple code de règles fixes et autoritaires propres à régir notre langage et donc notre pensée.

  • Emmanuel Hocquard (1940-2019) est l'un des grands poètes français du dernier demi-siècle : l'un de ceux qui auront contribué à repenser de fond en comble l'écriture poétique, à lui imaginer des formes et des orientations nouvelles. Parmi ses livres majeurs (tous publiés chez P. O. L), citons Les Elégies, Théorie des tables, Un test de solitude, ma haie, Une grammaire de Tanger... L'aventure d'Orange Export Ltd.
    Inaugure le parcours d'écrivain d'Emmanuel Hocquard. Fondée au début des années 1970 avec la peintre Raquel, cette minuscule maison d'édition aura joué un rôle souterrain - mais déterminant - en réunissant une constellation de poètes qui devaient s'affirmer comme des auteurs marquants de leur génération. Imprimés à la main (et à peu d'exemplaires) dans l'atelier de Malakoff, ces livres brefs témoignent aussi d'une des dernières inventions collectives de la poésie française, avant sa dissémination actuelle.
    Un volume rassemblant l'intégralité des publications d'Orange Export Ltd. , augmentées de divers documents, avait été publié chez Flammarion en 1986. C'est cet ouvrage - épuisé de longue date - que nous republions aujourd'hui à l'identique, tel qu'Emmanuel Hocquard l'avait conçu. Une importante préface de Stéphane Baquey situe l'apport de cette étonnante aventure éditoriale dans l'histoire littéraire contemporaine.

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