Miroir

  • Qu'est-ce qu'il se passe quand il ne se passe rien ?
    Plutôt que de voir ce qui se dit, ce qui s'exprime, ce qui est visible, les hauts lieux, les moments forts, les récits, les prises de paroles, les mises en scène, et si on essayait de voir l'envers du village ?

  • " J'ai tué un homme qui ne m'avait rien fait.
    Moi ! Moi, Abram Potz, de mes mains crevardes et frigides, sans mobile apparent, j'ai jeté un homme à la mort. J'ai aboli une âme. Et voici que ce premier crime m'apporte, je ne dirai pas la joie de vivre - je n'en demande pas tant -, mais une raison de différer mon trépas. Je suis moins pressé de mourir, je sens en moi une alacrité nouvelle... " Abram Potz, psychanalyste juif ashkénaze au rancart, vieillard disloqué, à la mémoire vacillante mais perverse, au sexe grabataire mais têtu, promène sa décrépitude dans les rues de Paris.
    Il observe avec une délectation amère la répulsion et l'effroi que, partout, son apparition suscite. Et il ricane : Ô jeunesse ennemie ! Pour se venger de sa déréliction et conjurer le désespoir, il se lance en claudiquant dans une carrière d'assassin. Il ambitionne le titre de doyen d'âge des tueurs en série. Il tue comme il peut, au hasard, sournoisement, en toute impunité car l'imminence de sa mort l'a rendu inaccessible au châtiment judiciaire.
    Il rêve d'un procès d'assises en guise de cérémonie des adieux, où, face à une société ingrate, il proclamerait les droits de l'homme vieux. Ses confessions nous plongent, avec un cynisme attendrissant et un humour implacable, dans les affres de la vieillesse...

  • Quatrième étage

    Nicolas Ancion

    " Au quatrième, il n'y avait pas d'ascenseur.
    Aux autres étages non plus d'ailleurs. Mais au quatrième, c'est pire qu'au premier. Mais moins grave qu'au sixième. C'est toujours ainsi dans la vie : il y a mieux et il y a pire. Suffit de choisir ce qu'on veut bien voir : la bouteille à moitié vide ou la bouteille à moitié pleine. " Ce roman, c'est l'histoire de Thomas et de Marie. Marie ne peut quitter la chambre, Thomas ne peut quitter Marie. Ils vieillissent l'un près de l'autre.
    Elle l'écoute et il raconte. Dans une grande ville. Dans un appartement. Au quatrième étage. Ce roman, c'est l'histoire de Serge. Serge, qui revient du supermarché, des provisions plein les bras et se retrouve dans un appartement inconnu. Un appartement dans lequel réside une jolie jeune fille. Dans un vieil immeuble. Au quatrième étage.

  • Un homme met ses pas dans ceux d'un autre. Martin de la Soudière, ethnologue, géographe, refait le parcours de Paul Arroyo, fils d'émigrés espagnols, enfant adoptif d'un pays dont il s'est épris : la Lozère. On est alors, en France, aux prémices de la modernisation des campagnes. Instituteur agricole, sans tableau noir ni banc d'école, Paul passe de village en village. Seul sur son secteur, il devient une figure locale. Le lecteur est vite averti. La nostalgie, le passéisme, le culte des racines n'ont pas place ici. Paul est un itinérant, un colporteur de savoir qui veut contribuer au développement de la vie rurale et c'est tout un monde qui est restitué là, étonnamment vivant et touchant. À partir du témoignage du fils de Paul et de ses investigations, nourrissant sa trame des travaux d'historiens et d'ethnologues sur ces régions rurales, et sur ce type de migration, Martin de la Soudière entreprend ce récit entre réalisme historique et fiction romanesque. Ethnologue du milieu rural, Martin de la Soudière a beaucoup enquêté sur les plus hautes terres du Massif central. Entre écriture littéraire et universitaire, tantôt l'une, tantôt l'autre, son chemin est semé d'ouvrages et de deux films qui mettent en scène des lieux et des saisons autant que des gens, des paysages et ceux qui les habitent.

  • Comme tous les ans, Hugo se rend à Montsuris. Il participe à la master class d'été de l'école de musique du bourg. C'est l'occasion d'y retrouver Ben et de faire la connaissance d'Ariel, une goth' aux cheveux roses.L'école de musique étant en travaux, ils logeront dans l'ancien conservatoire. Un vieux manoir que l'on dit hanté...

  • L'Invention du Massif central : ce titre pourrait laisser croire à une fiction.
    Et c'est vrai, ces pages ne manquent pas d'inventivité. Elles sont nourries d'enfance, de retours effectifs à des lieux sous différentes approches. En fait, ce serait plus juste de leur reconnaître comme principale qualité la pleine beauté du style, l'ouverture lyrique des mots sur des images fortes. Tout est bien là, ressenti et rendis à la magie première des pansages et desgens qui les font. Plus encore que l'inventaire d'un territoire, large et divers comme sait l'être le Massif central à qui sait le découvrir, voici une source infinie de séquences, de lumières pleines et de traces, soulignant la rudesse et la civilité des vies partagées et celle plus immédiate des reliefs en leurs bonnes rencontres.

  • La Grèce est pour nous un berceau, celui de la tragédie. Ximena Escalante vient de bien plus loin, du Mexique, poursuivre la parole millénaire d'Euripide, de Sophocle ou d'Eschyle. Selon son propre aveu, elle aime la « matière » mythologique et tous ses possibles. Transformer, entremêler, ouvrir ce que tous les textes anciens, antiques ont dit d'essentiel : « la desolación amorosa, el amor, la pasión y la sexualidad y los conflictos entre allas ». Ses trois pièces (Fedra y otras griegas ; Andrómaca real et Electra despierta) à sujet grec et universel tissent un cycle des voix féminines : fille, soeur, mère, amante. Chaque conflit tragique pour Escalante. Marie DU CREST.

  • Edgar Chias utilise la narration scénique ou plus exactement la rhapsodie pour la scène, cette tradition de transmission orale des histoires depuis la nuit des temps pour éclairer l'histoire contemporaine, comme un miroir du passé qui éclaire le vivant. Dans le ciel dans la peau, l'interprète n'est pas seulement une jeune femme en train de mourir, ses agresseurs ou le personnage principal de l'histoire qu'elle lisait dans le bus mais incarne aussi le rhapsode, ce chanteur de poèmes populaires, LE conteur dramatique. Lorsque l'on a compris cela on comprend alors les multiples références à Shéhérazade dans les mille et une nuits : la jeune fille mourante doit, c'est vital, nous raconter son histoire, c'est la seule façon pour elle de rester en vie, de se raccrocher au réel. Les multiples allers et retours dans le passé prennent sens et pose la thèse du Ciel dans la peau : rien ne change, rien n'a changé ; les femmes du temps du roi Salomon jusqu'à aujourd'hui au Mexique et partout dans bien des endroits du monde sont dominées, utilisées (petit clin d'oeil à Franca Rame) chosifiées.

    Anaïs CINTAS (metteuse en scène)

  • Molière

    Sabina Berman

    Dans la confrontation entre Molière et Racine, Berman se donne à voir, révèle un aspect des conflits personnels qui l'animent face à la création théâtrale, intime, publique et politique à la fois, avouant ainsi lequel des deux dramaturges français occupe une place privilégiée dans son oeuvre. En essayant de résoudre le conflit entre la tragédie et la comédie, éternelle querelle des genres, Molière, de Berman, pose le problème des rapports entre l'art et la société, entre le théâtre, les compagnies théâtrales, les acteurs et le désir de contrôle du pouvoir politique.
    Daniel MEYRAN

  • Belize

    David Olguín

    Belize raconte un voyage d'initiation et d'exploration du côté sombre de la vie. À la manière d'un triptyque, il se divise en trois stations dont chaque partie se referme sur elle-même, et une fois réunies, comme des échos et des résonances cycliques, avec les connexions propres à la poésie, elles forment une histoire totale : un règlement de compte d'un homme avec son passé familial et sa recherche personnelle pour trouver des raisons de vivre. À partir de références mythologiques au voyage ad inferos, au monde de l'au-delà ou de l'en-deçà, Belize nous emmène au point le plus bas du voyage intérieur.

  • Paul est différent, il vit dans son monde à lui. Il aime être dans sa cabane perchée. C'est son arbre maison. Son frère aimerait partager quelques moments avec lui mais c'est difficile.
    Pourtant un soir d'orage Paul acceptera la présence de son frère...

    Les livres du Miroir aux Troubles sont adaptés aux enfants dyslexiques sur la forme :
    - Police spécifique.
    - Espacements entre les mots et les lignes doublés.
    - Taille comprise entre 14 et 24.
    Et sur le fond :
    - Récit chronologique (pas retour en arrière).
    - Mots compliqués expliqués (dans les romans).
    - Mots simples mais pas simplistes.

  • Alors qu'il file à son entraînement de basket sur son scooter, Néo croise un camion qui grille le stop...
    Néo se retrouve à terre sur le bitume.
    Malgré la douleur, il perçoit les sanglots d'une femme :
    «Mon bébé, mon bébé...»

  • Pièce qui expose les liens entre une jeune femme devenue adulte, son père mourant, une vache qui fut son amie, un chat et un jeune homme. La relation que nous entretenons avec le monde animal est convoquée ici pour traduire le désir, l'isolement des êtres incapables de s'aimer, la brutalité. Sous forme de tableaux successifs, le corps du père, de la vache et du chat se dévorent entre eux, tout en témoignant des profondeurs de la vie. Lara enracine sa poétique dans l'irrémédiable course entre la vie et la mort, et de tous les interstices qui s'y figent. David FERRÉ

  • Un prophète vient troubler la passivité du royaume et il faut le faire taire. Il est aussitôt soumis à la cruauté des puissants et son corps devient leur champ de bataille. Après Phèdre et autres grecques, Ximena Escalante pousse encore plus loin dans cette pièce son style : des échanges brefs, entrecoupés de silences éloquents. Le désir, la haine et la jalousie apparaissent en négatif à travers les non-dits, le temps repousse la venue de l'aube et l'irréparable finit par se produire.

  • A travers la tentative de reconstitution de l'histoire légendaire de Malverde, hors-la-loi mexicain du XIXe siècle qui dépouillait les riches au bénéfice des pauvres et qui, après sa mort, aurait accompli une foule de miracles, suscitant ainsi un culte populaire qui s'est perpétué jusqu'à nos jours, c'est l'histoire "véridique", à la fois réelle et imaginaire, du peuple mexicain qui s'écrit contre l'histoire officielle, celle de l'Etat, de l'Eglise et des propriétaires terriens.
    Figure de légende éminemment théâtrale, Malverde est une figure populaire en qui se rejoignent le passé et le présent, à travers le témoignage des morts et des vivants.

  • Les maçons

    Vicente Lenero

    Ancré dans la réalité sociologique des années soixante à Mexico, Les maçons, par le biais d'une enquête policière sur l'assassinat du gardien d'un grand chantier de la ville, brosse le tableau d'une société en mutation symbolisée par les rapports de force au sein du groupe des ouvriers de la construction, depuis l'ingénieur en chef jusqu'au modeste apprenti et au veilleur de nuit. Vicente Lenero est un des premiers auteurs mexicains à embrayer sur les réalités populaires et à proclamer que les couches inférieures ne sont pas moins passionnantes à analyser que la haute société et que le théâtre n'a que faire du langage académique ou recherché.

  • Moctezuma II

    Collectif

    Considérée comme la première grande tragédie mexicaine, Moctezuma II relate le dernier jour à la cour du souverain des Aztèques avant l'arrivée du conquistador espagnol Hernan Cortés, qui signera la fin d'un règne et d'une civilisation florissants. Magana se refuse à toute tentative d'imitation d'une langue archaïsante et pseudo indigène, pour privilégier au contraire un discours poétique et vivant.
    Comme toute grande tragédie, elle touche bien à un sujet universel, dépassant le carcan d'une époque et d'une géographie données. s doute.

  • L'imposteur

    Rodolfo Usigli

    L'Imposteur est l'une des pièces du répertoire mexicain les plus représentées, et la plus significative aussi de cette dramaturgie. La pièce met en scène le pouvoir du langage sur le monde, sur la société, le pouvoir de créer et subvertir la réalité. Elle nous fait prendre conscience que la simulation, l'affectation, les masques sont des signes clés qui montrent la différence entre l'intention et l'action, entre la vérité apparente et le mensonge caché.
    Une oeuvre qui a toute son actualité.

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