La Barque

  • Gogol a 25 ans lorsqu'il entreprend d'écrire la nouvelle "? Pages du journal d'un fou ? " (selon le titre original que lui donna Gogol, et non simplement ? : "? Le journal d'un fou ? "). Cette prose parut pour la première fois un an après sa rédaction, en 1835, elle fait partie du recueil de textes Arabesques. On le connaît généralement comme l'un des cinq récits qui composent "? Les nouvelles de Pétersbourg ? ", bien que Gogol ne les ait jamais réuni lui-même sous ce titre, ni par ailleurs fait paraître à part aussi ces cinq textes.
    Ecrite à la première personne, la nouvelle se présente sous la forme de pages, semble-t-il retrouvées, d'un journal intime tenu par un petit fonctionnaire pétersbourgeois de quarante-deux ans dont le nom complet ne nous est révélé qu'à la fin : Aksenti Ivanovitch Poprichtchine, allant du 3 octobre d'une année non spécifiée à une date pour le moins incompréhensible, le narrateur ayant perdu jusqu'à la notion du temps.
    Gogol est le premier, du moins dans la littérature russe, à avoir ainsi donné vie aux "? petites gens ? ", à avoir ouvert la porte à la cohorte des invisibles qui peuplent les villes pour nous les rendre visibles, vivants. Combien d'écrivains ont ensuite marché sur ses traces ! Dostoïevski, qui lui vouait une immense admiration, aurait dit - selon les propos rapportés par Eugène-Melchior de Vogüé - "? Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol ? ! ? " Le talent comique et réaliste de Gogol ne se dément pas.
    Un souffle surnaturel traverse la réalité, le comique bouscule le tragique quand, au détour d'une page, le rire prend le pas sur l'effroi. Livre illustré par des dessins d'Anne Gourouben.

  • "Comment retarder l'apparition des fourmis" Ultime ouvrage de José Carlos Becerra Il est rare dans l'histoire littéraire récente, et sans doute unique au Mexique, qu'un poète nouveau venu ait suscité comme José Carlos Becerra (1936-1970) un tel engouement, voire une telle fascination chez ses premiers lecteurs, au moment même de disparaître prématurément. Voix "admirable et inquiétante" , disait de lui Octavio Paz.
    "Comment retarder l'apparition des fourmis", ultime livre du poète mexicain, toujours traduit par Bruno Grégoire & Jean-François Hatchondo, est un tournant formel qui se présente comme un journal intérieur de son ultime voyage en Europe. Le poète a alors 33 ans lorsqu'il réalise son rêve de découvrir l'Europe. Ce sera Londres durant six mois, puis cap au sud, idéalement jusqu'en Grèce... Mais la plongée allait tourner court au printemps 1970 sur une route italienne de la côte adriatique.
    Dans la carcasse de la voiture, on retrouve une sacoche contenant le livre en train de s'écrire : "Comment retarder l'apparition des fourmis" ... Livre de poèmes d'une rare force, jusque dans les générations suivantes et jusqu'à devenir un amer évident pour qui s'aventure aujourd'hui sur les eaux de la poésie mexicaine du siècle passé. Octavio Paz, encore, avouait n'avoir eu besoin que d'une poignée de poèmes, pour reconnaître au jeune homme d'alors, originaire de la région tropicale de Tabasco, une singulière maturité.

  • Barques renversées

    Federigo Tozzi

    Splendide livre de pensées - qui plus est unique recueil d'aphorismes de l'écrivain -, d'abord divulgué dans diverses revues en 1911 avant de ne paraître dans sa totalité pour la première fois en Italie seulement en 1981, Barques renversées de Federigo Tozzi est à compter, malgré sa singularité indéfectible, parmi les plus importants du genre (l'on songe à Nietzsche auquel Tozzi ne devait pas être étranger, à Pascal, et même, plus proche de nous, à Henri Michaux et son fameux Poteau d'angle).
    Cet ouvrage échelonne, en trois parties, tour à tour considérations, voeux, adresses, et même chants, chaque fois introduits par un mot, moyen par lequel Tozzi, par l'écriture, parvient à décrire « un état spécial de notre âme », ce, jusqu'à une conclusion finale qui n'est pas fin en soi mais bien précisément retour au silence.
    À ce jour toujours inédit en français, la parution de ce livre constitue alors un événement considérable. (O. G.)

  • Le monde sans les mots

    Tamura Ryuichi

    Cet ouvrage de Ryûichi Tamura (1923-1998), Le monde sans les mots, se composant des 4 premiers livres du grand poète japonais (de l'après-guerre à 1967), présente pour la première fois en France son travail. Cela sur une période suffisamment étendue (de 1956 à 1967) pour donner au lecteur francophone la possibilité de prendre la mesure de son importance, cela parmi les poètes les plus représentatifs de la seconde moitié du xxe siècle, suite à la publication à La Barque des poèmes d'Ayukawa Nobuo écrits durant la décennie 1945-1955.
    Il donnera également l'opportunité d'approfondir les connaissances sur l'activité des poètes de l'école Arechi et de ce qu'ils appelèrent de manière idiomatique l'« expérience de la guerre » (sensô taiken) qui les porta à assumer après-guerre des positionnements éthiques.
    La recherche d'un sens non dénaturé et d'une légitimité de la parole poétique est en effet le pivot de la poésie de Ryûichi Tamura. Chez lui le langage se trouve interrogé et conduit par une recherche du sens en deçà du sens (ce dernier imposé par l'idéologie, notamment de l'après-guerre).
    Le poète s'est alors tourné vers le monde des créatures, de l'animalité, des végétaux et de la minéralité, pour tenter de rétablir une vision du monde qui ne soit pas déformée par l'arbitraire du langage. Dans l'histoire de la poésie contemporaine japonaise ce travail de mise en abîme du langage dans le texte poétique est sans précédent.
    Pour Tamura, qui réalise ici un véritable tour de force en faisant vivre un « monde sans mots » en « utilisant les mots », la poésie n'était autre que « le produit du silence ».

  • Le principe de ce livre est simple, mais exigent : pour se faire Jacques Sicard est parti de vingt-cinq photographies de Chris Marker, parmi un nombre considérable retenues (800, en tout, nous est-il précisé, prises dans vingt-six pays entre 1955 et 1965) extraites de son film Si j'avais quatre dromadaires (dont on sait que le titre a été repris d'un vers d'Apollinaire). De ce face à face, en regard de chacune, il a composé autant de « notes émodescriptives », ainsi justement définies puisque guidées par des ensembles d'effets non prémédités, eux-mêmes retenus dans le cadre de chacune de ces proses, par endroit d'une liberté toute anarchique, politiquement dit, si justement de paire avec une mélancolie sans regrets.
    Ces notes, que précède une introduction et que prolonge un prologue, font figure elles-mêmes de photographies d'où parties, elles s'éloignent, autrement dit auxquelles elles renvoient tout en se donnant à lire indépendemment.

  • Ce quatrième ouvrage à La Barque d'Ossip Mandelstam traduit par Christian Mouze démontrera de lui-même l'amitié entre un auteur et son traducteur. Et c'est bien une chance pour le lecteur qui le découvrira puisque lui aussi se retrouvera en amitié avec le grand Mandelstam. Lui-même en amitié avec Dante. Le ton y est juste, rigoureux et audacieux tel Mandelstam lui-même.

  • Ce livre en édition bilingue propose la première traduction en français des deux recueils complets, à partir de la langue d'origine (l'afrikaans), d'un auteur grandement célébré dans son pays, enseigné dans les classes, étudié à l'université, etc. Elle a déjà connu de nombreuses traductions, notamment en anglais, en allemand, en néerlandais, en zulu, en polonais, ou encore en turc et un film lui a été consacré en 2011, Black butterflies. Depuis 1965, le Ingrid Jonker Prize couronne chaque année le meilleur premier ouvrage de poésie sud-africaine en afrikaans ou en anglais.

  • Conrad Aiken (1889-1973), avant tout poète, mais aussi romancier... nous livre ici l'une de ses nouvelles les plus bouleversantes.

    Nous pénétrons dans un royaume de neige perçu et éprouvé par le jeune Paul Hasleman, âgé de 12 ans.

    Peu à peu happé par la magie de son monde, Paul éprouve les plus grandes difficultés à répondre aux nécessités du quotidien, aux questions qu'on lui pose à la maison avec ses parents, à l'école avec la maîtresse d'école, puis avec le médecin contre le pouvoir duquel, surtout, il se voudrait ne pas faire figure « d'un cas ».

    Paul cherche à préserver son secret (le secret de la neige), sans blesser, cependant qu'il lui devient aussi de plus en plus difficile de le taire. Dans ce texte inouï, où la folie côtoie le conte, rien n'est enfermé. Merveilleux.

  • Il n'est qu'à le lire pour s'en rendre compte : ce long poème inédit de Marina Tsvetaeva, que l'on peut, à l'instar de ceux de Pouchkine, qualifier de poème-récit, porté par le célèbre conte allemand dont il s'inspire, est l'une des oeuvres les plus importantes de son auteur. Il a « la rapidité d'une comète » sur les montagnes, de celles qui ont comblé, pour un temps, son besoin d'espace, alors en exil non loin de Prague.
    C'est en effet dans un village de la banlieue de Prague, en mars 1925, que Marina Tsvetaeva a commencé d'écrire Le Charmeur de rats, long souffle d'une modernité époustouflante qui subjugua son premier lecteur Boris Pasternak.
    Le conte sur lequel elle prend appui tout en s'en éloignant guide ce texte d'une langue tout à la fois lyrique et satirique, où personne, du petit bourgeois aux bolcheviks, n'est épargné, le joueur de flûte incarnant ici la poésie arrachée au quotidien.

    Suivi d'un extrait de la « Correspondance Marina Tsvetaeva-Boris Pasternak » (au sujet du « Charmeur de rats ») et de « Mots pour Le Charmeur de rats » par Olivier Gallon.

  • "C'est entre 1927 et 1928 que Mandelstam rédigea Le timbre égyptien, dans une apparente incertaine direction. C'est aussi entre deux dates, deux révolutions, entre février et octobre 1917, que Mandelstam campe son personnage, alias Parnok, faisant se culbuter les temps, à Saint-Pétersbourg.

    Cette prose inventive, radicale et libre, s'inscrirait dans les pas de « La fin du roman », article paru en 1922 dans De la poésie, où davantage qu'un éclatement, Mandelstam parle de « la ruine sans merci de la biographie », soit la ruine de la continuité, ou pour le dire autrement de l'ordre du développement (y compris historique).

    « Passant d'un point de vue à l'autre, de la troisième à la première personne, avec ses ellipses, incises, digressions, Le Timbre égyptien est un incroyable fondu-enchaîné, une technique narrative faite de décrochés, de glissades acrobatiques. » (Extrait de la postface.) Événements politiques, allusions littéraires, sens inouï de la comparaison, éclats de musique, souvenirs, « mémoire étonnée », composent ce texte-palimpseste dont le principe réinventé est, non sans ironie, évoqué par cette ouverture : « Je n'aime pas les manuscrits en rouleaux. Certains sont lourds, graissés par le temps, comme la trompette de l'archange. » "

  • Longjaunes son periple

    Howard Mc Cord

    Howard McCord est né en 1932 à El Paso au Texas. Après avoir servi dans la Marine pendant la guerre de Corée, il est diplômé de l'Université du Texas et de l'Université de l'Utah. Il enseigne dans différentes universités à partir de 1960.
    Lors d'un premier voyage en Inde en 1965, il se lie avec les poètes bengalis de la Hungry generation, initiée par Malay Roy Choudhury. Avec Lawrence Ferlinghetti et Allen Ginsberg, il fait découvrir ces poètes indiens aux lecteurs occidentaux.
    Il a été lauréat de plusieurs bourses qui lui ont permis d'étudier à l'université de Mysore en Inde, de séjourner longuement en Islande et en Laponie qu'il a arpentées à pied, et d'explorer les « routes secondaires » de l'Ouest. Grand voyageur, grimpeur et marcheur accompli, chasseur et collectionneur de roches, Howard McCord est l'auteur de plus d'une cinquantaine d'ouvrages (récits, romans, essais et poèmes), couronnés par de nombreux prix littéraires. Les Complete Poems de ce proche de Gary Snyder, couvrant quarante ans de poésie, ont paru en 2002.
    Longjaunes son périple (1968) se lit comme un chant épiphanique suivant un périple à travers des territoires de différents continents dont le poète a arpenté les inépuisables espaces désolés, des waste lands du Midwest aux contreforts de l'Himalaya ou d'Islande... Howard McCord connaît le caractère habité de ces lieux privilégiés où l'homme peut entrer en résonance avec le cosmos et avec lui-même. Longjaunes son périple peut être rangé parmi Le chant de la piste ouverte d'un Whitman ou bien La Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars. Howard McCord dit lui-même qu' « écrire un poème c'est crier, et que crier c'est rêver de quelqu'un qui écoute ».

  • Plan à vol de corbeau

    Yi Sang

    Vingt ans après ce qui fut la première traduction française de cet ouvrage (paru en 1999 à la très confidentielle et éphémère maison d'édition Public Underground sous le titre Topographie à vol de corbeau), Cori Shim & Jean-Yves Darsouze, qui en étaient les traducteurs, ont décidé de reprendre leur traduction d'alors, dont la revue La Barque avait entre temps repris un extrait dans son n°3 (Sept.-Déc.
    2006) puis un autre comprenant déjà des modifications dans son n° 6/7 (Hiver 2008-2009). C'est cette nouvelle traduction intégrale et augmentée du chef-d'oeuvre poétique de Yi Sang, Plan à vol de corbeau (Ogambo, précédemment traduit par Topographie à vol de corbeau, le titre étant toujours en discussion), que nous vous proposons dans ce présent ouvrage, lequel comprend des poèmes publiés entre 1931 et 1956, soit presque 10 ans après sa mort au Japon en 1937 pour ces derniers.
    Né en 1910 à Séoul, année de l'annexion japonaise, toute sa vie durant, Yi Sang eut à subir l'occupation. Contraint de parler et d'écrire dans la langue japonaise imposée devenue officielle, il sut se l'approprier et la détourner ; ainsi dans ses poèmes alterne-t-il l'usage des deux alphabets (japonais et coréen), non sans convoquer au passage le français ou l'anglais directement ou transcrits.
    Diplômé d'architecture en 1929, cette influence est, parmi celle notamment des mathématiques (présence de chiffres, de séries, d'équations, mais aussi de lignes...), notoire dans certains de ses poèmes, comme bien sûr dans le titre même de cet ouvrage (« Plan ...»).
    Membre du groupe artistique Le Cercle des neuf qu'il intégra en 1934, Yi Sang, qui fut également peintre, publia dans le Journal éponyme de ce même groupe (Pierres tombales en papier et État critique y parurent notamment en 1936).
    Poète incontournable qualifié de « Rimbaud coréen », de nombreuses études et éditions nouvelles lui ont été consacrées, et un prix littéraire créé en 1977 porte son nom.

  • De la poésie

    Ossip Mandelstam

    Initialement paru en 1928, ce présent recueil d'Ossip Mandelstam réunit une série d'essais parus en revue, écrits entre 1910 et 1923. Ils sont, comme l'indique Mandelstam, liés par une même pensée... ajoutons : de la poésie. À leur parution, ces textes avaient subi l'influence de la censure, le premier jet a été ici rétabli.

  • Le cristal

    Conrad Aiken

    Extrait de son livre Sheepfold Hill, sous-titré Fifteen Poems by Conrad Aiken, « Le Cristal » (1958) est un long poème magistral dans lequel Aiken déploie tout son art.
    C'est un poème de maturité, fraternel, en dialogue avec l'illustre Pythagore de Samos (vie siècle av. J.-C.), où l'âge du poète alors âgé de 69 ans à sa parution transparaît dans ses questionnements.
    Aiken y évoque des moments de la vie du grand philosophe, homme d'état, et mathématicien à qui il s'adresse - fait retenu : Pythagore fut, terme d'actualité, un migrant ( Pythagore quitta en effet Samos à l'âge de 18 ans et n'y revint que vers l'âge de cinquante ans).
    Comme Aiken le précise en fin d'ouvrage, dans une note présente en ces pages, il avait en tête depuis longtemps d'écrire ce poème, la découverte d'articles parus successivement aux mois d'août et septembre 1956 a contribué à son aboutissement.
    Chapitré, d'une ampleur certaine, ce poème est à lui seul « un livre »...

    Ajouter au panier
    En stock
  • Il pleut sur le déluge

    Tonino Guerra

    On ose à peine présenter Tonino Guerra, poète, avant tout poète, dramaturge, artiste, et bien sûr scénariste de F. Fellini, de M. Antonioni, ainsi que de T. Angelopoulos, de De Sica, de De Santis, des frères Taviani, de F. Rosi, sans oublier d'A. Tarkoski qu'il accueillit en Italie et avec lequel il collabora à son film Nostalghia (1983)...
    Paru en Italie en 1997, alors que Tonino Guerra était âgé de 77 ans, Il pleut sur le déluge se présente comme un Journal tenu à l'écart, en Émile-Romagne, durant les douze mois d'une année. Véritable calendrier de l'âme, ce livre paru en est écrit au fil des sensations cueillies au passage des saisons, empli d'épiphanies et de visions tissées dans les souvenirs. Çà et là, des poèmes en dialecte romagnol surgissent, concentrés d'impressions et d'échos d'une vie paysanne.
    On trouvera en ces pages des portraits d'artistes russes et italiens dessinés avec une grande humanité, des excursions dans de petits villages romagnols... un voyage intérieur merveilleux et touchant, sans réelle frontière entre passé et présent, rêve et réalité.
    Roberto Roversi, poète et critique italien, le qualifie à juste titre de livre de méditations et de chant. «Il appartient à ce genre de livre auxquels - après les avoir lus - on doit dire merci.» Précisons que ce livre comporte des dessins de l'auteur.

  • Le grand cercle

    Conrad Aiken

    Le Grand cercle (1933), troisième roman traduit à ce jour sur les cinq que Conrad Aiken écrivit, s'impose par une narration originale : quatre grands chapitres se développent comme les mouvements d'une symphonie, avec chacun sa spécificité, son rythme et son ton.
    Andrew Cather, le Borgne, apprend par l'entremise d'un ami la trahison de sa femme Bertha, qui le trompe avec son meilleur ami. Il rentre chez lui trois jours avant le jour prévu... Passé ce point de départ, le deuxième chapitre, entièrement entre parenthèses, nous emmène un été au bord de la mer, il est écrit dans une langue plus apaisée et ample où se déploie l'univers de l'enfance si cher à l'auteur (cf. Étrange clair de lune, Neige silencieuse, neige secrète). Le troisième chapitre se présente comme une vaste séance de psychanalyse, fort arrosée, mise en scène de la mauvaise foi d'Andrew, de ses nombreuses frasques, de ses refoulements. Au quatrième chapitre, qui commence par un long passage en italique (comme remontée à la conscience), le « héros sort d'un monde fermé et égoïstement adolescent [...] - il apprend, comme résultat de sa trahison, à accepter le réel » (lettre à M. Perkins, 20 janv. 1933). Résolution ambiguë de l'ouvrage : la réconciliation avec Bertha est suspendue.
    Ce livre, porté par une conscience malheureuse impitoyable et un sens aigu de la tragi-comédie de la condition humaine, déploie une grande variété de tons et de registres de langue, son univers s'inspire des grands classiques (Melville, Poe, Shakespeare, Dante, Milton, Michel-Ange) comme des genres populaires (Krazy Kat et Félix le Chat), ainsi que de la psychanalyse.
    Chaos et désordre toujours sous contrôle, cet univers romanesque ne craint pas les outrances et, on l'a compris, les ruptures de ton - tragique, pathétique, mélodrame, humour et auto-dérision - et de temps ; s'y côtoient réalisme et fantastique, envolées débridées, délires cauchemardesques, délicatesse poétique, richesse métaphorique et crudité du langage.

  • Dans un souci d'accueil d'horizons variés, un double numéro composé... comportant lorsque nécessaire de courtes présentations situant les auteurs ou les textes.
    Côté traductions : Brodsky ici dans ce long poème prodigieux, Vingt sonnets pour Marie Stuart, dans la traduction de Christian Mouze ; Stevens avec cet autre long souffle, énigmatique et fluide, Les Aurores en automne dans la traduction de Nicolas Vatimbella ;
    De l'italien, des poèmes d'Ernesto Calzavara (trad. Philippe Di Meo) et deux proses de Mariangela Guatteri (trad. Benoît Gréan) ; du russe encore, avec une place plus ample donnée à Arkadi Dragomochtchenko (poète important de la scène contemporaine russe, mort en 2012, déjà présent dans le premier numéro), puis un poème de Daniil Kharms et un de Marina Tsvetaeva ; de l'anglais (américain) encore avec un poème de Robinson Jeffers ; et de l'allemand des poèmes de Jakob Van Hoddis, de l'afrikaans avec Ingrid Jonker que l'on retrouve ici avec une prose. Soit une dizaine de traducteurs.
    Là, le théâtre approché : Dominique Grandmont (après deux poèmes des plus récents), dans une rencontre fortuite avec l'homme de théâtre Antoine Vitez, toujours dans la justesse de sa pensée et de son témoignage ; Wallace Stevens...
    Là, l'expérience du regard avec Arkadi Dragomochtchenko (à travers la photographie notamment en ce poème situé en fin de numéro), Mariangela Guatteri, voix contemporaine venue d'Italie ouvrant le numéro, avec un extrait de son projet Casino Conolly, construit autour de l'hôpital psychiatrique, et le clôturant avec un texte où précisément le regard va chercher son extrémité, ou bien Alexis Audren, lequel approfondit le regard jusqu'à constituer « bariolages et bigarrures », sans oublier les proses de Jacques Sicard provenant de la vision des films...
    Prières de Kharms et de Tsvetaeva... Échos : Claire Norrois (autre jeune découverte dans ce numéro avec Alexis Audren), avec un texte impulsé par les Divagations de Mallarmé, d'une langue surprenante (il s'agit de son premier texte à paraître) ; Dominique Maurizi, elle, partant d'Alejandra Pizarnik...
    Guerre aussi, ici ou là omniprésente : Jakob Van Hoddis, figure majeure de la poésie de langue allemande dite « expressionniste »...
    De cet ensemble ici livré, n'oublions pas la suite de poèmes de Karine Marcelle Arneodo (par ailleurs traductrice du japonais), les « célébrations » de Christophe Manon, les « éclats » comme des instantanés du quatre mains de Bruno Grégoire & Anne Segal...

  • Poèmes 1945-1955

    Ayukawa Nobuo

    Poésies 1945-1955 est un livre qui fit date dans l'histoire de la poésie contemporaine au Japon. Si l'évocation de la mort comme moyen de subversion et d'opposition au conformisme social de la société japonaise constitue la charpente de ce recueil, il n'en demeure pas moins que le poète y témoigne d'une ampleur de la sensibilité tout à fait surprenante dans la diversité des tons et modulations qui nourrissent les différentes poésies de ce livre. Poète de l'éthos, Ayukawa Nobuo est aussi un grand poète lyrique d'une intensité surprenante que l'âpreté de l'Histoire n'aura su totalement contrarier.

  • Après « Neige silencieuse, neige secrète » (1933) parue en mai 2014, La Barque publie avec ce livre deux proses de Conrad Aiken (1889-1973). L'une de 1925, dans la lignée de « Neige silencieuse, neige secrète » : « Étrange Clair de lune » ; l'autre de 1927 : « État d'esprit », quelque peu différente et où en quelques pages l'auteur américain nous subjugue par son art du mine de rien. Deux joyaux, d'une grande délicatesse et intelligence.

  • Ce livre réunit pour la première fois le Voyage en Arménie (lui-même constitué de huit textes - huit tels les octaèdres des monastères d'Arménie) et les « Poèmes d'Arménie », comprenant ici le poème « du retour » où Mandelstam, lucide, sait la fin approcher, avec l'ascension du « Montagnard du Kremlin », alias Chapouk in « Alaguez », texte par lequel se termine précisément le Voyage. L'Arménie dont il rêvait, ultime sursis qui aura duré de printemps à automne 1930, est un grand souffle ô combien partagé. C'est l'amitié des hommes ; le jeu des enfants ; « un morceau de calcaire poreux, tenant sa forme de quelque boîte crânienne » respectueusement enveloppé dans un mouchoir ; c'est « le culte rendu par les nuages à l'Ararat » ; c'est l'art et la science ou « la vie savante et la vie de gagne-pain de tous les jours » réunis ; c'est la découverte d'une langue aux sonorités interdites - c'est la vie du poème à nouveau possible.

  • Ce livre en tête-bêche réunit deux pièces de Tarjei Vesaas : Ultimatum & Pluie dans les cheveux.
    Le théâtre de Tarjei Vesaas est demeuré jusqu'à ce jour inconnu en France et reste peu connu dans le pays d'origine de son auteur, la Norvège. Pourtant Tarjei Vesaas était attaché à cette forme où le dialogue soutient seul ou presque l'édifice de la narration.
    Ultimatum, ici dans sa version de 1963, fut d'abord écrite en 1932, alors que Tarjei Vesaas se trouvait à Strasbourg. Il s'agit d'une pièce éminemment politique (lucide, Vesaas savait ce qui alors naissait en Allemagne) où de jeunes gens sont suspendus à l'ultimatum d'une déclaration de guerre. Cette pièce de Tarjei Vesaas est inédite en français, ainsi que dans cette seconde version en Norvège.
    Il en de même de Pluie dans les cheveux, quant à elle de 1958, l'une et l'autre pièces paraissant donc pour la toute première fois (une première mondiale pourrait-on dire). Pluie dans les cheveux raconte la naissance de l'amour et du désir chez de jeunes adolescents. Ces deux pièces s'opposent par leur thème, Ultimatum s'imposant comme le coup d'arrêt porté à l'amour naissant de Pluie dans les cheveux (Ce basculement, ce renversement dans le cours de l'histoire, justifie le tête-bêche du livre.) Oeuvre traduite du nynorsk (néo-norvégien) par Marina Heide, Guri Vesaas et Olivier Gallon.

  • Ultime anthologie

    Idea VilariNO

    L'ouvrage en traduction française réunit des poèmes choisis par Idea Vilariño elle-même. En 2003, l'éditrice, femme de lettres et critique littéraire Inés Larre Borges, directrice des éditions Cal y Canto (Montevideo), propose à Idea Vilariño de sélectionner les textes qui lui sont les plus chers afin de constituer une petite anthologie. Ultima antologia paraîtra en 2004. Il s'agit principalement de poèmes d'amour la plupart implicitement dédiés à Juan Carlos Onetti... Mais Idea n'écrit pas que des poèmes d'amour. Depuis toujours engagée contre les injustices et les terribles abus infligés aux peuples d'Amérique latine, elle sait hurler, de désespoir et parfois d'espérance. Elle évoque le Nicaragua, Cuba et la Baie des Cochons, le Vietnam, le Guatemala : oppression et résistance dans la grande et la petite histoire des hommes qui... finira mal, qui finira... mais où demeurera, sans doute, la seule parole poétique. L'écologie la concerne très tôt (Cielo, Cielo date de 1947) : les horreurs faites à la planète et aux hommes où la torture physique ou mentale égale la contamination des eaux, du lait, du pain, des fruits, éléments vitaux. Idea le sait, nous fréquentons toujours le bord des destructions. D'où cette alternance constante chez elle de mélancolie et d'indignation, cette juxtaposition de cris, de prières, d'injures et de mots d'ordre.

  • Ce livre est une traversée dans les poèmes de Sergueï Essénine (1895-1925), des premiers au tout dernier. Il couvre une période qui va de 1910 à 1925, annee de la mort de ce poète  « venu des champs », dans la nuit du 27 au 28 décembre.

empty