Eclat

  • Une introduction à la philosophie doit être philosophique.
    Elle peut aussi renouveler le genre. thomas nagel pense qu'il n'y a pas de meilleure façon d'apprendre quelque chose de la philosophie que de privilégier les questions : " avant d'apprendre un tas de théories philosophiques, il vaut mieux, dit-il, avoir été intrigué par les questions auxquelles ces théories essayent de trouver une réponse ". de la connaissance du monde hors de nos esprits à la question du sens de la vie, il examine, à ce titre, neuf problèmes, dans le légitime souci de les laisser ouverts, mais sans se refuser de dire ce qu'il en pense.
    Avec une remarquable économie de moyens, thomas nagel montre ici que l'obscurité présumée qui entoure les " problèmes philosophiques " peut aisément se résorber dans la clarté d'une présentation dont la rigueur et la concision se marient ici à l'originalité.

  • Qu'est-ce que la haine ? Est-elle " irrationnelle " ? Peut-elle être bonne ? Et peut-on en parler sans céder à l'inévitable pathos que semble appeler ce genre de sujet ? Face aux questions que pose la haine, les exemples se bousculent pour attester ce qu'il y a de haïssable, tantôt dans la haine elle-même, tantôt dans ce que nous n'aimons pas, comme si la nature de nos haines, leur objet, n'en commandait pas seulement les causes, mais aussi les raisons ou l'absence de raisons.
    Au risque d'entériner le paradoxe que la haine est à elle-même, Ruwen Ogien montre ici que la haine est une "relation" qui possède sa "logique" et que " si la haine est répugnante, ce n'est pas parce qu'elle est irrationnelle ", mais parce qu'elle est intrinsèquement mauvaise.

  • Robert Musil (1880-1942) a fait, sur le calcul des probabilités et les applications à la fois prometteuses et hasardeuses que l'on était tenté depuis longtemps d'en faire à l'étude des phénomènes moraux, sociaux et politiques, des lectures détaillées et approfondies dont on trouve des traces nombreuses et importantes dans L'Homme sans qualités.
    Le triomphe du mode de pensée statistique et l'avènement de ce qu'on pourrait appeler " l'homme statistique ", qui tendent à rendre les individus, les idées et les événements presque complètement interchangeables et à peu près indifférents pour ce qui est du résultat global que l'on peut escompter, constituent un aspect essentiel de la difficulté qu'éprouve l'homme d'aujourd'hui à se percevoir encore comme une personne privée et de la crise que traverse l'individualisme de type traditionnel, dont Musil pense que la phase héroïque est en train de s'achever.
    Il n'est pas exagéré de dire que le possible et le probable constituent les deux notions centrales autour desquelles Musil a ordonné sa philosophie du devenir de l'humanité et sa conception de l'histoire. La tâche de l'écrivain et de l'artiste, tels qu'il les conçoit, est de faire surgir de nouvelles possibilités ; mais ils doivent savoir en même temps que ce qui se réalise est finalement toujours le plus probable, ce qui explique l'impression que donne l'histoire de se répéter toujours de la même façon et de suivre un chemin qui ne mène à aucune destination et ne correspond à aucun progrès qui nous en rapproche de façon perceptible.
    Puisque l'histoire humaine n'est pas, selon Musil, celle du génie, mais celle de l'homme moyen, la question qui se pose à l'écrivain est de savoir comment il peut espérer se faire comprendre de la moyenne et transformer la fatalité apparente que représentent le retour inévitable du système qu'il s'efforce de transformer à un état moyen et le rétablissement assuré du règne de la moyenne en une chance authentique pour l'humanité.

  • De Gottlob Frege aux premières recherches en Intelligence Artificielle, la philosophie du langage au vingtième siècle, frayant sa voie entre la linguistique et la logique, s'est toujours essayé à une domestication de la langue naturelle avec plus ou moins de bonheur, et a voulu quelquefois lui substituer un langage symbolique qui la libérerait de ses " pièges " et de ses " tromperies ".
    Comment philosopher sur le langage avec le seul langage ? Comment déterminer la signification d'un énoncé, avant même de déterminer la signification du mot " signification " ? Autant d'interrogations qui sont au coeur de cette discipline philosophique complexe, qui a connu un essor remarquable au cours de ce siècle, et dont ce livre retrace les étapes essentielles, constituées par les oeuvres de Frege, Carnap, Wittgenstein, Austin et plus récemment J.
    Searle, H. Putnam ou D. Davidson.

  • dans ce livre, françois recanati fait revivre un débat oublié et montre sa pertinence pour les recherches contemporaines en linguistique et en philosophie du langage.
    les phrases du langage possèdent-elles un contenu sémantique déterminé, fixé par les conventions linguistiques, ou bien ne possèdent-elles qu'un potentiel de sens que le contexte doit actualiser et moduler ? entre littéralisme et contextualisme, recanati brosse un tableau complet des recherches sur l'interface sémantique/pragmatique et l'interaction entre signification linguistique et contexte, tout en défendant ses propres positions dans le débat en cours.
    le sens littéral a fait l'objet de discussions nourries depuis la parution de la version anglaise en 2004 et le débat qu'il a lancé se poursuit dans les revues philosophiques et linguistiques du monde entier. l'ouvrage a déjà été traduit en espagnol et en japonais.

  • Ce nouveau livre de Richard Shusterman constitue la première exposition systématique de la «soma-esthétique», nouvelle discipline que l'auteur a commencé à développer depuis une dizaine d'années environ. Mais il ne s'agit pas seulement de défendre une philosophie du corps contre une tradition philosophique occidentale qui a pour l'essentiel rejeté et dénigré ce dernier. Il s'agit au contraire de se loger dans le coeur même de ces philosophies qui, au XXe siècle, ont accordé au corps une place centrale, afin d'en scruter les limites et de définir des stratégies nouvelles pour penser et vivre le corps.

  • " De nombreuses questions philosophiques diverses présentent quelque rapport avec la logique.
    Certaines on trait à la philosophie des mathématiques, tandis que d'autres se rapportent à la philosophie du langage ou à la théorie de la connaissance. Dans cet essai, je m'intéresserai au prétendu problème ontologique interne à la philosophie de la logique et des mathématiques ; c'est-à-dire, à la question de savoir si les entités abstraites dont on parle en logique et en mathématiques existent réellement.
    Je me demanderai encore si, dans la logique elle-même, la référence à des entités abstraites est vraiment indispensable. Et j'aborderai par extension la question de savoir si la référence à de telles entités est nécessaire dans les sciences physiques. Mon propos n'est pas de présenter un panorama complet des opinions relatives à ces problèmes, mais d'exposer et de défendre en détail l'une d'entre elles Même si le lecteur n'et pas convaincu par mes arguments, j'espère qu'il trouvera quelque valeur à la présente discussion, ne serait-ce que sil elle contribue à bousculer ses idées reçues et à stimuler d'autres débats.
    ".

  • Y a-t-il une philosophie américaine ? C'est une question provocatrice : Stanley Cavell la pose.
    Il existe certes des textes philosophiques américains, qui nous atteignent dans la mesure du possible : une philosophie américaine qui, fondée sur la logique ou l'analyse du langage, revendique doublement l'héritage de Wittgenstein. Pour Cavell, cet héritage est un malentendu. Toute son oeuvre demande : sommes-nous capables d'hériter l'oeuvre de Wittgenstein, d'entendre ce qu'elle nous dit ? Rien n'est moins sûr, puisque l'Amérique a été incapable d'entendre sa voix philosophique originelle, celle d'Emerson (et de Thoreau), que Cavell veut réhabiliter, et qui annonce le véritable propos de la philosophie de Wittgenstein.

  • Goodbye, Kant !

    Maurizio Ferraris

    Good Bye Kant ! veut être une entreprise de ravalement de l'édifice kantien, deux cents ans après la mort du philosophe de Könisberg. Le débarrasser de sa « rouille » et de ses apories pour le rendre au XXIe siècle sous une forme qui en restituera toute l'actualité. L'auteur suit la partition de la Critique de la raison pure, pour en montrer le déséquilibre et les sources « cachées ». Il en analyse ensuite les « erreurs » et propose ses « corrections ». Le titre, inspiré du film de Wolfgang Becker Good Bye Lenin !, confirme bien qu'il ne s'agit pas d'une entreprise de destruction, mais de reconstruction bienveillante, comme le précise Pascal Engel dans la préface à l'édition française de ce livre impertinent et juste, qui a connu un grand succès en Italie.

  • À l'heure où l'on s'apprête à célébrer le centenaire de la naissance d'Emmanuel Levinas, l'essai de Raphaël Lellouche se veut une présentation et une mise au point philosophiques sur un philosophe juif qui, aujourd'hui, prend une place de plus en plus importante auprès du grand public. L'oeuvre de Levinas joue en effet désormais le rôle d'une «référence» centrale dans la vie intellectuelle. Or cette philosophie est problématique. La logique de son parcours est ici reconstituée dans ses ambiguïtés et ses limites, notamment par rapport à ceux qui, par delà Edmund Husserl, sont ses véritables inspirateurs: Martin Heidegger et Martin Buber. Dans la lignée des travaux de Dominique Janicaud (Le Tournant théologique de la phénoménologie française), l'essai de Raphaël Lellouche se veut une contribution salutaire à une lecture de Levinas qui ne soit pas seulement hagiographique.

  • Les recherches phénoménologiques d'expression Française manifestent actuellement un véritable foisonnement qui doit encourager l'interprète à s'interroger sur les raisons et les limites de cette vitalité.
    Tel est, en premier lieu L'objet de cet essai qui commence par dresser un bilan du débat suscité par la question de savoir si la phénoménologie française a été le théâtre d'un " tournant théologique ". Plutôt que de raviver la polémique à ce propos, on tente ensuite d'élargir et d'approfondir une réflexion critique sur la méthode en phénoménologie. D'où quelques perplexités : comment faire bon usage de " l'athéisme méthodologique " ? comment éviter les avatars et les surenchères d'une restauration de la " philosophie première " ? Comment articuler ou désarticuler phénoménologie et herméneutique ? Le dernier chapitre, en forme de manifeste " pour une phénoménologie minimaliste ", dégage les conditons d'une approche renouvelée des proximités de prime abord inaccesibles qui font la richesse de notre être-au-monde.
    Eclatée, la phénoménologie dispose encore de cette chance.

  • Que wittgenstein ait été un admirateur de freud n'est pas surprenant, puisque freud possédait au plus haut point une qualité que wittgenstein considérait comme fondamentale en philosophie, à savoir l'aptitude à proposer des analogies nouvelles et éclairantes pour la compréhension de faits qui sont à la fois familiers et énigmatiques.
    Ce que fait freud consiste pour lui essentiellement à proposer d'excellentes comparaisons, comme par exemple la comparaison d'un rêve et d'un rébus. mais les mérites de freud ne vont pas au-delà de ce qu'on peut exprimer en disant qu'il nous fournit une " représentation des faits " dont personne n'avait eu l'idée avant lui et qui est, en tout état de cause, extrêmement convaincante. ce que wittgenstein n'accepte pas est l'aspect proprement explicatif de la théorie, c'est-à-dire, en fin de compte l'inconscient lui-même.
    Freud a tort de s'exprimer comme s'il avait découvert qu'il y a dans l'esprit humain des haines, des volitions, etc. , " inconsciente ", ce qui est tout à fait trompeur, parce que nous pensons à la différence entre une haine " consciente " et une haine " inconscientes ", comme à celle qui existe entre une chaise " vue " et une chaise " non vue ". freud nous a appris à discerner un but, une intention ou un sens dans des phénomènes qui, comme le rêve ou le lapsus, semblaient à première vue n'en avoir aucun.
    Mais il les a, pour ce faire, simplement placés dans une perspective entièrement différente de celle à laquelle nous étions habitués. il commet, selon wittgenstein, une confusion philosophique caractérisée, lorsqu'il estime avoir mis en évidence l'existence d'une activité psychique inconsciente qui constitue la cause supposée des phénomènes en question.

  • Poursuivant sa tâche d'une constitution d'Emerson au rang de philosophe, annoncée dans Une nouvelle Amérique encore inapprochable - qui allait à rebours de Wittgenstein à Emerson -, Stanley Cavell aborde la question politique et la position d'Emerson par rapport à l'esclavage.
    Partant des récentes polémiques sur Heidegger et le nazisme, Cavell suit le fil d'un labyrinthe qui, de Heidegger, remonte jusqu'à Emerson en passant par Nietzsche, grand lecteur du sage de Concord. De philosophie en politique, de constitution en amendements, le mouvement de la pensée de Cavell, en volutes et vertiges, nous conduit au seuil de la seule véritable question : " peut-on poser la question : de quoi le génie philosophique s'accommode-t-il ? ".
    L'essai de Stanley Cavell, qui date de 1991, est accompagné d'un dossier comprenant trois écrits d'Emerson "Destin", "Expérience", "La loi sur les esclaves fugitifs", et un texte de Nietzsche "Fatum et Histoire" dans lequel l'héritage émersonien est particulièrement présent.

  • Il n'est pas exagéré de dire que le possible et le probable constituent les deux notions centrales autour desquelles Musil a ordonné sa philosophie du devenir de l'humanité et sa conception de l'histoire, écrit Jacques Bouveresse. L'avènement de cet homme probable ou homme statistique, au coeur du XXe siècle, comme résultat d'une pensée statistique, est un bouleversement sans précédent de la notion d'individu, dont les conséquences sont jusqu'à aujourd'hui perceptibles, jusque dans nos comportements sociaux et politiques. Dans cet ouvrage, Jacques Bouveresse approche au plus près le plus philosophe des grands écrivains du XXe siècle, et analyse cette oeuvre sans équivalents à la lumière d'un vaste corpus philosophique.

  • Développant sa réflexion sur la "fin de l'Histoire", Virno propose une analyse du temps historique appuyée sur les concepts de puissance et acte, couple vénérable s'il en est de la réflexion philosophique.
    Mais la temporalisation de ces deux concepts permet de faire surgir une évidence, bouleversante si on l'étend à différentes sphères et en particulier à celle du travail : ce que les adeptes d'une fin de l'Histoire parviennent à mettre en oeuvre, à travers ce qui n'est que l'effet d'une pathologie de la mémoire, c'est la négation de ce qui sous-tend la puissance. Et l'enquête menée autour du concept de force de travail prend une dimension toute particulière, dès lors qu'elle montre à quel point le déni d'une historicité du temps n'est que l'outil qui permet de faire l'économie de ce qui est porteur de la seule puissance, cible privilégiée de la société capitaliste, à savoir l'individu en tant que corps vivant et producteur de force de travail.
    La magistrale et précise analyse de Virno est sans appel. Elle balaye nombre de méprises et met au jour l'insupportable violence qui sous-tend en particulier la conception heideggérienne de l'historicité ayant ses racines dans la mort.

  • Le doute prend aujourd'hui des formes multiples et menace des domaines aussi variés que l'éthique, la science ou la métaphysique, jusqu'à la moindre de nos certitudes quotidiennes.
    Aux formes contemporaines du traditionnel "défi sceptique" correspondent pourtant différentes réponses philosophiques. Les pragmatistes, par exemple, au premier rang desquels Charles S. Peirce, William James ou plus récemment Hilary Putnam, ont pris toute la mesure de ce défi et proposent des parades originales. A quelles conditions pouvons-nous douter ? Peut-on décider de croire ? Qu'en est-il du vrai ? Percevons-nous le monde extérieur ? Ne vaudrait-il pas mieux "douter du doute"? L'objet de ce livre est d'analyser ces questions, d'en évaluer la portée, et de fournir des armes contre les assauts toujours renouvelés du scepticisme, du domaine de la connaissance à celui de la vie éthique et sociale.

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