Cadex

  • « Cette quête du bonheur par la voie libidineuse est, de toutes les traditions philosophiques, la plus ancienne et la plus assurée.
    » Avec un humour pince-sans-rire, Lydie Salvayre nous entraîne dans une joyeuse farandole de références (Schopenhauer, Sainte Thérèse d' Avila, Oscar Wilde, Rousseau.), et de situations cocasses. Ce Petit traité, par ses clins d'oeil malicieux, nous invite à jouir de la vie, et à vivre en jouissant.

  • Avoir dix-huit ans en 68, loin du Quartier latin, à la frontière pascalienne de l'en-deçà et de l'au-delà, dans une petite ville des Pyrénées.
    L'Histoire n'est pas passée par-là. Dans les huit textes courts qui composent Les Madones du trottoir, l'auteur trace le portrait d'une époque, celle de jeunes gens qui découvrent le plaisir interdit des premières Stuyvesant, carburent à la bière jusqu'à tourner de l'oeil, préfèrent les arrière-salles des bars aux après-midi dansantes fréquentées par les fils de notaires, et trouvent de la joie à s'affronter aux gens de l'ordre

  • Deux frères partent en pleine nuit pour atteindre des gorges où coule une source. Quelque chose de leur enfance y est attaché. Renzo est le plus jeune, fragilisé par le décès de leur père. George a endossé le costume du grand frère protecteur mais ce n'est pas vraiment du sur mesure. Ils font du stop, et continuent à pied, au coeur de gorges qui les rapprocheront l'un de l'autre, de leur destin et de ce père disparu, porteurs ensemble d'un talisman : une fusée de détresse trouvée dans ses affaires. Au fur et à mesure de leur périple, les dialogues nous dévoilent des bribes de leur histoire et les deux frangins y puisent le courage dont ils ont besoin pour ce qu'ils doivent accomplir. La Source est aussi une histoire d'héritage, si l'héritage est une chose intime, un bloc de silence tenu au chaud des rêves... Au final, dans une ultime scène merveilleuse, c'est la grâce qui nous cueille, celle d'avoir touché à ces moments épiphaniques où la vie n'est pas autour de nous, mais jaillit du livre qu'on lit. Et dont on se souviendra longtemps avec le désir d'en partager l'émotion.

  • On est happé (comme une mouche par une plante carnivore !) par cette nouvelle de Christian Garcin, qui excelle à mettre en scène ces moments où la vie bascule dans l'inconnu, où le monde, soudain, est à l'envers. L'écrivain réalise ici un tour de passe-passe, au rythme d'une écriture vive et ingénieuse. Magique !

    Un homme est interpellé dans la rue par une inconnue comme si tous deux étaient de vieux amis. L'étrangère, pleine de sa certitude, l'invite chez elle et commence à déflorer, à coups de questions et d'informations, un plausible passé partagé, avant de lui glisser entre les mains des photographies. L'homme trouvera sur ces clichés de quoi douter... Est-il celui qu'elle a reconnu ? Cette femme qui vit dans un capharnaüm de plantes et de souvenirs est-elle une Circé des temps modernes ? Où se situe la frontière entre le réel et le mensonge ?

  • Un texte court dont on se souvient longtemps, un livre d'images qui se traverse comme un rêve. À la fin - au réveil - on sait ce qu'on a vu sans pouvoir le décrire. Reste la sensation d'avoir approché quelque chose que la réalité n'aurait pas pu révéler ou qu'on n'aurait pas su reconnaître. Un livre rare, présenté dans la collection «Texte au carré» (une couverture entièrement illustrée, une préface, une nouvelle).

    Un train recouvert de glace, le train bleu, apparait chaque soir avant la tombée de la nuit. La mystérieuse machine fantôme ne fait jamais halte ; le train roule à destination de nulle part. D'où peut-il provenir ? Qui le conduit ? Où sont les voyageurs ? L'enfant qui parle peu possède peut-être la réponse. « On dit que les histoires d'autrefois commençaient toutes dans les bois. La mienne s'y terminait. Je redoutais d'y suivre l'enfant. Plus que tout, je redoutais de me retrouver face à mes rêves. » Cette nouvelle, préfacée par Cécile Wajsbrot, évoque l'attente, la mémoire, le rêve. Et le train, métaphore de tous les flux, de tous les déplacements, dont les déportations, soulève la question qui tourmente : quelle immense erreur s'est produite ? Quel désordre irrémédiable ?

  • Sous couvert d'apporter sa contribution à l'exégèse biblique, Pierre Senges part du principe que dans son Arche (aux dimensions limitées), Noé s'est contenté d'offrir l'hospitalité aux seules femelles de toutes les espèces - se chargeant lui-même, par la suite, de la reproduction. De cette expérience hors du commun (il faut dire que c'était pendant le Déluge), Noé a rapporté ces quelques notes : à la fois souvenirs de voyage, élégie amoureuse et manuel pratique. Zoophile contant fleurette peut donc se lire comme le palimpseste d'un texte disparu : celui qui établirait l'art et la manière de copuler avec toutes les espèces animales. Le lecteur trouvera dans ce livre 99 bêtes de toutes les formes et toutes les tailles, épinglées dans un certain ordre. Elles lui procureront un exercice salutaire pour ses zygomatiques, si peu sollicités de nos jours. Notre époque aurait besoin d'une nouvelle arche et d'un nouveau Noé pour sauver du déluge médiatico-médiocre une langue inventive, intelligente et cinglante, une langue procréatrice capable de rendre aux hommes ce qui leur est propre : le rire.

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