Roger Chartier

  • Editer et traduire - mobilite et materialite des textes (xvie-xviiie siecles) Nouv.

    Notre monde devient chaque jour plus global et, pourtant, il n'est pas doté d'une langue universelle. Traduire est donc une nécessité pour que les destins partagés ne soient pas, en fait, des histoires cloisonnées. De là, l'importance des études portant sur la traduction et sur son envers, l'intraduisible. Elles permettent de dissiper les illusions anachroniques qui oublient la très grande inégalité entre les langues qui sont traduites et celles qui traduisent. Shakespeare connaissait Don Quichotte, mais Cervantes ne savait rien du dramaturge anglais. L'histoire des traductions doit s'écrire dans la tension entre l'hospitalité langagière, qui accueille l'autre, et la violence, qui le prive de ses propres mots. Ce livre voué à la première modernité, entre XVIe et XVIIIe siècle, s'attache d'abord aux mots eux-mêmes : ainsi, « sprezzatura » chez Castiglione ou « To be, or not to be » chez Shakespeare. Mais il montre aussi que la traduction ne se limite pas à faire passer un texte d'une langue à une autre. La modification des formes de publication transforme des oeuvres dont la langue reste inchangée. C'est en ce sens que l'édition peut être considérée comme une modalité de traduction et que se trouvent ici associées la matérialité des textes et la mobilité des oeuvres.

  • Les révolutions ont-elles des origines culturelles ? ce livre en forme d'essai, tout en reconnaissant la dynamique propre de l'événement, s'attache à identifier les innovations et les ruptures qui l'ont rendu possible.
    Ce qu'il s'agit, avant tout, de comprendre, est le double paradoxe de la révolution qui connaît le surgissement d'une violence multiple au sein d'une société pourtant largement pacifiée et qui achève un siècle soucieux des plaisirs et des devoirs de l'existence privée par un extraordinaire investissement dans la chose publique.

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  • Tout comme l'histoire, la littérature est attachée à la résurrection des morts. Souffle inspiré de l'épopée, minutie narrative et descriptive du roman historique, ou bien réincarnation des acteurs de l'histoire sur la scène du théâtre - certaines oeuvres de fiction donnent au passé une présence souvent plus forte que celle proposée par les livres des historiens.
    Mais Roger Chartier nous met en garde : lorsqu'il les lit, l'historien ne doit jamais oublier l'historicité de ces oeuvres et leur mode de circulation. Si le XVIIIe siècle fonde la littérature sur l'individualisation de l'écriture, l'originalité des oeuvres et le sacre de l'écrivain, il n'en allait pas du tout de même auparavant : fréquence de l'écriture en collaboration, réemploi d'histoires déjà racontées, lieux communs partagés, formules répétées, ou encore, continuelles révisions et continuations de textes jamais clos.
    C'est dans ce paradigme de l'écriture de fiction que Shakespeare a composé ses pièces et que Cervantès a écrit Don Quichotte, à une époque de faible reconnaissance de l'écrivain comme tel : ses manuscrits ne méritaient pas conservation, ses oeuvres n'étaient pas sa propriété et ses livres, dans leur matérialité (ponctuation, divisions internes, paragraphes, etc. qui en fixaient le sens), étaient d'abord l'oeuvre des correcteurs, des typographes et de l'imprimeur. Lecteur des textes littéraires, l'historien se doit plus que jamais de savoir faire la part entre la main de l'auteur et l'esprit de l'imprimeur.
    Tout comme l'histoire, la littérature est attachée à la résurrection des morts. Souffle inspiré de l'épopée, minutie narrative et descriptive du roman historique, ou bien réincarnation des acteurs de l'histoire sur la scène du théâtre - certaines oeuvres de fiction donnent au passé une présence souvent plus forte que celle proposée par les livres des historiens.
    Mais Roger Chartier nous met en garde : lorsqu'il les lit, l'historien ne doit jamais oublier l'historicité de ces oeuvres et leur mode de circulation. Si le XVIIIe siècle fonde la littérature sur l'individualisation de l'écriture, l'originalité des oeuvres et le sacre de l'écrivain, il n'en allait pas du tout de même auparavant : fréquence de l'écriture en collaboration, réemploi d'histoires déjà racontées, lieux communs partagés, formules répétées, ou encore, continuelles révisions et continuations de textes jamais clos.
    C'est dans ce paradigme de l'écriture de fiction que Shakespeare a composé ses pièces et que Cervantès a écrit Don Quichotte, à une époque de faible reconnaissance de l'écrivain comme tel : ses manuscrits ne méritaient pas conservation, ses oeuvres n'étaient pas sa propriété et ses livres, dans leur matérialité (ponctuation, divisions internes, paragraphes, etc. qui en fixaient le sens), étaient d'abord l'oeuvre des correcteurs, des typographes et de l'imprimeur. Lecteur des textes littéraires, l'historien se doit plus que jamais de savoir faire la part entre la main de l'auteur et l'esprit de l'imprimeur.

  • Pratiques de la lecture

    Roger Chartier

    • Payot
    • 12 Septembre 2003

    La lecture est une pratique culturelle si immédiate qu'elle semble n'avoir jamais été autre chose que ce qu'elle est aujourd'hui.
    N'est-elle pas, en effet, le résultat le plus universellement partagé de l'apprentissage scolaire ? N'implique-t-elle pas toujours une relation intime entre un lecteur solitaire et le livre ou le journal qui est sa lecture ? Tout au plus pouvait-on reconnaître le contraste entre gros liseurs et lecteurs d'occasion, entre lectores professionnels et tous, ceux pour qui la rencontre des textes est simple information ou pur divertissement.
    Les premiers avaient bien du mal à concevoir qu'entre leur lecture de clerc et celle du plus grand nombre, il existait d'autres différences que celles-ci : lire peu ou beaucoup, vite ou lentement. Questionner cette représentation commune, tel est le dessein de ce livre proposé par neuf lecteurs soucieux de situer leur propre attitude dans l'histoire des pratiques du lire.

  • Alors que les historiens sont amenés à une remise en cause radicale de leurs certitudes, les uns trouvent refuge dans un retour à l'érudition et à l'archive, les autres sont tentés de renoncer à la dimension de connaissance inscrite au coeur de leur discipline. Entre science et fiction, l'histoire chemine « au bord de la falaise ». Selon quels critères peut-elle être tenue pour une reconstruction valide de la réalité passée, sachant que le respect des règles traditionnelles n'est plus une garantie suffisante ? Convaincu que la fameuse « crise » de l'histoire constitue non pas une impasse, mais un appel pressant à la refondation, Roger Chartier éclaire, dans un dialogue constant avec les autres sciences humaines, et par sa relecture des oeuvres de Michel de Certeau, Michel Foucault ou Louis Marin, l'intention de vérité qui traverse le propos des historiens.
    Publié pour la première fois en 1998, cet essai a marqué une étape importante dans la réflexion historiographique. Il est prolongé, dans cette nouvelle édition, par un long chapitre qui fait le point, dix ans après : le diagnostic de Roger Chartier n'est plus le même, et les défis que doit relever l'histoire sont autres.

  • Historien, Roger Chartier est né en 1945. Il est spécialiste de l'histoire du livre, de l'édition et de la lecture. Depuis 2006, il est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « Ecrits et cultures dans l'Europe moderne ». Il anime également l'émission Les Lundis de l'Histoire sur France Culture.

  • Quelle relation y a-t-il entre la création littéraire et les procédés permettant la réalisation matérielle des oeuvres ? À travers une série d'exemples empruntés à la littérature mondiale, de Cervantès à Diderot, Roger Chartier montre comment la matérialité du processus d'écriture ou de publication à une époque donnée fait souvent retour dans les oeuvres elles-mêmes : Don Quichotte visite une imprimerie ; Cyrano de Bergerac, dans les États et empires de la Lune et du Soleil, met en scène le récit de sa propre publication manuscrite, etc. S'emparant des objets ou des pratiques propres à la culture écrite de leur temps, les auteurs de ces oeuvres y ont puisé des ressourc es esthétiques procédés poétiques, ressorts dramatiques ou inventions narratives.

  • Dans la France d'entre XVIe et XVIIIe siècle, les normes et les pratiques culturelles changent en profondeur. L'oeuvre de christianisation des pensées et des conduites, la diffusion de nouvelles règles de comportement, d'abord élaborées à la Cour, puis imposées à l'entière société, le déplacement des frontières et contrastes culturels transforment les manières de vivre et de mourir, les façons d'être en société. L'imprimé, en toutes ses formes, tient une place centrale dans cette mutation, parce qu'il propose à des lecteurs plus nombreux des modèles inédits, parce qu'il s'inscrit au coeur de rituels et d'apprentissages qui longtemps n'étaient que gestes et paroles, parce qu'il permet des usages multiples et des appropriations plurielles. C'est son rôle que ce livre examine, en portant attention à certains genres essentiels (les traités de civilité, les préparations à la mort, les livres des Bibliothèques bleues) et en tentant de nouer deux histoires : celle des manières de lire et celle des objets lus.

  • Après Gutenberg, toute la culture d'Occident se trouve transformée par la possibilité de reproduire l'écrit plus vite et moins cher. De là, un changement d'échelle dans la circulation des textes, présents dans l'intimité comme sur la place publique, maniés pour la foi ou le plaisir, le savoir ou le pouvoir. De là, également, des pratiques inédites, des habitudes neuves qui constituent une véritable " culture de l'imprimé ". Elle est au coeur de ce livre qui s'attache aux plus humbles des produits des presses (du placard au livret), aux plus répandus des genres typographiques (la vie de saint, le livre d'heures, l'occasionnel, le livre bleu), aux plus communes des lectures.

    Inscrits dans le rituel religieux, supports de la polémique politique ou de l'exhibition du pouvoir, porteurs d'histoires édifiantes ou terrifiantes, ces objets imprimés, où l'image souvent accompagne le texte, dont la lecture souvent est faite à haute voix, habitent durablement la culture du plus grand nombre. C'est leurs emplois multiples, entre le temps des incunables et celui du journal quotidien, que cet ouvrage tente de comprendre.

  • In Early Modern Europe the first readers of a book were not those who bought it. They were the scribes who copied the author's or translator's manuscript, the censors who licensed it, the publisher who decided to put this title in his catalogue, the copy editor who prepared the text for the press, divided it and added punctuation, the typesetters who composed the pages of the book, and the proof reader who corrected them. The author's hand cannot be separated from the printers' mind.
    This book is devoted to the process of publication of the works that framed their readers' representations of the past or of the world. Linking cultural history, textual criticism and bibliographical studies, dealing with canonical works - like Cervantes' Don Quixote or Shakespeare's plays - as well as lesser known texts, Roger Chartier identifies the fundamental discontinuities that transformed the circulation of the written word between the invention of printing and the definition, three centuries later, of what we call 'literature'.

  • How should we read a text that does not exist, or present a play the manuscript of which is lost and the identity of whose author cannot be established for certain? Such is the enigma posed by Cardenio - a play performed in England for the first time in 1612 or 1613 and attributed forty years later to Shakespeare (and Fletcher). Its plot is that of a `novella' inserted into Don Quixote, a work that circulated throughout the major countries of Europe, where it was translated and adapted for the theatre. In England, Cervantes' novel was known and cited even before it was translated in 1612 and had inspired Cardenio. But there is more at stake in this enigma. This was a time when, thanks mainly to the invention of the printing press, there was a proliferation of discourses. There was often a reaction when it was feared that this proliferation would become excessive, and many writings were weeded out. Not all were destined to survive, in particular plays for the theatre, which, in many cases, were never published. This genre, situated at the bottom of the literary hierarchy, was well suited to the existence of ephemeral works. However, if an author became famous, the desire for an archive of his works prompted the invention of textual relics, the restoration of remainders ruined by the passing of time or, in order to fill in the gaps, in some cases, even the fabrication of forgeries. Such was the fate of Cardenio in the eighteenth century. Retracing the history of this play therefore leads one to wonder about the status, in the past, of works today judged to be canonical. In this book the reader will rediscover the malleability of texts, transformed as they were by translations and adaptations, their migrations from one genre to another, and their changing meanings constructed by their various publics. Thanks to Roger Chartier's forensic skills, fresh light is cast upon the mystery of a play lacking a text but not an author.

  • Découvrir les processus en oeuvre dans l'histoire du livre et, plus largement, dans les pratiques de l'écrit, repérer comment et pourquoi ils se transforment, telle est la tâche que s'est fixée Roger Chartier à travers des enquêtes qui ont renouvelé l'approche historique des pratiques culturelles.
    Roger Chartier, directeur d'études à l'EHESS, met en lumière les discontinuités d'un « ordre des livres » dans lequel est pris « l'ordre du discours » analysé par Michel Foucault : l'invention de l'auteur, les transformations matérielles qui gouvernent les transmissions des textes et des savoirs, les multiples scènes sur lesquelles jouent les protecteurs princiers, les auteurs, les éditeurs-libraires, mais aussi les lecteurs. Loin d'être un océan sans rivages, le monde de l'écrit a des bornes, des règles, des territoires, des techniques, qui changent au rythme des sociétés.
    Aujourd'hui, les mutations qui bouleversent l'univers de l'écrit obéissent à des lois souvent indéchiffrables. En conduisant son lecteur à voyager sur cinq siècles, Roger Chartier permet de prendre une distance salutaire avec les débats actuels. Sa vision sans nostalgie ni utopisme plaide pour une histoire capable de mettre en perspective les transformations du présent dans l'ordre des livres et d'échapper aux limites purement sociologiques ou purement formelles des oeuvres.

  • Le XIXe siècle est un temps décisif pour la correspondance en raison des progrès de l'alphabétisation et du désenclavement économique et social qui multiplie les circonstances où écrire une lettre est une obligation. Ce livre se veut donc exploration d'une pratique qui devient ordinaire, l'écriture d'une lettre, et qui institue une manière nouvelle de penser et vivre le lien social.

    Pour la comprendre, notre démarche propose plusieurs étapes. La première vise à mesurer et à expliquer, grâce à l'immense enquête menée en 1647 par l'Administration des Postes, les inégalités de la pratique épistolaire. Puis vient, conduite dans la longue durée, à partir du Moyen Age, l'étude de l'invention et de l'imposition de la norme épistolaire et celle des secrétaires, présents dans la librairie de colportage au XVIIe et XVIIIe siècle, édités en masse au XIXe siècle. Après avoir analysé les représentations de la lettre, écrite ou reçue, dans les récits de vie "populaires" du XIXe siècle, le livre s'achève avec l'étude de trois ensembles de lettres, illustrant des situations très contrastées; la correspondance intime, secrète, féminine; la lettre adressée au journal _ en l'occurrence celui des employés de la Poste _; le tout-venant du courrier tel que le révèle l'échantillon des lettres conservées pour leur marque ou leur timbre au Musée de la Poste à Paris.

    Des mesures aux modèles, des représentations aux traces, tel est le cheminement de cette enquête qui espère éclaire l'entrée en écriture de toute une société.

    Les auteurs: Alain BOUREAU, directeur d'études à l'EHESS; Roger CHARTIER, directeur d'études à l'EHESS; Cécile DAUPHIN, ingénieur d'études au CNRS; Jean HEBRAND, chargé de recherche au Service d'histoire de l'éducation, INRP/CNRS; Pierrette LEBRUN-PEZERAT, chef de travaux à l'EHESS; Anne MARTIN-FUGIER; Danièle POUBLAN, ingénieur d'études à l'EHESS.

  • Ces études portent sur la transformation, par sa traduction, de l'Arte de prudencia de Gracián, sur l'appropriation inventive par Lope de Vega de la chronique d'une révolte et sur les interventions multiples qui font qu'un texte devient un livre.

  • L'acte d'écrire n'est pas simple et il a évolué, du volumen au codex, de l'imprimerie au numérique. On n'a pas toujours lu de la même manière un texte ou plusieurs, un manuscrit ou un livre, rapidement ou attentivement, à voix haute ou en silence, seul ou en public, pour s'instruire ou se distraire...
    C'est une sorte de parcours historique des méthodes de lecture et des habitudes de lecteurs que propose ce livre, dans des lieux ou à des moments exemplaires, depuis l'Antiquité grecque.

    Avec les contributions de Robert Bonfil, Guglielmo Cavallo, Roger Chartier, Jean-François Gilmont, Anthony Grafton, Jacqueline Hamesse, Dominique Julia, Martyn Lyons, Malcolm Parkes, Armando Petrucci, Paul Saenger, Jesper Svenbro et Reinhard Wittmann.

    Traduit de l'anglais et de l'italien par Jean-Pierre Bardos. Traduit de l'allemand par Marie-Claude Auger.

  • Roger Chartier : Il me semble que ton projet est de donner des outils permettant de démonter les mécanismes de domination qui fonctionnent sous les espèces de la division naturelle, normale, ancestrale.
    Ce qui, je crois, est assez contraire à une image très stéréotypée de ce travail, qui est pensé comme montrant des contraintes broyant les individus et ne leur donnant aucune place. Pierre Bourdieu : Si je voulais répondre en une phrase à ce que tu viens de dire, je dirais que nous naissons déterminés et nous avons une petite chance de finir libres. Nous naissons dans l'impensé et nous avons une toute petite chance de devenir des sujets.
    Ce que je reproche à ceux qui invoquent à tout va la liberté, le sujet, la personne, etc., c'est d'enfermer les agents sociaux dans l'illusion de la liberté, qui est une des voies à travers lesquelles s'exerce le déterminisme. C'est à condition de s'approprier les instruments de pensée, et aussi les objets de pensée que l'on reçoit, que l'on peut devenir un petit peu le sujet de ses pensées; à condition, entre autres choses, de se réapproprier la connaissance des déterminismes.

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