Hélène Cixous

  • Dans le plus beau et le plus riche quartier d'Osnabrück, en Basse-Saxe, au centre-ville, rue de la Vieille-Synagogue, il y a un espace rasé entre deux élégantes demeures, on passe devant sans les voir. Les Ruines. C'est ici. La réserve de la mémoire et de l'oubli déposée derrière des grillages. Sur le grillage à hauteur de nos yeux quatre panneaux de cuivre poli font le même récit chiffré daté du 9 novembre 1938, panneaux étincelants, tablettes d'une nuit d'épouvante, qui a pris sa place d'horreur dans la longue et riche chronique de la fameuse ville fondée en 783 par Karl der Große, dit Charlemagne de l'autre côté. Ici on entretient les cendres. Ici tous les royaumes de l'Europe ont signé en 1648 le traité de Westphalie, la fin de cette guerre de trente ans qui a laissé traîner dans les rues des millions de fantômes d'assassinés, ici en 1928 sans perdre un instant notre belle ville est nazie, en 1938 elle a mis le feu à ses Juifs, comme hier elle mettait le feu à ses sorcières, ici notre Phénix tout de suite après la haine s'est réveillé dévoué à la Paix et l'hospitalité pour une petite éternité. Ruines, élégantes, soignées, bien rangées, êtes-vous dedans, êtes-vous dehors, êtes-vous libres ?
    Derrière le grillage, une haute collection de grosses pierres, des moellons toilettés. Ce sont les os de la Vieille Synagogue (en vérité elle était jeune et belle, dans sa trentième année) qui restent après l'incinération. Os bien rangés.

  • Le travail théorique et critique d'Hélène Cixous, plus connue par son oeuvre de fiction et pour le théâtre, a surtout été élaboré publiquement au séminaire qu'elle donne annuellement depuis près d'une cinquantaine d'années. Aussi ce séminaire appartient-il à l'époque ' glorieuse ' de la pensée française, aux côtés des séminaires de Jacques Derrida, Michel Foucault, Jacques Lacan ou Roland Barthes, mais, à la différence de ceux-ci, celui d'Hélène Cixous était resté inédit jusqu'à aujourd 'hui.
    Son séminaire se caractérise par le fait qu'il associe étroitement la littérature et la pensée: la voix d'Hélène Cixous, forte et séduisante, nous entraîne dans une lecture très personnelle de la grande littérature occidentale (nous y rencontrons Eschyle, Balzac, Dostoïevski, Freud, Joyce, Kafka et surtout Proust, mais aussi l'Odyssée et l'Ancien Testament, parmi bien d'autres oeuvres), jointe à la philosophie, puisque la lecture s'ouvre à l'interprétation du monde.
    Lettres de fuite regroupe trois ans de séminaire, de la rentrée 2001 (après le Il septembre, qui a changé nos vies et le monde que nous connaissions) à juin 2004 (date du dernier dialogue public avec Jacques Derrida, avec qui Hélène Cixous entretient une conversation permanente). Le séminaire fait une place essentielle au désir, à l'amour et à la sexualité, des thèmes universels, mais il est aussi toujours attentif à ce qui se passe sur la scène du monde.
    Ce volume possède ainsi une unité thématique autour de la perte, la mort et la guerre - mais aussi de l'amour, la beauté et la vie. Lettres de fuite est donc un hommage aux ' puissances autres '
    de la littérature. Hélène Cixous conclut: ' Dans sa fragilité, dans son côté désarmé, la littérature est absolument indispensable. '

  • L´individu que je suis est en état de réponse à la peinture. Je ne peins pas, mais au moment où je dis « je ne peins pas », je dis une chose qui est vraie mais je pourrais aussi la déplacer en disant que si je peins, c´est autrement. Au moment où je dis cela, je ne peux pas m´empêcher de commencer à peindre autrement, de me dire que je serai entraînée par le signifiant « peint », « peine », « pain », « paint », donc que j´associerai « peins » et « peine ». Je le sais par ouï-dire, il y a peine à créer artistiquement, en particulier en peinture. Nous avons des témoignages nombreux de la peine des peintres. De leur façon d´être à la peine, à la peinture et à la peine. Il y a des exemples extrêmement notoires, le peintre à la peine le plus notoire étant probablement Van Gogh... Mais je pense que c´est un trait de peinture, que cette espèce de combat, d´affres, qui font peineture. - Hélène Cixous.

  • Tombe

    Hélène Cixous

    Quand j'écrivais Tombe en 1970 je voulais relever une tombe, et relever d'une mort vénéneuse. Je voulais désenfouir un secret et je l'enfouissais sous un texte. Je travaillais sans arrêt, je fouissais, Tombe faisait un travail de taupe. Curieusement l'écureuil, dans certains cas, fait aussi un travail de taupe. Ainsi l'Écureuil de Tombe, citoyen américain par ailleurs, (j'en parlerai plus bas) est à moitié souterrien. Tombe voulait sortir vivant quand même d'un séjour aux Enfers et ne trouvait pas la sortie. La porte d'entrée refuse la sortie. Il faut trouver une autre porte. Tombe avait dû commencer à se frayer un texte sous le texte dès 1964 aux USA. Je voyais bien les textes se bosseler devant mes pages. Jusqu'au jour où il y eut une déchirure dans mes vies par où Tombe put lever. Mais seulement ce Tombe ou cette tombe. Ce n'est pas cela. Je voulais écrire un livre, ma langue a fourché, Tombe est né de cette fourche. Né fourchu. Double. Avec la mort en tiers. Tombe appartient dans mon oeuvre en général à l'espèce des Livres qui se sauvent, dès que je cherche à écrire ce livre, il détale devant moi. C'est peut-être moi qui fuis. Entre nous il y a fuite. Tombe pressent, préécrit le livre qui le hante, sans le savoir. Veille. Attend. Sans que je sache. Attend trente ans. En 2001 la scène de Tombe s'ouvre sur Manhattan,LettresdelaPréhistoire. Les Enfers ont longtemps voyagé.Hélène Cixous est née à Oran en Algérie. Elle publie L'exil de James Joyce ou l'art du remplacement (Grasset, 1968) et l'année suivante Dedans (Grasset, 1969, Prix Médicis). Son oeuvre comporte une cinquantaine de titres (Grasset, Gallimard, Seuil, Des femmes et Galilée). Ses pièces ont été mises en scène par A. Mnouchkine et D. Mesguich.

  • A new collection from one of the most famous and influential French theorists. These 15 essays - 6 previously unpublished even in French and 5 published in English for the first time - span nearly 40 years of Cixous' writing. Here, she ranges over literature, philosophy, politics and culture in what she calls her 'autobibliography'.

  • "Exciting, passionate writing. A refusal to mourn her very close friend Derrida's death, it begins with a telling of a dream in which Derrida and Cixous feature as footballing mice." Tom Boncza-Tomaszewski, The Independent.
    In 2003 Derrida had promised to attend a colloquium on 'Reading Cixous and Derrida Reading Each Other/Themselves'. His untimely death in 2004 meant that it was, as Cixous writes, 'Impossible to keep one's word on this subject.' Insister of Jacques Derrida is Cixous' poignant and compelling response to his unfulfilled promise and a moving tribute to the colleague, collaborator and friend with whom she created some of the most memorable meditations on literature and philosophy of the last century. Written in lucid, poetic style, Cixous uses powerful and evocative recollections to closely read, explicate and speculate on their intensely productive relationship as well as on Derrida's legacy, demonstrating the profound commitment that formed the cornerstone of both their friendship and their life's works.

  • The first book by Helene Cixous on painting and the contemporary arts. This collection gathers most of Helene Cixous' texts devoted to contemporary artists, such as the painter Nancy Spero, the photographer Andres Serrano, the visual artist Roni Horn, the fashion designer Sonia Rykiel and the choreographer Karine Saporta, among others. The artworks belong to different genres and media - photography, painting, installations, film, choreography and fashion design - while the commentaries all deal with some of Helene Cixous' privileged themes: exile, war, violence (against women) and exclusion, as well as love, memory, beauty and tenderness.Neither art criticism nor a collection of critical essays, Helene Cixous responds to these artworks as a poet, reading them as if they were poems. Written between 1985 and 2010, most of these essays are unpublished in English, or published only in rare catalogues or art books.

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