Un écrivain à l'honneur.

  • La plupart des expressions typiques de Foucault dans lesquelles le mot « vérité » intervient comme complément - « production de la vérité », « histoire de la vérité », « politique de la vérité », « jeux de vérité », etc. - reposent sur une confusion peut-être délibérée entre deux choses que Frege considérait comme essentiel de distinguer : l'être-vrai et le tenir-pour-vrai. Or peu de philosophes ont insisté avec autant de fermeté que Nietzsche sur cette différence radicale qui existe entre ce qui est vrai et ce qui est cru vrai : « La vérité et la croyance que quelque chose est vrai : deux univers d'intérêts tout à fait séparés l'un de l'autre, presque des univers opposés ; on arrive à l'un et à l'autre par des chemins fondamentalement différents », écrit-il dans L'Antéchrist. Foucault, alors qu'il n'a jamais traité que des mécanismes, des lois et des conditions historiques et sociales de production de l'assentiment et de la croyance, en a tiré abusivement des conclusions concernant la vérité elle-même.
    Sur la vérité, l'objectivité, la connaissance et la science, il est trop facilement admis aujourd'hui - le plus souvent sans discussion - que Foucault aurait changé la pensée et nos catégories. Mais il y a dans ses cours trop de confusions conceptuelles entre vérité, connaissance et pouvoir, trop de questions élémentaires laissées en blanc - et, tout simplement, trop de non-sens pour qu'on doive se rallier à pareille opinion. Quant au nietzschéisme professé par Foucault, il repose sur une lecture trop étroite, qui ne résiste pas à une confrontation attentive avec les textes, notamment ceux du Nietzsche de la maturité.
    À l'écart aussi bien des panégyriques que des verdicts idéologiques, le philosophe Jacques Bouveresse, professeur au Collège de France, lit Nietzsche et Foucault à la hauteur où ils doivent être lus : avec les mêmes exigences intellectuelles qu'il applique à Wittgenstein et à Musil, et une libre ironie qu'il fait sienne plus que jamais.

  • "Les moyens de communication les plus puissants et les plus modernes offrent au mensonge, désormais « mécanisé », des possibilités susceptibles de le rendre à peu près irrésistible. Les mots sont plus que jamais capables de se transformer en armes meurtrières, au pouvoir de destruction quasiment illimité. Pendant les années de la guerre, les plumes ont été trempées dans le sang, et les épées dans l'encre." Des "Derniers Jours de l'humanité" (1922) à "Troisième nuit de Walpurgis" (1933), l'écrivain et satiriste autrichien Karl Kraus n'a cessé de démonter les techniques visant à s'emparer des esprits pour écraser et détruire l'humanité. Le philosophe Jacques Bouveresse revient ici à ses analyses pour les confronter au monde actuel. Une propagande fondée sur l'émotion et la destruction de l'intellect, par laquelle on augmente la tolérance du peuple au mensonge et à la brutalité, accuse ses adversaires des atrocités qu'on commet, et fait croire ses électeurs à une revanche sociale qui n'est en réalité rien d'autre qu'une destruction de la démocratie : voilà qui n'est pas sans résonances avec le comportement de certains dirigeants contemporains.

  • Dans le domaine des émotions, déclarait Bertrand Russell, je ne nie pas la valeur des expériences qui ont donné naissance à la religion. Mais pour parvenir à la vérité je ne peux admettre aucune autre méthode que celle de la science. Aux yeux de Wittgenstein, au contraire, l'idéal religieux était la lumière la plus pure par laquelle nous puissions aspirer à être éclairés, et les hommes qui vivent dans la culture de la rationalité conquérante et du progrès indéfini ont besoin d'apprendre que ceux-ci colorent les objets de leur monde d'une couleur déterminée, qui ne constitue qu'un assombrissement.

  • Wittgenstein appartient incontestablement à la catégorie des philosophes pour lesquels la tâche de la philosophie est plutôt de comprendre le monde que de le transformer.
    Comme il le dit et le répète, la philosophie laisse en principe toutes choses (en particulier, nos pratiques établies) dans l'état oú elle les trouve. il n'y a probablement pas de domaine oú cette théorie semble plus directement contredite par sa pratique que la philosophie des mathématiques. comment peut-il critiquer aussi radicalement le platonisme mathématique et en même temps refuser d'accepter les restrictions que le constructivisme tente d'introduire dans les mathématiques, se rapprocher sur certains points autant de l'intuitionnisme et récuser néanmoins explicitement le programme réformiste que brouwer voudrait imposer ? l'explication est probablement à chercher dans l'idée de l'autonomie de la grammaire et de la souveraineté de la pratique, dont les règles n'ont pas besoin du genre de justification que les partisans de l'orthodoxie croient détenir et dont les révisionnistes invoquent l'absence pour exiger des changements plus ou moins radicaux.
    C'est avant tout l'antijustificationnisme conséquent de wittgenstein qui lui interdit d'envisager un changement de logique ou un bouleversement de nos pratiques mathématiques motivés par des considérations (principalement) philosophiques.

  • La métaphysique est pour Aristote la science de l'être en tant qu'être, pour Proclus la science des premiers principes, pour Hegel comme pour Bergson la seule démarche de la pensée capable d'embrasser la totalité, et elle a quelque chose d'une discipline inclassable selon l'origine même du terme, l'éditeur d'Aristote Andronicos de Rhodes l'ayant employé pour désigner des volumes du Stagirite écrits " après les textes sur la nature " et qu'il ne pouvait classer ni dans le cadre de la logique, ni dans celui de la physique ou de l'éthique. Que l'on traduise dans meta ta physica " meta " par " après ", ou, peut-être au prix d'entorses au grec classique, " au-delà " ou " au-dessus ", la métaphysique regroupe de nombreux problèmes.
    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la différence entre l'être et l'essence ? Qu'est-ce que l'être ? Quelle est la différence entre réalité et apparence ? Entre essence et existence ? L'âme est-elle immortelle ? Dieu existe-t-il ?
    Le présent volume offre, surtout du point de vue de l'histoire de la philosophie, une synthèse de ce qui se pense et s'enseigne sous le nom de métaphysique, synthèse historique et problématique destinée à l'étudiant comme à la curiosité de " l'honnête homme ".

  • Depuis quelques années, une nouvelle forme de défense de la religion est apparue : elle ne fait pas tant l'apologie d'une religion particulière que du religieux qui, comme tel, serait un besoin fondamental des individus et des sociétés ; elle émane d'intellectuels qui souvent ne s'affichent pas eux-mêmes comme des croyants (Debray, Vattimo). C'est en réalité, chez le philosophe américain William James, il y a un siècle, que ces idées ont été exprimées pour la première fois et d'une manière remarquablement élaborée. C'est cette version pragmatiste de la défense de la religion qu'examine ici Jacques Bouveresse, en la confrontant à ses précurseurs (Renan) et surtout à ses critiques rationalistes (Russell et Freud notamment): y a-t-il de bonnes raisons de défendre la religion ? Est-il rationnel d'avoir des croyances dont nous ne pouvons pas rendre raison ? La croyance est-elle avant tout l'affaire du coeur et de la volonté ou bien la raison et l'intellect doivent-ils y avoir leur part ? Toutes les croyances religieuses sont-elles respectables du seul fait d'être crues oe
    Bouveresse complète son enquête par un examen de l'idéal religieux de Wittgenstein - la religion sans prêtre ni dogme -, et par une discussion du problème de la croyance en la science à partir des pensées ironiques et soupçonneuses de Nietzsche et de Musil.

  • La demande philosophique est la version intégrale de la leçon inaugurale de la chaire de philosophie du langage et de la connaissance du Collège de France, prononcée par Jacques Bouveresse le 6 octobre 1995. Manifeste et programme de ce que serait une philosophie sans paillettes et porteuse de sens.

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