Essais littéraires

  • « J'ai vu peu à peu se dessiner et s'imposer à mon esprit une sorte de retable, en forme de triptyque déployé en désordre : à gauche, les deux épopées antiques revisitées ; au centre, un vaste paysage français représentant deux « siècles » successifs qui finissent par se fracasser l'un l'autre, l'un au nom de la gloire, l'autre au nom du bonheur. À droite, les deux romans, tous deux russes, qui se portent le mieux témoins de la guerre moderne et contemporaine, prévue et théorisée par le prussien Clausewitz, mais préparée en France dans les deux derniers siècles Bourbon, par des philosophes, théoriciens militaires, mais aussi par des peintres, sculpteurs et graveurs divorcés des délices « rocaille », tenues désormais pour incompatibles avec la vertu, le patriotisme et la liberté de citoyens « à l'antique ». Mais commençons par le milieu du triptyque, avant de ramener l'oeil intérieur du lecteur du côté de l'Antique, puis du côté de la modernité industrielle, manoeuvre opérée avec la liberté et la vitesse de livres que l'on retire sur l'étagère de la bibliothèque, où ils se trouvent juxtaposés sans tenir compte de l'ordre chronologique de leur parution. ».
    M. F.


    Dans ces échappées politiques et littéraires d'Homère à Grossman, Marc Fumaroli (1932-2020) nous convie à une méditation historique sur la paix et la guerre en Europe. Magistral essai posthume, Dans ma bibliothèque propose un nouveau « regard sur le monde actuel » tout aussi lucide et désillusionné que celui de Paul Valéry et où la sûreté du savoir est servie par toutes les ressources de l'éloquence.

  • Dans un cours sur ce thème au Collège de France, comme dans son maître-ouvrage, Marc Fumaroli a évoqué une notion largement inaperçue jusque-là, celle de la République des Lettres, restituant ainsi à l'Europe une de ses dimensions les plus incontestables.
    Parti de ces réunions de savants, philologues, juristes, physiciens, naturalistes, tous des pairs, qui se reconnaissaient entre eux (cabinets, cénacles lettrés, académies), se choisissaient pour converser ou entamer un commerce de lettres dans un espace de liberté, il était remonté à l'origine : Pétrarque, créateur dans sa Correspondance d'une société de laïcs et de clercs qui partageaient sa vue d'une république chrétienne augmentée du meilleur de l'antiquité païenne, c'est-à-dire la civilisation, la capacité de sortir de la brutalité, la vertu des Humanités. Puis il avait suivi leur développement dans l'Europe des Lumières, jusqu'au moment où l'essor des nationalismes devait faire perdre le sens d'une communauté d'idées assez féconde pour qu'on en puisse nourrir la nostalgie.
    Une enquête aussi vaste reposait sur l'analyse et le dépouillement d'une variété tant chronologique que thématique de textes de plus de cent auteurs dont la force et la beauté méritaient d'être partagées.
    Offrir ces textes fut la tâche pour laquelle se portèrent volontaires trois amis proches de l'auteur. Le résultat est cette anthologie, qui donne à lire, dans le texte, la République des Lettres, depuis Richard de Bury et Pétrarque jusqu'à Leibniz et Mme du Châtelet.

  • L'année 2020 marque le centenaire de la publication des Champs magnétiques, « première oeuvre purement surréaliste » et moment de rupture majeur dans le domaine de la création littéraire. Ce texte d'André Breton et Philippe Soupault marque en effet la naissance de l'écriture automatique.
    Cette première exposition consacrée au surréalisme organisée à la BnF est centrée sur les années de jeunesse du mouvement, au moment où, sur les décombres de la Première Guerre mondiale, émerge un besoin radical de liquidation des valeurs passées et de renouvellement des formes d'expression.
    Le catalogue édité à cette occasion propose des éclairages inédits de ces pages fascinantes et révèle au grand public, avec des analyses neuves, certains des « trésors » de la BnF, comme le manuscrit de travail des Champs magnétiques (1919) ou celui de Nadja, réputé perdu, tout récemment retrouvé (l'une des plus importantes acquisitions patrimoniales de ces dernières années, jamais encore exposé).
    Si l'accent est mis sur le traitement novateur apporté par le surréalisme à l'écrit et au langage, la place est aussi faite à une grande diversité de supports, afin de rendre compte de la poétique surréaliste dans sa globalité. Les quatre sections - Guerre et esprit nouveau, Rêve et automatisme Manifestes et provocations, Amour et folie : Nadja, l'âme errante - qui rythment l'exposition structurent l'ouvrage, chacune organisée autour d'un document littéraire exceptionnel, auquel répondent tableaux, dessins, photographies, films, costumes, objets.
    Une vision kaléidoscopique pour restituer l'aventure de cette génération de poètes qui, au lendemain d'une expérience barbare, cria son dégoût pour le monde dans des éclats de rire sauvages.

  • Revenir à l´oeuvre même d´André Breton pour l´appréhender en termes d´idées, de travail de la pensée et du regard, en évaluer la portée dans l´espace et dans le temps, l´ouvrir au dialogue et l´exposer à la confrontation, tels sont les enjeux de cet ouvrage qui réunit des auteurs reconnus dans des disciplines variées - philosophie, histoire de l´art, des sciences et de la culture, littérature, psychanalyse. Déployé sur trois axes - l´art, la magie, l´écriture - qui parfois convergent et se nouent, La pensée-Breton s´interroge successivement sur les manières de penser propres à André Breton , sur les processus de sa création, ses modalités d´écriture (fabriquer pour comprendre) , sur son esthétique, de l´art à l´état sauvage à l´art magique , sur quelques interlocuteurs avec et contre lesquels Breton a élaboré sa pensée , et sur certaines « influences », prémisses, résonances ou échos lointains, qu´a exercées son oeuvre ou qui se sont exercées sur elle. »

  • Aimé Césaire

    Kora Véron

    • Seuil
    • 6 Mai 2021

    L'envergure littéraire et politique d'Aimé Césaire en fait l'une des figures majeures du XXe siècle : un homme de conviction et de création.

    Né à Basse-Pointe en 1913, le jeune Martiniquais étudie au Quartier latin où il accomplit une révolution poétique fondatrice en écrivant Cahier d'un retour au pays natal. Le poète se fait dramaturge, essayiste, historien. L'homme politique s'engage aux côtés du Parti communiste français en 1945, au moment où il défend la loi de départementalisation des « vieilles colonies ». Il quitte le Parti avec éclat en octobre 1956, accompagne les indépendances africaines et milite pour l'autonomie de la Martinique.

    Fondée sur un minutieux travail d'archives, cette biographie fait date par sa force de documentation. Elle restitue le parcours d'un homme oscillant entre tragédie et autodérision, mû par la liberté esthétique et le combat pour l'émancipation, « poreux à tous les souffles du monde ».

    Un ouvrage qui donne à entendre dans toute leur intensité les débats entre Césaire et ses interlocuteurs, dont les échos retentissent toujours.

  • La première rencontre de Marijosé Alie avec Aimé Césaire remonte à 1983. « Simple journaliste » pour France 3 Outre-Mer en Martinique (elle deviendra par la suite directrice de la rédaction de RFO Martinique), elle réalise le premier grand documentaire consacré au poète et député-maire de Fort de-France ; jamais Césaire ne s'était encore livré face caméra.
    Alors qu'elle dirige RFO Martinique, elle réalise un deuxième documentaire - À bout du petit matin - au soir de la retraite politique de Césaire, en mars 2001, après 56 ans à diriger la ville de Fort-de France.
    Le dernier grand documentaire qu'elle dirige - Le Nègre fondamental - est diffusé sur France 5 en novembre 2007, à peine 6 mois avant la mort de Césaire.

    Au-delà de ces rencontres et interviews, ce sont vingt-cinq ans d'échanges et de complicité que raconte Marijosé Alie dans ce livre. Lorsqu'elle vivait en Martinique, elle passait toutes les semaines à la mairie de Fort-de-France voir Césaire ; elle est sans doute la seule journaliste à être entrée dans son intimité et à avoir eu cette relation personnelle, affective et intellectuelle avec lui.

  • Cet ouvrage, doté d'une introduction permettant à chacun, selon son degré de connaissance du sujet, de s'approprier les clés de lecture nécessaires, fournit un nouvel éclairage sur la dynamique de la correspondance gidienne, portant ici sur une thématique hautement politique. C'est Roger Martin du Gard qui provoque la rencontre entre André Gide et le diplomate suisse Marcel de Coppet en 1920. Ce dernier est engagé dans l'administration coloniale (Madagascar, Sénégal, Guinée, Tchad, Congo, etc.). Leur correspondance débute le 25 novembre 1924, d'abord littéraire et intime puis de plus en plus politique.
    En 1925, Gide part pour une année de voyage en Afrique subsaharienne. En pleine période de crise coloniale, Marcel de Coppet, personnalité attachante, fut la cheville ouvrière du voyage de Gide au Congo et au Tchad et de ses engagements politiques et éthiques. Scandalisé par ce qu'il découvre de la colonisation française (massacres, recrutement forcé, drame du chemin de fer Brazzaville-Océan), Gide décide de dénoncer ces agissements : Voyage au Congo est publié en volume en juin 1927, après une parution dans La NRF à la fin de 1926 ; Retour du Tchad suivra bientôt. En annexe de cet ouvrage, on trouvera un « Rapport sur les aspirations des indigènes » signé par André Gide, un inédit du plus grand intérêt pour les historiens du fait colonial ou les spécialistes de la diplomatie culturelle dans l'entre-deux-guerres.

  • Le 21 novembre 1912, la Nouvelle Revue française (NRF) décide de ne pas publier Du côté de chez Swann, alors intitulé Le Temps perdu, de Marcel Proust. Ils sont six à diriger la revue, mais c'est André Gide qui portera la responsabilité de cette décision, une « impardonnable erreur » qu'il regrettera jusqu'à la fin de sa vie. Dès lors, Gide apparaîtra comme l'ennemi de Proust, et avec lui d'une certaine littérature.
    En s'appuyant sur la correspondance échangée par les deux hommes, Pierre Masson, l'un des plus grands spécialistes d'André Gide, apporte un nouvel éclairage à cet épisode célèbre de l'histoire littéraire et démontre que leur dialogue fut riche, bien que compliqué. Car si Gide et Proust vouaient tous deux un culte à l'art, ils ne concevaient pas la littérature de la même manière, le premier la voyant comme une mission, le second comme une manière de donner forme à sa vie. Car si l'un et l'autre vivaient leur homosexualité de manière cachée, ils n'envisageaient pas de la dévoiler au même rythme et Proust, d'une certaine façon, semblait incarner tout ce que Gide souhaitait refouler.
    C'est donc à une conversation (parfois heurtée) entre deux figures capitales de la littérature du xxe siècle que Pierre Masson nous invite à participer, où l'on croisera également Fiodor Dostoïeski, Oscar Wilde ou Gabriele d'Annunzio, le tout dans un style d'une limpidité et d'une élégance rares.

  • La correspondance entre André Gide et l'orientaliste pétersbourgeois d'origine estonienne Fédor Rosenberg (1867-1934) est l'une des très rares correspondances gidiennes majeures encore inédites. Riche de 338 lettres, elle s'échelonne de 1896 (Gide et Rosenberg se rencontrent à Florence pendant le voyage de noces du premier) à 1934 (date du décès de Rosenberg).
    Ces lettres permettent d'apporter une lumière nouvelle sur plusieurs aspects fondamentaux de la pensée, de l'oeuvre et de la vie de Gide : son rapport à l'homosexualité ; sa passion pour Dostoïevski ; ses jugements sur les écrivains russes ; son goût pour les littératures dites « orientales » ;
    Sa vision de la traduction ; l'image qu'il se fait du communisme et de l'URSS ; ou encore son amour pour la musique.

  • La chambre des cartes est le coeur initiatique du récit gracquien.

  • J'avais la cinquantaine passée et les yeux déjà fatigués par tant d'histoires, par tant de tours et de détours de la vie, mais j'avais cependant la certitude - et dieu sait que je n'aime pas le mot certitude - j'avais pourtant la certitude d'avoir franchi pour la première fois une porte, une porte béante...

empty