Essais littéraires

  • L'histoire de la médecine, pour l'essayiste, critique et homme de culture Jean Starobinski, est au croisement exact entre ses formations et ses intérêts de médecin, de critique littéraire et d'historien des idées et des sciences. Son Histoire de la médecine, parue en 1963 dans la Nouvelle Bibliothèque illustrée des sciences et des techniques, des éditions Rencontres, et jamais rééditée depuis, en est l'un des témoignages les plus marquants. Starobinski rêvait d'une histoire sans frontières, qui relierait les différents domaines du savoir, la littérature, les arts, les sciences, la philosophie, la médecine, une histoire dont il s'est montré l'un des spécialistes les plus éminents de son siècle.
    Avec cet ouvrage, il puise à ces différentes de ces disciplines, et met en évidence avec une remarquable cohérence la manière dont elles se sont nourries mutuellement dans l'élaboration, au fil des siècles, de la figure du médecin, de l'ensemble des moyens diagnostiques et thérapeutiques dont il dispose, et de la nature du lien qui l'unit au malade. Ce faisant, il nous invite tout à la fois à une philosophie portant sur les valeurs fondamentales de notre existence, et une prise de conscience critique de la médecine, suggérant que cette dernière « ne nous rendra plus heureux que si nous savons exactement ce qu'il faut lui demander. »

  • Écrites un demi-siècle durant, de la veille du premier conflit mondial (1913) à la fin de la Guerre d'Algérie (1962), les 492 lettres et cartes échangées par Louis Massignon (1883-1962) et Jacques Maritain (1882-1973), Raïssa Maritain (1883-1960) y figurant plus passagèrement, apparaissent comme un des grands dialogues spirituels du xxe siècle. Un concert intérieur tendu et vibrant qui unit deux hommes apparemment dissemblables mais que soude l'essentielle vérité : celle de leur foi en Christ. En effet, si Maritain est l'homme de la clarté radieuse, d'explicitations calmes et rigoureuses, proche des milieux artistiques et cheville ouvrière d'un néo-thomisme où la raison rayonne, portée par la grâce, un défenseur d'Israël persécuté, Louis Massignon, professeur au Collège de France, initiateur de l'islamologie mystique par ses travaux sur Hallaj, incarne la passion doloriste et sacrificielle d'un catholicisme issu de Huysmans et de Charles de Foucauld, une âme encordée à la Croix du Golgotha, marquée par le message de Gandhi, dont la vocation fut la défense des plus pauvres, au premier rang desquels les victimes de l'ordre colonial et le peuple palestinien. Massignon-Maritain, fraternellement dissemblables, que des combats et des dévotions communes surent néanmoins rapprocher : un amour pèlerin pour Notre-Dame de la Salette, une vision tragique commune de l'histoire, imprégnée du millénarisme d'un Léon Bloy, qui trouva à s'exprimer lors des multiples conflits qui marquèrent leur siècle.
    Un jalon essentiel, catholique, humaniste et mystique, pour la compréhension du XXe siècle.

  • Intellectuel engagé ou écrivain dégagé ? Est-ce qu'on choisit ? En 1936, le célèbre et sulfureux André Gide soutient la révolution soviétique. Le Parti communiste l'invite en URSS, espérant qu'il fasse la publicité du régime. Gide accepte, et séjourne deux mois en Union soviétique, accompagné de cinq autres écrivains : Pierre Herbart, Eugène Dabit, Louis Guilloux, Jef Last et Jacques Schiffrin. Mais rien ne se passe comme prévu, et dès son retour en France, Gide publie Retour de l'URSS, dans lequel il dénonce le stalinisme naissant.
    Fille d'un poète communiste, petite-fille d'émigrés russes, je remonte le temps et fais à mon tour le voyage. Je compare les souvenirs des uns et des autres, j'interroge les miens, et j'essaie de comprendre. Pourquoi Gide a-t-il été si peu écouté ? Pourquoi tant d'écrivains ont-ils choisi de se taire ? L'appartenance à une minorité sexuelle est-elle une arme de discernement ? Pourquoi mon père est-il resté si longtemps communiste ?
    Traversée des mémoires, visite aux fantômes, descente en rappel au fond du puits de mon âme, chevauchée dans ma bibliothèque, ce livre est le journal d'une expédition intime, politique, et littéraire, au coeur brûlant du xxe siècle.

  • « Celui qui lit dans une langue étrangère se fait une force de sa faiblesse. Il lit avec plus d'attention que dans sa langue maternelle. L'incompétence est pour lui un stimulant autant qu'un handicap. On lit mieux dans une langue qu'on sait mal. » Comme il l'a fait de ses lectures d'enfance dans Seuls les enfants savent lire, Michel Zink se souvient ici de quelques uns des livres qu'il a lus au fil des années en allemand, anglais ou italien. Non qu'il possède parfaitement ces langues, c'est même tout le contraire. Mais trop paresseux pour les apprendre méthodiquement, il a tenté toute sa vie d'y faire quelque progrès par des lectures de distraction qu'il s'autorisait sous ce prétexte.
    Au fil des souvenirs et des réflexions, ces lectures très variées, allant du registre le plus léger au plus grave, émergent, se mêlent, s'enchaînent, se fondent et mijotent dans sa mémoire jusqu'à y produire le plat léger, mais non sans saveur, qu'est ce livre.

  • Entré par effraction en poésie avec la publication du Condamné à mort en 1942, Genet rédige ses premiers livres en prison, mais se retire de la scène littéraire au moment même où son théâtre le fait connaître dans le monde entier. Il dit alors avoir renoncé à écrire. Et pourtant, durant près de vingt ans, d'une chambre d'hôtel à l'autre, du camp de Chatila à la Goutte d'Or, des ghettos noirs d'Amérique à la petite ville de Larache au Maroc, il transporte dans ses minces bagages les matériaux d'une oeuvre rêvée où sa vie entière est consignée, de sa jeunesse perdue à ses dernières péripéties politiques.

    En avril 1986, quelques jours avant sa mort, Jean Genet confie à Roland Dumas, son avocat rencontré pendant la guerre d'Algérie, deux valises de manuscrits. Un mois plus tard, paraît son ultime chef-d'oeuvre, Un captif amoureux. Durant trente-quatre ans, ces valises ont dormi dans le secret du cabinet de l'avocat, avant que celui-ci ne décide d'en faire don à l'Imec. Ce livre, qui accompagne l'exposition présentée à l'abbaye d'Ardenne, révèle pour la première fois les trésors qu'elles abritent.

    C'est la matière vive d'un véritable atelier d'écrivain qui est ici mise à jour : un extraordinaire fouillis de manuscrits, de notes personnelles, d'esquisses, de coupures de presse annotées, de pages arrachées dans des livres, de lettres, de dessins. On y trouve aussi bien les avant-textes de son dernier chef-d'oeuvre qu'une foule d'écrits totalement inédits sur son enfance, le Japon ou le jazz, des scénarios de film non réalisés, des projets de livres sur les mouvements qui ont secoué le monde des années 1970 et 1980, que ce soit Fraction Armée rouge, la révolte dans les prisons, les Black Panthers ou les combattants palestiniens. Chacune de ces pièces raconte une histoire singulière et toutes portent la marque d'une des plus surprenantes aventures littéraires de notre temps.

  • Pour préparer un film de fiction (En compagnie d'Antonin Artaud), adapté du journal de Jacques Prevel, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur ont rendu visite aux amis d'Antonin Artaud (1896-1948), ont retrouvé un à un ceux qui, jusqu'alors, s'étaient abstenus de parler de lui. De ces visites, et de façon tout-à-fait inattendue, est né un film documentaire : La véritable histoire d'Artaud le Mômo (1993). Ce document fait revivre Antonin Artaud dans les paroles de Paule Thévenin, Marthe Robert, Henri Thomas, Henri Pichette, Rolande Prevel, Alain Gheerbrant, André Berne-Joffroy, Alfred Kern, Jany de Ruy, etc. D'abord dif- fusé sur Arte (1994), il est ici proposé dans une version restaurée.

    Le livre offre une transcription des propos qui composent ainsi le portrait du poète, réputé fou et dépendant de la drogue, dans sa complexité et son génie. Un texte de chacun des deux auteurs complète, à distance et dans l'admiration, cette mosaïque. Il s'y ajoute enfin un ensemble de photographies de ces figures, réalisées en cours de tournage par Mordillat et le chef-opérateur François Catonné - ainsi qu'une série de portraits d'Artaud saisis à la toute fin de sa vie par Georges Pastier.

  • Tout écrivain est d'abord un lecteur. Henri Raczymow ne déroge pas à cette règle. Comment exister, trouver sa place dans le catalogue de ces noms auréolés de gloire qui vous ont fait rêver depuis l'enfance ? Où va-t-on quand on commence à écrire ? Est-ce qu'on le sait, comme Ulysse, dont le but du voyage - rejoindre Ithaque - est avoué depuis le départ ? Ou est-ce que, comme Colomb, on croit le savoir même si le lieu où on arrive n'est pas celui qu'on avait prévu de rejoindre ? Et d'ailleurs, pourquoi écrit-on ? Sur un ton qui tient tantôt de la confidence, tantôt du journal intime, Henri Raczymow livre ses interrogations sur sa passion ravageuse de la littérature, ses certitudes de jeunesse, ses doutes d'âge mûr, les destinées imprévisibles, parfois tragiques de ses contemporains dans ce petit milieu pas moins âpre que les autres, où éditeurs, libraires, distributeurs, écrivains jouent, en le sachant ou pas, une partie de poker menteur.

  • Après 95 ans d'une vie discrète et qui se confond avec son oeuvre immense d'écrivain, de traducteur et de critique, la figure de Philippe Jaccottet reste auréolée d'une sorte de légende. Mais qui se cache derrière «l'ermite de Grignan»? Fabien Vasseur dissipe la fable de l'effacement et retrace les linéaments d'une aventure poétique ambitieuse et complexe, riche en détours, faite de conflits souterrains et de conquêtes lumineuses. Loin de fuir le fracas de l'histoire, mais au plus près des choses, à l'affût des signes du mystère, sans jamais occulter le poids de la mort ni des plus terribles menaces, le poète parle aux hommes de leur salut. C'est, avec l'arme la plus pure, celle des mots, un combat exaltant, incessant, invisible, qu'il mène, depuis toujours, pour la vérité et la beauté du monde.

  • Voici en collection de poche, « Qui êtes-vous, Antoinette Fouque ? », un livre d'entretiens avec le journaliste et essayiste Christophe Bourseiller, initialement paru en 2009 chez Bourin éditeur dans la collection « Qui êtes-vous ? ».
    Cette collection a pour but de « questionner les rares penseurs inclassables qui éclairent l'époque présente ».

    Facilement accessibles, courts et synthétiques, plus qu'une introduction à Antoinette Fouque, ces entretiens sont un témoignage unique sur la vie, la pensée et le parcours de l'une des plus importantes militantes et intellectuelles d'aujourd'hui. Ils permettent de découvrir ou de redécouvrir une des pensées contemporaines les plus anticonformistes et les plus créatrices sur le rôle des femmes dans le monde actuel et l'alternative dont elles sont porteuses à travers l'expérience de la procréation.

    Christophe Bourseiller présente ainsi l'ouvrage « On sait que le mouvement des femmes se divise depuis l'origine en deux branches. La première privilégie le social et milite pour les droits des femmes. La seconde est plus philosophique. Elle s'interroge : qu'est-ce qu'une femme ? C'est tout le travail d'Antoinette Fouque. En quoi consiste l'être-femme ? [...] Tout se tient dans le saut qualitatif. On change de registre. On interroge la substance. [...] Peut-on concevoir recherche plus enthousiasmante ? Il en va de notre avenir à tous ».

    La presse en a parlé « Antoinette Fouque mena un travail intense sur le terrain qui, loin d'attiser la guerre entre les sexes, voulait les réconcilier afin qu'ils vivent dans une société où l'indépendance sexuelle, économique et politique des femmes ne serait plus mise en question. (...) Un petit livre extrêmement riche parce qu'il dit l'essentiel. Il nous livre la trame d'une vie sur laquelle se sont fixés durablement tant de généreux motifs. » Edmonde Charles Roux, La Provence, Mai 2010 « J'ai trouvé ce livre aussi facile d'accès que passionnant. Il fait vivre de l'intérieur toute une atmosphère intellectuelle propre aux années 60, l'ébullition de mai 68 par le prisme de l'engagement du MLF, avec des aperçus sur l'évolution du panorama et des luttes politiques. (...) Une vie inspirante de femme de pensée autant que d'action. » G.C. Blog Chroniques de livres écrits par des femmes

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  • Six textes inédits de Stefan Zweig sur la poésie et les poètes, et en premier lieu Charles Baudelaire, dont on va célébrer le bicentenaire, mais aussi Victor Hugo, Paul Verlaine, Rainer Maria Rilke, etc.

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