Fonds Gallimard (anglo-saxon)

  • Roland Lancaster fut naguère un journaliste de renom, capable d'influencer par ses articles la politique même des États-Unis. Aujourd'hui, c'est un homme usé qui débarque à Cuba, après la mort de son épouse, pour tenter sa dernière chance : un reportage sensationnel. Il s'éprend d'une femme à la somptueuse chevelure, Elsa, et croit à un renouveau. Mais rien ne se passe comme prévu. Le fameux reportage n'intéresse personne, Roland a perdu sa notoriété, n'arrive pas à communiquer avec Elsa, trop frivole, capricieuse et attirée par l'alcool, les rituels magiques et les amis douteux. « Ro », aveugle face au présent, craignant l'avenir, se réfugie alors dans le passé. À travers ses évocations nostalgiques de la guerre dans le Pacifique, du procès de Nuremberg ou de la vie à Washington à l'époque de Roosevelt, c'est la « grande époque » qui transparaît et disparaît tout en même temps.
    John Dos Passos nous livre ici un de ses ouvrages les plus mûrs, un des plus puissants et des plus riches par son étude de la nature humaine, où Lancaster ne serait finalement qu'un prête-nom à peine déguisé pour faire entendre le cri de l'écrivain.

  • Cinq nouvelles de Styron publiées de façon posthume, écrites à des dates très différentes et qui, pourtant, forment un tout cohérent tant elles sont inspirées par la vie et les préoccupations centrales de l'auteur.
    "A tombeau ouvert" et "Marriott le marine" ont été conçues comme les chapitres de deux romans que Styron abandonnera pour écrire Le choix de Sophie. L'auteur y évoque son traumatisme d'avoir été rappelé sous les drapeaux après la Seconde Guerre mondiale, pour se battre en Corée. Dans "La maison de son père", le narrateur n'en revient pas d'avoir survécu à la guerre du Pacifique, il en éprouve un mélange d'euphorie et de culpabilité...
    A lire de tels textes, on mesure l'impact qu'eut la Seconde Guerre mondiale sur des millions d'Américains; on comprend aussi la place immense, quasi obsessionnelle, qu'occupe dans l'oeuvre du romancier l'expérience de la guerre et de la vie militaire.
    C'est le livre tout entier qui restitue l'idée d'héroïsme, mais aussi le drame et le sens de l'absurdité qui changèrent à tout jamais ces hommes engagés dans le corps des Marines.

  • Un Américain expatrié sous les Tropiques conserve sa mère morte dans la chambre froide de son hôtel.
    Deux vieilles filles recluses dans leur plantation en ruine attendent prostrées l'homme de leur vie. Un musicien raconte dans quelles circonstances il a dévoré le coeur de sa bien-aimée. Deux rastas en bordée fomentent malgré eux un début de révolution... Des îles des Caraïbes aux rivages de Virginie ou du Texas, Américains ou insulaires, les personnages de ces neuf nouvelles cherchent tous à réinventer leur vie, tiraillés entre le regret d'un ailleurs et l'abandon au présent, entre les promesses de la mer, la luxuriance des jours et les fantômes du passé.
    Le danger rôde, dans la nature comme dans les blessures de l'Histoire, mais toujours la vie s'affirme, intense, avec ses incongruités, ses pulsions élémentaires, ses plaisirs immédiats. Shacochis la célèbre de son style flamboyant et sensuel, qui témoigne de la puissance d'un grand écrivain américain.

  • Vers le milieu du XVIIe siècle, un garçon de quinze ans, Henry Morgan, natif du pays de Galles, s'embarqua sur un vaisseau qui allait à la Jamaïque. Il rêvait d'être le plus grand corsaire d'Angleterre. Sa volonté de fer lui permit de devenir le boucanier le plus terrible et le plus glorieux qu'on vît jamais à l'île de la Tortue et à la Gonave. À trente ans, pour couronner ses exploits, il résolut de prendre d'assaut la Coupe d'Or, Panamá, la puissante ville espagnole.
    Mais le désir de la gloire est comme le désir de la lune : pour l'éprouver, il faut garder une âme d'enfant. Après avoir conquis et incendié Panamá, l'âme enfantine d'Henry Morgan l'abandonna. Et quand plus tard il revint, vice-gouverneur de la Jamaïque, chargé d'honneurs et de fortune, il n'était plus qu'un homme qui s'ennuyait et craignait les scènes de ménage.
    Ce roman d'aventures, passionnant, somptueux, profond, montre un aspect à peu près inconnu en France de John Steinbeck : celui d'un écrivain qui a un sens aigu de l'histoire et de la mer.

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